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Des livres

Lundi 16 mars 2009

Je mets à profit une indisponibilité constante d'internet (ne jamais plus s'abonner chez Orange) pour me dépenser dans un grand projet, d'où l'actuelle pauvreté de débit. Pour vous aider à patienter, une note un peu longue que vous pourrez consulter en plusieurs fois.


Il existe des spécialistes en tout, y compris dans les domaines les plus futiles. Par exemple : que se passe-t-il après la mort ? Non contents de s'employer à répondre, certains ont fait leur métier de cette question sans importance. J'aimerais évoquer un type très spécifique de spécialistes dans ce domaine – le spirite et le médium – à l'occasion de la publication d'un ouvrage important. En effet, le Sommipète Stéphane Mahieu, Régent de la Sous-Commission des Sciences Sociales & Culinaires au Collège de 'Pataphysique, nous a fait la grâce de publier une petite étude sur les apports de ces professionnels en matière de littérature posthume.


Petit manuel de littérature d'outre-tombe

Stephane Mahieu

Ginkgo éditeur 2008


Sa Culminance a parcouru de nombreuses revues spécialisées afin de nous transmettre l'essentiel de ce que les plus grands auteurs ont rédigé après leur mort, transmis par la main ou la bouche de médiums. Il en profite pour apporter quelques indices sur les règles de l'art.


Le principal défaut de cet ouvrage est qu'il est très court. Il ne va pas vous occuper plus longuement qu'une nouvelle d'Edgar Allan Poe traduite par Baudelaire. C'est parce qu'un Régent écrit plus sobrement qu'un poète.


On ne peut s'empêcher de noter qu'il est beaucoup question de Victor Hugo. En effet, Victor (si je peux me permettre) était féru de spiritisme et n'a pas hésité à sortir de leur paix, entre autres, Socrate, Dante, Molière, Shakespeare (lequel mentionne les oeuvres de Molière, qu'il a du parcourir derrière le voile), Eschyle, Anacréon, Mahomet, Aristophane ou Chénier. Tous sans exception se sont exprimés en français dans un style identique qui, lui non plus, n'était pas aussi sobre que celui d'un Régent (*). Victor Hugo a lui-même été maintes fois consulté sur la table après sa mort mais on ne l'a malheureusement jamais surpris en aussi grande forme que les esprits qu'il avait lui-même invoqués. Notons qu'Arthur Conan Doyle fut aussi un fervent du spiritisme.


Ceci étant dit, l'aspect qui nous sollicite le plus dans ce manuel est l'extraordinaire continuité, entre notre monde et celui d'après (**), qu'il nous dévoile. Le meilleur exemple que je puisse trouver dans le texte est celui de la langue. Force fut de constater que des esprits avaient acquis des compétences linguistiques qu'ils n'avaient pas de leur vivant, y compris en matière de langues qui n'existaient pas à leur époque. Au début, les spirites expliquaient la chose en disant que certainement il devait y avoir une raison, puisque c'était comme ça. Mais il fallut se faire plus consistant, et des procédures d'outre-tombe nous ont alors été révélées. Voici ce que l'on trouve dans la revue The Progressive Thinker en 1925, repris par la revue la Revue spirite en 1925, repris par le Régent Mahieu, que je recopie à mon tour, concernant la capacité des esprits d'indiens d'Amérique de s'exprimer de mieux en mieux en anglais :


"Il est maintenant possible aux médiums, nous apprend notre confrère de Chicago, d'avoir des Entités indiennes qui parlent l'anglais très convenablement. Des esprits indiens qui, par exception, s'exprimaient avec correction dans la langue de Shakespeare ont pris, dans l'astral, la charge d'apprendre aux Indiens le bon anglais dans une véritable école. Cette école dans l'autre monde a été créée par eux dans le seul but de former des élèves qui puissent désormais ne plus jargonner lorsqu'ils se produiront en séance."


Dans l'au-delà, donc, l'ordre établi se maintient, et les valeurs coloniales restent fortes, puisque les petits indigènes sont sur les bancs pour apprendre dans la sueur la diction de référence. Ainsi, même exterminé on garde l'opportunité de s'intégrer. La solidité de ces valeurs familières ne peuvent que nous rassurer et nous pouvons rester convaincus que la mort nous versera dans un bain toujours à la bonne température.


Les exemples étayant cette similarité d'organisation, fort sécurisante, entre le monde des vivants et celui des esprits, ne manquent pas. Après notre mort, il nous sera possible de continuer de nous consacrer à nos hobbies, d'apprendre et de prodiguer de l'enseignement, de découvrir. Nous aurons parfois encore envie d'écrire, envie de séduire, ou envie de renier notre oeuvre. Nous nous sentirons flattés par les honneurs. Nous usurperons occasionnellement l'identité des ex-stars. Nous lirons beaucoup, semble-t-il, et nous nous critiquerons les uns les autres ; nous nous disputerons. Nous nous attacherons à nos théories terrestres et nous en débattrons avec d'autres savants disparus, en prenant soin pour cela de passer par l'intermédiaire des vivants. Nous pourrons encore nous mettre en colère, parler grassement, nous lasser, ou déprimer. Nous pourrons nous souvenir et nous pourrons oublier. Nous nous habillerons, en adaptant notre tenue aux préjugés de l'époque pour ne pas choquer. Nous trouverons une hiérarchie, que nous pourrons gravir ou dévaler. Nous ferons des réunions, nous tiendrons salon. Nous accueillerons avec sympathie les décrets de tel ou tel ministre vivant, que nous aurons par ailleurs favorisés. Nous nous intéresserons à la politique terrestre. Et puis surtout, nous continuerons de nous interroger sur le sens de la vie.


À la fin du manuel du Régent Mahieu, je ressens cruellement le manque d'exemples tels que celui que j'ai recopié plus haut. Je suis persuadé que les centaines de pages de revues spécialisées d'époque, que l'auteur a du parcourir, regorgent de telles trouvailles. L'imagination d'un seul homme est impuissante à concevoir toutes ces choses, j'aurais aimé avoir un peu d'aide. Tant pis, c'est pas grave. Je peux vivre avec ce regret et me dire que si le spiritisme était toujours à la mode, je serais certainement abonné.






(*) L'auteur du manuel fournit, en particulier, l'exemple de quatrains composés par Shakespeare de son vivant, et d'autres après sa mort sous les encouragements de Hugo. Je fus capable de faire la part des uns et des autres. Avec le peu d'entendement que j'ai de la poésie, si je suis capable de voir une différence, c'est que l'écart est considérable.

(**) Levons une ambiguïté : "après" s'applique bien sûr à nous et pas au monde. Ce n'est pas un monde qui suit le nôtre, mais celui dans lequel nous nous rendons quand nous avons quitté le nôtre, lequel poursuit son chemin comme si de rien n'était. Nous ne devrions donc pas dire le monde d'après mais le monde de l'après nous.

Par Impromptu
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Dimanche 20 avril 2008
Mes amis, nous avons un problème. La technologie, sous ses innombrables bienfaits, a dissimulé un effet pervers que nous n'aurions jamais pu soupçonner. Aujourd'hui, nous nous alarmons de ce qui se passe avec tous ces mondes virtuels qui percent un peu partout, et absorbent nos contemporains à tout propos. Nos enfants s'y plongent, nos femmes les suivent, jusqu'à nos employés de bureau dont les lunettes ne reflètent plus que les décors 3D de leur univers refuge.

Il est temps de s'en inquiéter. A nouveau péril de société nouveaux remèdes impitoyables. Il faut rejeter ces nouveaux mondes virtuels qui ne sont qu'illusion, rêverie, tissus de mensonges qui ramollissent le cerveau, qui ne servent que la fuite et, au bout du compte, créent une dépendance bien malsaine. Nous savons aujourd'hui que les gens qui s'y adonnent perdent leur équilibre et n'ont aucun avenir.

Nous sommes bien entendu démunis face à cette situation car nous n'avons encore jamais rencontré chose semblable que ces simulations rendues possible par la haute technologie.

D'aucuns pourraient établir un parallèle avec les jeux de rôle d'il y a trente ans, sous prétexte que nous avions établi qu'il faut rejeter ces jeux de rôle qui ne sont qu'illusion, rêverie, tissus de mensonges qui ramollissent le cerveau, qui ne servent que la fuite et, au bout du compte, créent une dépendance bien malsaine. Nous savions alors que les gens qui s'y adonnaient perdaient leur équilibre et n'avaient aucun avenir. Mais finalement ça s'est bien passé, alors qu'ici, la situation est grave.

D'aucuns pourraient établir un parallèle avec la science-fiction d'il y a soixante ans, sous prétexte que nous avions établi qu'il faut rejeter cette science-fiction qui n'est qu'illusion, rêverie, tissus de mensonges qui ramollissent le cerveau, qui ne sert que la fuite et, au bout du compte, crée une dépendance bien malsaine. Nous savions alors que les gens qui s'y adonnaient perdaient leur équilibre et n'avaient aucun avenir. Mais finalement ça allait, alors qu'ici, la situation est grave.

Heureusement, un auteur courageux vient de publier un ouvrage salutaire, dont les bienfaits s'étendront sur les siècles à venir. En effet, il a selon moi adopté la meilleure approche en la matière : d'une part professer l'interdiction des mondes virtuels et d'autre part traiter leur usage par la dérision.

Peut-être que votre libraire de proximité le présente déjà en son étalage. Le livre s'appelle "L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche", écrit par un courageux Miguel de Cervantes Saavedra. Il prend l'exemple de mondes virtuels centrés sur le Moyen Age, et en particulier traitant de chevalerie, et a été publié tout récemment, en 1605. Vous y trouverez, en sus de paraboles élégamment tournées, des dissertations édifiantes sur le mal que représentent les mondes virtuels ainsi que sur la véritable mission des arts du divertissement. Cet ouvrage est souvent résumé par l'un de ses personnages, Don Quichotte, présenté à tort comme un vieillard alors qu'en le texte il est d'âge mûr, et plutôt vigoureux, tout employé à un combat à la lance contre un moulin, lequel combat ne représente qu'une infime partie de ce que l'on peut trouver en l'oeuvre (et je n'en n'ai lu que la première des deux moitiés).

Je vous recommande tout de même de le parcourir vous-même avant que le baillez à votre descendance, car le passé guerrier de l'auteur transparaît largement dans le propos. Le personnage principal se fait entre autres arracher une moitié d'oreille, déloger les dents du fond par voie de cailloux, rompre toutes les côtes et molester considérablement tout en rendant la pareille, et une échauffourée joviale ne se passe pas sans que le sang ne jaillisse hors la bouche. De plus, il manque à l'oeuvre une conception manichéenne du Bien et du Mal qui est pourtant si salutaire à nos jeunes esprits.

N'empèche, ce livre est à consulter, et à re-consulter si vous n'avez compris en première lecture ce qu'il en faut de cette nouvelle menace. Pour un monde plus réel.
Par Impromptu
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