Dimanche 9 mars 2008
Quand nous lisons dans la presse "Une ménagère rendue folle par son aspirateur tue son chat", nous imaginons sans peine le désarroi du fabricant de l'aspirateur (dont la marque appraît clairement sur la photo). Comment éviter toute cette mauvaise publicité ? Il s'interroge, et la réponse lui vient directement à l'esprit lors du troisième brainstorming, tout de suite après "supprimer les photographes" et "interdire les chats" : "fabriquer des aspirateurs qui ne rendent pas les ménagères folles au point qu'elles tuent leur chat".

La motion n'est pas anodine, puisqu'elle implique que le fabricant changeât sa façon de concevoir ses aspirateurs. Comme le fabricant d'aspirateurs sait, tout au fond de lui, que sa façon de faire les aspirateurs est la Bonne façon, cette idée ne passe pas sans de nombreux cris et quelques cachets pour l'humeur. Et puis, après tout, changer quoi pour quoi ?

-- On ne peut pas leur apprendre un peu la logique, à ces ménagères ? se plaint le fabricant.
-- On a déjà fait un manuel utilisateur pour leur expliquer et ça n'a pas marché, répond son assistant. C'est comme si certaines ménagères ne le lisaient carrément pas.
-- Il n'y a qu'à écrire sur le boîter de l'aspirateur.
-- Déjà fait, pas marché. D'ailleurs il n'y a plus de place sur le boîtier.
-- Il n'y a aucune raison que ça ne marche pas !
-- Les faits sont là. Vous avez vu le journal. Et puis on en a parlé en réunion, on est obligé de faire quelque chose.
-- Il suffit qu'on réfléchisse pour se mettre à leur place.
-- .........
-- C'est vrai, on le fait déjà. Mais... attendez... J'ai la solution !

Le fabricant décide de faire participer des ménagères à la création d'aspirateurs. A l'annonce de l'idée, toute l'équipe prend peur et c'est grande confusion dans la salle de réunion. Mais le fabricant énonce tous les avantages que cela représente :

Petit un. Si la ménagère fréquente l'équipe de conception, il sera plus facile de lui expliquer pourquoi les aspirateurs sont faits comme ça, au besoin en lui répétant de plusieurs façons différentes, et elle ne manquera pas de se rendre aux arguments de l'équipe.

Petit deux. Tout le monde sait qu'une ménagère ça se contredit. En notant tout ce qu'elle demande, il sera facile au bout d'un moment de faire remarquer qu'elle demande des choses contradictoires, qui défient toute logique d'aspirateur, et ainsi on aura raison de faire correctement même si elle demande le contraire. Certainement il y aura des fois où elle demandera des bonnes choses. Dans ce cas, on le fera et ce sera la preuve qu'on fait comme elle dit.

Petit trois. On évite d'avoir affaire à un spécialiste en ménagères. Ils disent bien ce qui les arrangent, ces gens-là, et on ne sait jamais trop ce qu'ils font. Là, au moins, on garde nos affaires entre nous.

Petit quatre. Si elles veulent des aspirateurs qui font comme elles veulent, elles n'ont qu'à bosser un peu. Ce n'est pas à nous d'aller les voir et d'essayer de comprendre comment elles pensent.

Petit cinq. Le plus important. Si malgré tout ça, les ménagères continuent d'être rendues folles par les aspirateurs au point de tuer leur chat, nous pourrons dire que ce n'est pas notre faute. Ce sera leur faute à elles puisqu'elles on participé à la créaion de l'aspirateur. Nous ne sommes plus responsables.

-- C'est pas beau, ça ! rayonne le fabricant. Dans un sens comme dans l'autre, nos problèmes sont résolus. Nous allons appeler ça la conception participative.

Aujourd'hui, cette méthode fait recette, et tous les fabricants s'accordent à dire que c'est ce qui se fait de mieux en conception moderne. Même les spécialistes en ménagères recommandent la conception participative. C'est bien la preuve, s'il en est besoin, que c'est une bonne idée.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Mardi 4 mars 2008
Il y a quatre ans, la vie était belle.

Il y a trois ans, un prestataire m'avertissait par voie radiophonique que l'hiver est particulièrement éprouvant pour mon pare-brise s'il a un petit éclat. Un coup de gel et crac ! c'est la grande fissure. Heureusement le prestataire peut mettre de la résine.

Il y a deux ans, le même prestataire m'avertissait par la même voie que l'été est particulièrement éprouvant pour mon pare-brise s'il a un petit éclat. Une grosse chaleur, on lance la climatisation ou le ventilateur et crac ! c'est la grande fissure. Heureusement il y a la résine.

L'année dernière, le même annonceur m'avertissait que le printemps est particulièrement éprouvant pour mon pare-brise s'il a un petit éclat. Des chemins cassés par l'hiver, un trou et crac ! c'est la grande fissure. Heureusement la résine.

Il y a cinq minutes, cet annonceur m'avertit que l'automne est particulièrement éprouvant pour mon pare-brise s'il a un petit éclat. La fraîcheur de la pluie, on lance le chauffage et crac ! c'est la grande fissure. Heureusement résine.

Aujourd'hui, je n'ai pas de petit éclat sur mon pare-brise, mais bientôt ce ne sera plus nécessaire. Heureusement il faudra que j'y passe, à la résine.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Dimanche 17 février 2008
L'épisode qui précède.

Pour les greffes, j'ai opéré mon ordinateur moi-même comme il est d'usage.

Il existe encore de rares personnes qui reculent devant l'opération. Je ne suis pas là pour encourager la débauche, lorsqu'un matériel donne des signes de faiblesse, c'est qu'il est dépassé et il faut le remplacer immédiatement. Mais parfois, il est intéressant de lui adjoindre de nouvelles fonctionalités très utiles à mesure qu'elles sont inventées (*). Et il faut bien entendu permettre certaines exceptions en faveur d'une forme de longévité sentimentale comme dans mon cas.

Opérer son appareil soi-même est un geste spontané, et il s'applique naturellement à l'ordinateur de bureau. N'importe qui a déjà changé le tambour de sa machine à laver afin qu'elle produise de la musique lors de l'essorage. Tout le monde a un jour remplacé lui-même les résistances de son grille-pain pour manger des tartines portant un joli motif floral. L'ordinateur c'est pareil.

Pour des raisons encore mal définies, l'informatique est pourtant un domaine à part. C'est le seul domaine dans lequel l'utilisateur est dans l'incapacité de juger de ce qui est simple ou non. En effet, de nombreuses personnes continuent de soutenir que c'est compliqué alors que pas du tout, et restent rétives aux avis pourtant répétés des fournisseurs sur ce point. Des études sont en cours pour caractériser ce nouveau type de pathologie mentale, et les premiers traitements devraient voir le jour d'ici quelques années. En attendant, dans un objectif de salubrité publique, je vais m'attacher à exposer quelques caractéristiques et procédés de la greffe de composant.

Enumérons rapidement les "allant de soi", au sens ethnométhodologique, c'est-à-dire les connaissances tellement évidentes qu'elles ne sont jamais prononcées. Certaines personnes souffrent en effet du manque de ces allant de soi.

Le geste opératoire sur ordinateur de bureau implique de savoir que :
-- L'ordinateur de bureau peut s'ouvrir.
-- L'ordinateur de bureau peut s'ouvrir sans exploser ou se détériorer irrémédiablement.
-- Une personne peut poser le regard sur l'intérieur de l'ordinateur sans que ce dernier explose ou se détériore irrémédiablement.
-- Une personne peut faire pénétrer sa main à l'intérieur de l'ordinateur sans que la main explose ou se détériore irrémédiablement.
-- Il faut procéder à l'opération après avoir débranché l'appareil, sous peine d'explosion ou de détérioration irrémédiable.
-- Dans l'ordinateur, certaines pièces peuvent se retirer et d'autres non.
-- Les pièces qui ne peuvent pas se retirer peuvent néanmoins se retirer en tirant fort, mais cela cause des détériorations irrémédiables.
-- Les pièces qui peuvent se retirer nécessitent que l'on tire fort.
-- La différence entre les deux types de pièces saute aux yeux, malgré leur aspect similaire.
-- Il est normal de constater la présence dans l'ordinateur d'un grand nombre de fils de toutes les couleurs, seuls ou en faisceaux, reliant les pièces de l'ordinateur entre elles ou avec elles-mêmes ou à rien.
-- Il est nécessaire d'écarter les fils pour accéder aux pièces.
-- Ecarter les fils ne va pas provoquer une explosion ou une détérioration irrémédiable, sauf des fois.
-- La façon dont les fils sont connectés n'a pas d'importance, sauf des fois.
-- Certaines pièces à ajouter doivent comporter des petits rectangles argentés (appelés des broches) régulièrement disposés le long d'un bord de la pièce. Ces broches doivent être en contact avec les broches de l'ordinateur.
-- Les broches sont trop petites, nombreuses et rapprochées pour que l'on puisse les compter, il est donc inutile d'essayer.
-- Le nombre de broches est très important.
-- Si une pièce résiste à l'insertion, soit il faut pousser un peu plus fort, soit il faut changer d'emplacement, soit les deux à la fois.
-- Un emplacement "insérable" se distingue facilement d'un emplacement non "insérable", malgré leur aspect similaire.

Fort(e) de toutes ces connaissances qui font partie depuis longtemps de la sapience collective implicite, vous pouvez vous jeter dans l'opération de greffe. Bien entendu vous saurez, grâce aux indications qui existent certainement quelque part, si votre pièce est un ajoût à votre ordinateur ou si elle remplace une autre pièce similaire qui est moins performante, ou plus performante, ou identique, ou si elle remplace une autre pièce qui n'est pas similaire et qui ne fait rien. Vous prendrez bien entendu la précaution de vous laver les mains avant et après pour des raisons d'hygiène.

Procédure conseillée :
Vous essayez de retirer la pièce à retirer. Vous ôtez le taquet de protection puis vous retirez la pièce à retirer. Vous posez la greffe. Vous poussez. Vous retirez la greffe et la placez dans l'autre sens. Vous poussez, elle s'enclenche. Vous replacez le taquet de protection.

Félicitations ! Vous avez maintenant un ordinateur vraissemblablement plus performant qui fonctionnera peut-être mieux de façon probablement observable.



(*) Une fonctionalité est par définition utile puisque si elle ne l'était pas elle n'aurait pas été inventée.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Lundi 24 décembre 2007
Ce bref article est destiné aux anglophones. Je présente mes excuses aux autres et j'espère qu'ils reviendront un jour. Mais un blog est internationnal ou il n'est pas.

Je viens d'ajouter un lien dans la colonne de gauche. Il vous conduira à l'une des meilleures sources d'information américaines : le journal "The Onion". Ce journal va bien au-delà du bout ultime des sentiers battus. The Onion creuse encore quand le journaliste commun s'est arrêté de fouiller depuis longtemps, et déterre la vérité toute nue, qu'il recouvre tout de même d'un voile pudique avant de la montrer à la foule. Ou bien il la recouvre d'une petite nuisette rose avec un liseré noir en dentelle parce que c'est plus sexy. Vous y trouverez ce que vous ne verrez nulle part ailleurs.

J'ai appris son existence par un collègue il y a environ deux ans. J'aurais dû le signaler ici depuis longtemps mais je voulais le garder pour moi. Seulement je viens de découvrir qu'il ont à présent un magazine télédiffusé : ONN (Onion News Network). The Onion est un journal moderne, et je ne peux pas le taire plus longtemps.

Bien entendu, compte tenu de son origine, il faut parfois élaguer les articles de The Onion de ce qu'ils ont d'américano-américain. Cependant, même dépourvue de 82% de sa masse, cette information reste inestimable.

Quelques titres présentés par ONN aujourd'hui, parmi de nombreux autres:

"Domestic Abuse No Longer A Problem, Say Bruised Female Researchers"
"Controversial Tell-All Book Reveals Wrestling Fans Are Fake"
"Beyonce Unhurt After Stray Bullet Miraculously Hits Passerby Instead"
"World's Oldest Neurosurgeon Turns 100"
"Human Head Found In Hamburger"

Dans la version texte, c'est la section Science and Technology que je consulte le plus souvent. Quelques articles encore en ligne:

 "Archaeologist Tired Of Unearthing Unspeakable Ancient Evils"
"Absent-Minded Professor Says Cure For Cancer 'Around Here Somewhere'"
"Intensive Five-Year Study Finds Five Years A Long-Ass Time"
"Mean Scientists Dash Hopes Of Life On Mars"

En actionnant le lien, vous vous rendrez compte très vite que l'équipe de The Onion est parfaitement consciente de la valeur de ce qu'elle propose. En effet, ce qui est précieux doit forcément être difficile à trouver. Par conséquent, le site internet est fouillis, surchargé d'annonces en tout genre, vous emmène à des endroits inattendus (généralement non souhaités), présente une structure compliquée et la navigation réserve quelques mauvaises surprises (par exemple lorsque vous cherchez à visionner plus d'une émission ONN à la suite). Nous n'en attendions pas moins.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Jeudi 6 décembre 2007
Il faut faire quelque chose. Ceux d'entre vous qui prennent occasionnellement le train sur de longues distances savent de quoi il retourne. Vous avez certainement remarqué : la situation s'aggrave, ils sont toujours plus nombreux et toujours plus désemparés. Ces gens sont le plus souvent détestés ou ignorés, alors qu'ils ont tant besoin de notre aide. Il est temps de leur tendre la main (pacifiquement).

J'irai droit dans le pot. Quelle que soit l'assurance que peuvent afficher ces pauvres passagers, ils ne feront pas illusion sur leur condition. L'énergie qu'il faut pour crier sa vie dans un combiné trois heures durant en public ne peut provenir que du désespoir. Reconnaissons-le, le téléphone portable est un prétexte.

On me dira qu'ils s'en foutent des autres mais on ne me la fait pas. Se foutre de quelque chose consiste à ne rien faire pour provoquer cette chose ni pour l'éviter. Or, parler fort en public est un métier. Il y a des cours pour cela, des aptitudes aussi, voire des talents. C'est très utilisé au théâtre, par exemple. Cela se travaille des mois durant (et certaines personnes sont payées pour cela). Ce n'est pas un automatisme : parler fort en public sur une longue durée dénote une volonté de se faire entendre. De qui ? Des autres passagers, y compris les enfants et les animaux domestiques quand il y en a. On ne me fera pas croire que quelqu'un qui s'en fiche parlerait des heures à un chien qu'il ne connaît même pas.

On me dira qu'ils sont trop paresseux pour aller en coursive, mais on ne me la fait pas non plus. Je peux vous assurer, et n'importe quel professionnel du spectacle sera d'accord avec moi, qu'effectuer un one-passager-show durant plus de deux heures, même assis, est un travail exténuant. Faire attention à ce qu'on dit autant qu'à sa voix, ne pas sembler ridicule... tout cela demande une attention soutenue. Alors qu'après un tout petit déplacement ils peuvent se trouver en privé et dire ce qu'ils veulent comme ils veulent ? Ces gens-là travaillent pendant que nous voyageons.

On me dira que pour des raisons diverses, il est nécessaire qu'ils communiquent immédiatement quelque chose à un correspondant distant, mais on ne me la fait toujours pas. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Au bout du fil, une personne. Dans la voiture, une cinquantaine de personnes. De toute évidence, le vrai destinataire n'est pas au bout du fil. Quant à ce qu'ils disent, vous reconnaîtrez avec moi que la désolante vacuité du message est la toute première chose qui nous frappe dès lors qu'on y porte attention.

On me dira qu'il s'agit simplement d'exhibitionnisme, mais n'insistez pas, on ne va pas me la faire aujourd'hui. Cette tentative parfois candide, parfois élaborée, de mettre en avant l'aspect trépidant que pourrait avoir leur vie, ou cette manière forcenée de montrer du contrôle sur les hypothétiques interlocuteurs (on peut parfois douter de leur existence puisqu'ils ne sont pas souvent nécessaires) va beaucoup plus loin que la simple exhibition. Vous aurez tous reconnu ce que l'on appelle en psychologie une compensation (ou surcompensation, concept introduit par Alfred Adler entre les deux guerres), qui consiste à faire contrepoids à un mal-être, généralement un sentiment d'infériorité.

Oui, ces gens ont mal. Oui, ces gens souffrent, leur principale caractéristique étant qu'ils ne le font pas en silence. Je ne refuse pas ma responsabilité humanitaire et propose un plan d'aide.

D'abord, un geste simple. Chaque fois qu'un de ces passagers prononce la phrase clé "Je suis dans le train", nous devrions tous nous écrier "On est tous dans le train !". Ainsi, il se sent moins seul. De même, répondons à ses bonjour et à ses au revoir, un peu d'urbanité ne fait pas de mal.

Ensuite, participons à la conversation, sans agressivité, puisque c'est ce que l'on attend de nous. Corrigeons le passager fortement vocal lorsqu'il fait des erreurs de langue, posons des questions lorsque ce qu'il dit n'est pas clair et exprimons notre opinion en particulier lorsque qu'elle est différente de celle qui est énoncée. Ainsi, le téléphoneur constate que l'on fait attention à ce qu'il dit (*). Cela devrait soulager la douleur de son ego, et le fortifier pour les étapes suivantes.

Afin de satisfaire les éventuelles faims de contrôle, très fréquentes chez ces individus égrotants, je propose que leur soit réservé un demi compartiment où ils puissent se réunir et se donner l'un l'autre des indications, recommandations, voire des ordres, qu'ils exécuteraient à tour de rôle. Pour cette étape, je pense qu'il vaut mieux qu'ils restent entre eux et qu'ils aient l'occasion de subir dans une certaine mesure les envies de leurs semblables, pour éviter qu'ils ne prennent de mauvaises habitudes. Le but est tout de même de les aider à décrocher (pour ainsi dire).

Je suggère alors à l'équipementier de nos trains d'intégrer dans le siège un mécanisme qui dispense soit un léger courant électrique, soit une vibration, réglé sur la hauteur de la voix. L'effet recherché est un sentiment d'inconfort proportionnel aux décibels produits et à la durée de production, afin d'aider la personne à parler moins fort. Cela va l'amener à se concentrer sur les personnes proches qui, en vertu des deux premiers points, seront à leur écoute.

Normalement, l'étape suivante devrait consister en une réduction progressive de la capacité des batteries de téléphone. Seulement, je la laisse de côté pour le moment, jusqu'à ce que j'aie trouvé le moyen de n'en pas être affecté.

Progressivement, les patients devraient abandonner l'intermédiaire du téléphone dans leur conversation avec les autres passagers, et adopter un ton civil. Des unités de soutien psychologique seront présentes dans chaque train de grande ligne pour leur faciliter la transition et leur faire voir que dans un train ils ne sont pas coupés du monde extérieur : le monde extérieur est assis à côté d'eux.

Je n'ai pas ouvert les yeux tout seul. Merci à Kamel, ex-publiciste de Lille abondamment gominé, qui m'a fait voyager trois heures dans son bureau. J'espère de tout coeur que l'achat de cette cartouche d'encre d'imprimante s'est bien passé, et je suis tout à fait d'accord avec lui : "fibre commerciale", ça sonne très bien.




(*) Cela peut se révéler extrêmement bénéfique pour lui et il vous en sera reconnaissant. Pour preuve, ce jeune homme un soir, sur la banquette à côté de moi :
-- Où je suis ? Ben dans le train. Ah, où est le train, là ? Je sais pas, je crois qu'on est dans le Jura.
Rires dans tout le compartiment.
-- Bon, vu la réaction des gens, on doit pas être dans le Jura.
Grâce à notre participation, ce jeune homme sait maintenant que l'on fait attention à lui, et qu'il n'était probablement pas dans le Jura.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Lundi 19 novembre 2007
Pour la toute première fois ici, je me vois contraint de traiter d'un sujet d'actualité. La raison n'est pas que cela concerne une contrée pour laquelle je nourris les plus tendres sentiments et où j'espère retourner m'établir bientôt, un peuple que je souffre de voir ainsi déchiré. Laissons ces émotions improductives de côté. Ce qui me coerce aujourd'hui est l'application révolutionnaire d'un principe social que jusqu'à présent personne n'a osé véritablement mettre en oeuvre.

Voici les faits. La partie flamande de la Belgique souhaite se séparer de la partie wallonne de la Belgique. La principale raison invoquée est que la richesse relative des Flandres la contraint de contribuer davantage à la répartition solidaire nationale que la Wallonnie. En résumé, les flamands en ont marre que les riches paient pour les pauvres. En d'autres termes, les riches en ont marre que les flamands paient pour les wallons.

C'est assez difficile à comprendre. Dans une société reposant sur le principe de solidarité, c'est-à-dire où les plus riches aident les plus pauvres, il peut sembler aberrant que les désignés plus riches aient envie de se soustraire au principe fondateur. C'est quelque chose qui ne pouvait jusque là s'envisager ni à l'échelle d'un quartier, ni à celle d'une ville, ou d'une province, ou d'un pays, d'un continent, ni bien entendu à l'échelle du monde. C'est difficile de nous représenter cette situation uniquement par résistance psychologique à un concept étranger. Voyez vous-même. Essayez d'imaginer par exemple qu'en France, les personnes détenant les plus grandes fortunes essaient par tous les moyens de la soustraire à l'Etat répartiteur. Haha. Qui pourrait imaginer une chose pareille ? Les flamands séparatistes, bravo à eux, y sont parvenus.

Mes amis, nous assistons en direct à l'application à l'échelle d'un pays du principe du dernier wagon dans sa version originale (évoqué ici dans sa version soft). Pas moins ! La caractéristique de la version originale est que le dernier wagon est supprimé. Ce principe a été reconnu ici parfaitement valide puisqu'il a déjà été appliqué avec succès auprès d'une population aussi exotique que celle des scientifiques. Nous découvrons en outre que finalement l'histoire du dernier wagon est bien une histoire belge.

Bien entendu, les flamands séparatistes de Belgique ne se contenteront pas d'entrouvrir cette voie sociale pleine de promesses. Ils la suivront jusqu'au bout tel que le ferait n'importe quel peuple de conviction. Quand les Flandres seront indépendantes, les séparatistes se sépareront de leurs femmes au foyer, parce qu'il n'y a aucune raison que le mari contribue plus que la femme au ménage, profitant de l'occasion pour flanquer un bon coup de pied au machisme de notre époque. Puis ils mettront leurs enfants dehors, du moins les plus jeunes, car ils sont improductifs. A la limite, à partir de 6 ans, ils pourraient contribuer. Mais les bébés : à la rue ! Ensuite, entre les quatre provinces flamandes sera établi un classement de revenus qui aboutira à l'exclusion des deux plus pauvres, puis entre les deux restantes de la moins productive. Enfin, la province restante, peuplée d'hommes seuls sans enfants, sera éclusée jusqu'à ce que personne ne soit en position de recevoir davantage du système que son voisin. Quand ce processus parviendra à son terme, le dernier flamand séparatiste pourra se targuer d'être parfaitement indépendant. On pourra d'ailleurs appeler cet homme "Leterme" (si on veut), puisqu'il représente en quelque sorte le bout de cette aventure (et nous en savons un morceau au sujet de "bout").

Vous comprenez que je ne pouvais m'abstenir de joindre mon cri (discret) à cette révolution en marche, et de vous proposer d'être avec moi les témoins attentifs de cette véritable leçon de civilisation.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Lundi 5 novembre 2007
Durant un court instant, mes finances se sont stabilisées. Après des années de privation, j'ai pu enfin respirer. Je me suis laissé aller à une débauche : j'ai acheté un produit de grande marque. Que celui ou celle qui ne l'a jamais fait me lance la première pierre. Cela m'a permis de découvrir un autre univers, un monde de qualité. Je sais que le plaisir de la découverte est incomparable, j'ai donc savouré.

Tout d'abord, ma nouvelle éponge vaisselle de grande marque n'a pas tout à fait la même forme que les éponges vaisselle à bas prix qui me sont coutumières. Fini le pauvre rectangle régulier, où l'on sent le chiche d'une découpe économe, sans gâchis. Ici, nous avons un arondi délicat qui tient bien en main après un moment d'accoutumance. Ensuite je constate que le côté vert qui gratte s'assouplit plus vite, ce qui offre un confort de grattage plus rapide. Les autres sont rustiques en comparaison.

Pourtant l'avantage principal n'apparaît qu'après un délai stable d'utilisation régulière. Au terme de six mois de service, le grattant vert s'effiloche en petits bouts qui disparaissent dans la bonde et la partie spongieuse se rabougrit. Mon éponge de marque a le bon goût de disparaître au delà d'un délai convenable. Parce que, mes amis, que fait mon éponge bon marché à la place ? Après plusieurs années elle est toujours là, le côté doré prenant une teinte grise qui ne fait qu'attirer les quolibets de la part de mes invités, et je suis obligé de la mettre au placard en compagnie de dix autres de ses congénères increvables dont je ne sais que faire. Cela manque cruellement de distinction. A présent que j'ai goûté d'une éponge de marque, hah ! je ne pourrai plus revenir en arrière ! Heureusement, elles sont vendues par paquets de trois. Cela me donne un an et demi avant le prochain investissement, ça devrait passer. Au pire, je reprends une des vieilles quelques semaines pour faire le joint.

Comment ces gens de marque font-ils pour nous fournir ces merveilleux produits auto-finissants ? Ils embauchent des experts de cette profession en plein essor : fiabiliste. Outre le fait qu'il nous épargne de lui chercher un féminin, le fiabiliste à l'immense avantage de prévoir en combien de temps d'utilisation tel ou tel élément va se détruire. L'étape suivante est de déterminer quel serait l'élément idéal si l'on veut qu'il se détruise après un temps d'utilisation déterminé. Cela vous semble peut-être anodin, mais faites-moi confiance quand je vous annonce que cet homme, qui peut éventuellement être une femme, nous ouvre la porte vers la modernité.

En effet, un produit moderne est un produit qui finit quand on a prévu qu'il finisse, afin que l'on ne soit pas obligé d'attendre (parfois en vain) une éternité avant d'acheter son remplaçant. Le sommet du raffinement, c'est la prédictibilité. Je SAIS que dans un an la batterie de mon téléphone portable partira en sucette. Je SAIS que dans six mois le système de sécurité de la fermeture du hublot de ma machine à laver se coincera, bloquera tout le programme et m'obligera à appeler le réparateur. Je SAIS que dans 70.000 kilomètres la moitié des pièces de ma voiture seront à remplacer et qu'après 70.000 de mieux je pourrai m'en séparer. Je suis un homme moderne : je peux PREVOIR. Cela me permet d'anticiper la dépense totale de mon salaire sur les vingt prochaines années. Alors ? Qui c'est le patron, maintenant ? Hein ?

Vous imaginez à présent à quel point la fierté me bombe le torse lorsque je me prépare à retirer ma deuxième éponge vaisselle de grande marque de son emballage.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Vendredi 28 septembre 2007
Je fais partie d'une élite. Je suis membre du cercle des "Gros Transportés". N'importe qui penserait qu'un Gros Transporté se transporte plus fort qu'un petit transporté, mais vous n'êtes pas n'importe qui (vous fréquentez ce blog). Vous savez donc que la seule chose qui distingue un Gros Transporté d'une personne normale est la détention de la "Carte Gros Transporté". Cette clef ouvre les portes des "Salles Gros Transporté" cossues qui permettent aux heureux possesseurs d'être accueillis par une jeune et avenante hôtesse, d'attendre leur transport dans un fauteuil moelleux, et éventuellement de brancher quelque fil au mur afin de se montrer très connecté. Cela participe d'un air business. D'ailleurs l'hôtesse ne demande production de la carte qu'aux gens qui ne sont pas habillés business. Comme à l'entrée des boîtes de nuit : c'est le petit côté 'select' qui rassure.

Seulement voilà : la Carte Gros Transportés est très abordable. Elle est donc accessible à des gens qui ne sont pas toujours très business (ni connectés). Vous comprenez que cela gâche tout. On ne peut pas avoir un groupe d'élite dont l'accession est facile, c'est pas possible. C'est un non-sens. Comprenez bien que j'en suis le premier désolé, et juste après moi il y a notre transporteur innovant. Comment faire ? Augmenter le prix de la carte ? Ce serait tellement vulgaire. Bien entendu, notre partenaire en transport a trouvé quelque chose de bien plus raffiné. J'en ai été averti il y a peu.

Le courrier que j'ai reçu est un peu technique pour le non pratiquant. Je vous traduis en respectant scrupuleusement le sens et l'esprit.

==> Cher Mr LEPAGE (c'est moi), nous demandons souvent l'avis de nos Gros Transportés et nous nous appercevons qu'ils veulent mieux. Par conséquent nous créons pour les Gros Transportés trois autres groupes, qui s'appelleront Sélect Pompon, Sélect Fanfreluche et Sélect Tagada. Ces groupes sont pareils mais aussi différents : voir tableau à trois entrées ci-contre, suivi de la liste de services communs avec les nombreuses notes explicatives. C'est simple. Ces groupes vous donnent un peu plus d'avantages. Malheureusement, en même temps la Carte Gros Transportés vous donnera moins d'avantages, ce qui vous semblera bien naturel. Ainsi, si vous voulez garder vos avantages de Gros Transporté, nous vous conseillons de faire aussi partie du groupe Sélect Pompon, au minimum. Nous nous abstenons pudiquement de dévoiler ici les condition d'acces à ces nouveaux groupes. Vous pouvez les connaître en vous connectant sur www.grostransportes.com. <==

J'adore les bonnes nouvelles. Le coeur gonflé de joie, je me prépare à me connecter sur ma borne réservée pour découvrir toutes les nouvelles opérations que mon partenaire m'autorise à effectuer afin de profiter d'un nombre de bénéfices toujours stagnant. Il ne me manque que mon mot de passe, qui ne se trouve dans aucun de mes courriers électroniques. Je ne comprends pas comment j'ai pu l'oublier, puisque que je ne l'ai jamais utilisé. Aucun Gros Transporté n'a de raison d'utiliser régulièrement sa connexion réservée, je ne dois pas être seul parmi mon élite dans cette situation. Vous voyez, grâce au mot de passe, on peut profiter des "Gros Transporpoints" gagnés, après avoir passé une épreuve. Or, je n'avais pas encore franchi le seuil des cent vingt mille kilomètres de transport qui m'accordent ma toute première réduction de cinq euros (la barrière des dix-sept mille quatre cent vingt-trois Gros Transporpoints). Je clique donc sur le lien que l'on trouve sur tout site à accès réservé : "mot de passe oublié".

Là m'attend le stade ultime du standing : en cas de perte de mot de passe, je suis invité à appeler un numéro surtaxé. D'habitude, on me demande de répondre à une question, ou on m'envoie un simple mail avec un nouveau mot de passe, des démarches d'un banal. Ici, non. Je fais partie d'une élite, je vous dis. En découvrant cette manoeuvre exceptionnelle, qui m'était réservée, j'ai failli ne pas me contenir. Je n'avais pas connu telle extase depuis le jour ou la femme de ma vie m'a annoncé qu'elle tenait tellement à moi qu'on allait se voir moins souvent. Il y a des bonheurs qui restent.

Je vous l'avoue, j'ignore totalement ce qu'il se passe sur cette ligne mystérieuse. Je ne peux qu'imaginer quelles merveilles on peut y découvrir. Une musique d'attente avec du piano ? Une enquête marketing ? Un autre numéro à appeler ? Je n'ai pas osé. Vous comprenez, je suis ému. Bientôt j'aurai rassemblé mon courage et je me lancerai. Tout plutôt que de perdre ma place au sein du cercle restreint des Gros Transportés.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Mardi 25 septembre 2007
Je ne comprends pas.

Un matin, à mon travail, un collègue avait apporté quelques gâteries boulangères pour l'une ou l'autre raison dérisoire. Dérisoire dans le sens où invoquer une raison pour ce genre de geste est absurde. Le midi, que vois-je-Ô-stupeur ? Un demi croissant traîne sur la table de la petite cuisine commune.

Un demi croissant, soit la moitié d'un croissant entier.

Il existe, mes amis, dans ma propre entreprise, des gens que je côtoie presque tous les jours, capables de consommer la moitié d'un croissant. Je vous le jure. Je ne sais pas encore qui c'est, mais je le découvrirai tôt ou tard. Peut-être qu'il est seul. Peut-être même que c'est une femme.

Je vous le demande, est-ce qu'on sépare en deux un bonbon pour ne manger que la moitié ? Est-ce qu'on sépare en deux un expresso pour ne boire que la moitié (sauf s'il est dégeulasse) ? Est-ce qu'on sépare en deux un plat de lasagnes de format familial pour ne manger que la moitié ? Est-ce qu'on sépare en deux une double ration de tartiflette pour ne manger que la moitié des deux ? Vous en convenez avec moi, c'est incongru : cela ne se fait pas.

Certains aliments sont insécables, et puis c'est tout. Les croissants en font partie, au même titre que les bonbons, expressos, toasts, barquettes de Danette chocolat 1kg, tartiflettes toutes tailles et paires de pots de yaourts (les yaourts se mangent toujours par deux, c'est pourquoi ils sont vendus par nombres pairs). La seule raison de couper un croissant en deux que je puisse imaginer, est qu'entier il ne rentre pas tout dans la bouche. Ce n'est donc que pour les petites bouches. Dans ce cas le croissant est mangé en deux fois, mais cela reste exceptionnel, et quoi qu'il arrive, la deuxième moitié ne reste JAMAIS sur le carreau. Que l'on ne vienne me prétexter ni culture, éducation ou hérédité : les usages ne peuvent être si différents au sein de la race humaine. Quel gâchis.

J'aurai tout vu dans cette boîte.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Dimanche 16 septembre 2007
Nous avons constaté il y a peu à quel point le progrès nous colle au train. Sachez que la responsabilisation horaire n'est pas la seule voie d'avenir que notre partenaire en chemin de fer nous ouvre. Nous pouvons maintenant bénéficier des avantages de la créativité tarifaire. Grâce à la créativité tarifaire, mes amis, nous passons à un niveau supérieur de civilisation. La créativité s'oppose à la routine. La créativité s'oppose à la prédictibilité. La créativité c'est l'art, c'est l'imagination, c'est la plage sous les pavés. Avec la créativité tarifaire, l'art pénètre notre vie par les orifices les plus inattendus : l'achat d'un billet de train.

Tout cela vous semble certainement théorique. Prenons un exemple. Mettons un trajet A : de la ville 1 à la ville 2. Nous sommes communs d'une question venue du fond des âges : combien coûte le trajet A ? La créativité tarifaire consiste à faire disparaître cette question inélégante en escamotant la réponse. Ainsi, plus de propos maladroits au sujet de choses telles que budget, moyens, prix, etc. Démonstration. Voici les tarifs que l'on peut trouver pour le trajet A (qui tient à rester anonyme) au moment où je rédige cette note.

25,00€
40,00€
43,00€
46,00€
47,90€
55,00€
56,00€
56,40€
59,00€
61,00€
62,70€
63,00€
67,00€
70,00€
71,00€
71,80€
72,00€
74,80€
77,00€
80,00€
83,00€
86,00€
86,80€
87,60€
89,70€
91,00€

Combien coûte le trajet A ? De 25 à 91 euros. Peut-être.

"Peut-être" car cette liste ne peut prétendre à l'exhaustivité. Je n'ai pas exploré toutes les possibilités, et les sommes présentées ici peuvent varier en fonction de l'âge du transporté ou de la jouissance de l'une des nombreuses cartes de réduction disponibles. D'autre part, il s'agit des tarifs internet, qui sont très différents des tarifs au guichet. C'est aussi cela la créativité : proposer à l'usager deux univers, deux réalités avec chacune leurs propres règles et us.

Il y a quelques années, je me suis adressé à un guichet de gare pour m'informer sur les différentes possibilités d'abonnement lorsque l'on effectue un trajet régulier. Il s'agissait précisément du trajet A. Il fut question entre autres d'une carte vendue à prix fixe qui donnait accès à une réduction tarifaire de 50%. Après un rapide calcul, on m'annonça que l'investissement était amorti après trois voyages. Je n'étais pas conscient des dernières innovations, je n'ai donc pas pensé à demander : lesquels ? Aujourd'hui j'ai un peu honte d'être passé pour un sauvage. On m'a précisé que ces réductions prenaient effet pour les transactions effectuées au guichet, puisque internet fonctionnait sous un régime différent. J'ai avoué que je ne me déplaçais en gare que pour embarquer. La jolie jeune personne qui me renseignait m'a alors dit avec une fraîcheur rare que cela faisait aussi plaisir quand on passait dire bonjour au guichet. C'était tentant comme une pêche mûre, l'achat sur internet étant assez pauvre en matière de contact social, cependant il faut bien plus que quelques mots et un mignon sourire pour motiver un véritable paresseux. Aujourd'hui, j'ai perdu contact avec le monde du guichet. Je suis persuadé que la créativité s'y exprime tout autant, sinon de la même manière, que sur le réseau.

Grâce à ces révolutions amoureusement concoctées par notre transporteur, quelles que soient sa régularité, sa précision, sa soudaineté, sa longueur, le voyage est redevenu une aventure. La date de départ est une énigme et le tarif est imprévisible. On nous restitue enfin le frisson des expéditions d'Afrique. Un bon conseil. Faites comme moi, emportez une boussole.
par Impromptu publié dans : Des avis
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