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Des histoires

Vendredi 8 mai 2009
–    Monsieur ! Vous cherchez une familiale !
–    Heu... en effet...
–    Je le vois à votre démarche. Quinze ans de métier, monsieur. J'ai exactement ce qu'il vous faut. Laissez-moi vous montrer.
–    Je viens juste pour regarder, hein.
–    Bien sûr monsieur. Et je suppose que madame doit donner son avis.
–    C'est vrai...
–    Je vous présente la Fissa Arobase, dernier modèle, c'est la 5.09. Spacieuse, économique, performante, avec tout l'équipement nécessaire pour les enfants. Regardez. Venez vous asseoir près de moi sur le siège arrière. Allons, ne soyez pas timide. Vous voyez ces casques. C'est pour les jeunes, ils adorent ça. C'est prouvé. Vous leur mettez sur la tête et vous êtes tranquille pendant douze heures. Voyez, il y a les manettes qui vont avec.
–    Mais il y a quoi dans ces casques ?
–    La fameuse immersion Arobase, monsieur ! Tout le monde en parle ! Les petits écrans descendent sur les yeux, et l'enfant peut regarder des dessins animés, écouter de la musique ou jouer avec des jeux informatisés. Dans le siège conducteur vous avez une base de données qui peut contenir jusqu'à cinq cents films : de bonnes vacances en perspective !
–    C'est quoi comme films ?
–    Vous pouvez tout télécharger sur le site Fissa, c'est vous qui choisissez. Vous verrez, c'est très bon marché. Et facile d'utilisation. Venez vous installer au volant. Allez-y. Vous sentez ?
–    Non, quoi ?
–    Mais ce confort ! monsieur... Monsieur ?
–    Rebulet.
–    Ce bien-être incomparable, monsieur Rebulet. On n'a pas encore démarré que l'on sent déjà le plaisir de la route. Vous avez toutes les commandes à portée du doigt sur le volant : l'auto-radio avec le volume, le changement de fréquence, le choix du CD (il y a un chargeur de soixante-quinze CD dans le coffre), l'éclairage de l'habitacle, le choix du film ou du jeu pour les enfants derrière, l'inclinaison de tous les sièges, les vitres et tous les paramètres du système d'exploitation de l'Arobase.
–    Les quoi du quoi ?
–    Les paramètres du système d'exploitation, monsieur Rebulet. C'est précisément pour cela que les gens s'arrachent la Fisssa Arobase, le monde nous l'envie. La conduite est entièrement centralisée, et toutes les options aussi.
–    Quoi comme option ?
–    Haha, monsieur Rebulet, "quoi comme option". Vous me taquinez. Vous n'avez donc pas la télévision, ni la radio, vous ne voyez pas les affiches dans les rues ? Mais le régulateur de vitesse, monsieur Rebulet, l'assistant au freinage et l'harmoniseur d'accélération. Vous réglez la quantité de précipitation pour le déclenchement automatique des essuies-glace, la luminosité pour les phares, la température pour la climatisation, les possibilités sont infinies, monsieur Rebulet !
–    On a tout ça sur le volant ?
–    Et bien d'autres choses. Surtout pensez bien à tenir vos mains à dix heures dix quand vous conduisez, sinon l'assurance ne vous couvrira pas. Aussi, n'oubliez pas de lire le manuel utilisateur. Vous pouvez le télécharger aussi, pour une poignée d'euros, et l'afficher à tout moment sur l'écran du navigateur.
–    Au fait, il est où le navigateur.
–    Il est dans la voiture, monsieur Rebulet. Ou devrais-je dire plutôt : la Fissa Arobase EST le navigateur.
–    Elle conduit toute seule ?
–    Hahaha, monsieur Rebulet, vous allez un peu vite. La voiture qui se conduit toute seule n'existe pas encore. Mais vous pouvez la commander chez Fissa, elle est en cours de conception. Le GPS est dans la structure de la voiture et votre itinéraire s'affiche ici.
–    Ici ?
–    Oui, ici. Entre là et là, au milieu du pare-brise. Attendez, je vous montre. Il suffit d'appuyer là sur le volant...
–    Tiens...
–    Oui, je viens d'ouvrir le coffre. C'est volontaire, je vais vous montrer le coffre. Venez, monsieur Rebulet, je vous laisserai découvrir le navigateur tout seul comme un grand... Alors, il est pas bien, ce coffre ?
–    Si. Mais je pense qu'il nous faudra quand même un rack pour les vélos.
–    Haha, monsieur Rebulet, croyez-moi, quand vos enfants auront essayé les casques, vous n'aurez plus besoin de vélos. Ils passeront la journée dans la voiture. Faites-moi confiance. La télé, à côté, c'est une planche à clous.
–    Et cette bande, là, c'est le feu de stop ?
–    Non, le feu de stop est en bas, ça c'est le panneau de communication. Vous avez deux lignes de cinquante caractères.
–    Mais pour faire quoi ?
–    Pour communiquer, monsieur Rebulet, pour communiquer ! Vous pouvez dire bonjour aux autres automobilistes, leur souhaiter bonne route, les demander de faire attention, de ne pas rouler trop près, etc. Vous pouvez afficher des smileys. Vous savez, les petits sourires, les petis bonshommes qui tirent la langue, tout ça.
–    Je ne sais pas si j'aurai le temps d'écrire, vous savez, quand je conduis, je suis très concentré. Surtout s'il y a ma femme.
–    Aucun problème, il y a des phrases types que vous pouvez télécharger. Vous verrez, c'est très bon marché. Vous n'aurez qu'à taper les premières lettres, ou bien vous programmez des chiffres pour vos phrases préférées.
–    Et ma femme, alors, elle peut pas taper les trucs à ma place ?
–    Ah non monsieur ! Sur un navire, il n'y a qu'un seul capitaine ! Et puis ça vous distrairait, et on ne plaisante pas avec la sécurité.
–    Oui, c'est pas faux. Enfin, faut voir...
–    Et le mois prochain, vous pourrez télécharger une toute nouvelle fonctionnalité : la reconnaissance de proximité. Quand vous êtes dans les embouteillages, vous pouvez automatiquement détecter le profil de tous les autres véhicules qui sont dans le même embouteillage que vous, Grâce au GPS.
–    Ouais, c'est pas mal... Mais pourquoi ?
–    Pour tchatter. Pour s'échanger les informations utiles. Par exemple, pour dire à quel endroit la route se dégage, s'échanger des itinéraires bis ou bien s'il y a un accident, les personnes le plus près peuvent dire combien il y a de corps, si ça saigne, si ça crie, etc. Les infos, quoi.
–    Et je suppose que je peux faire tout ça avec le volant. Ça doit pas être évident de mettre un clavier sur un tube.
–    Erreur, monsieur Rebulet, nous avons été plus malins que ça. Venez voir. Ici, les petits carrés, sur le pare-brise.
–    Ah oui, en effet, il y a des lettres. Je croyais que c'était des saletés.
–    Des saletés ! Comme vous êtes amusant monsieur Rebulet. C'est le tout dernier pare-brise tactile quatre-vingt-sept pouces Toshiba. Une exclusivité Fissa. C'est de la haute technologie, ça, monsieur. Il n'y a que deux endroits en France où ce genre de bijou peut être installé. C'est quelque chose dont vous pourrez être fier !
–    Mais... si je reçois un caillou ou...
–    Surtout pas monsieur Rebulet ! Il faut être très prudent, les effets seraient tout-à-fait imprévisibles ! Heureusement tous les systèmes de sécurité de la Fissa Arobase sont aux aguets.
–    Je peux l'essayer ?
–    Bien sûr ! Il vous suffit de laisser vos empreintes et un enregistrement de voix au secrétariat. Quand vous serez revenu, la voiture aura déjà fini de démarrer !
–    Hein ? Il faut du temps pour démarrer cette voiture ?
–    Absolument pas, tout est en place en moins d'une minute et demie, c'est l'une des plus rapides du marché.
–    Mais... Ça ne prend même pas une seconde normalement.
–    Hahaha, sacré monsieur Rebulet, "une seconde". C'est dépassé, tout ça ! C'était à l'époque de la mécanique, monsieur Rebulet. Maintenant c'est de la haute technologie. Il faut que le système d'exploitation se charge, puisque tout est centralisé. On a fait d'énormes progrès depuis le démarrage à l'ancienne. Pourquoi pas avec une manivelle, tant que vous y êtes !
–    Ce sera tout le temps une minute et demie ?
–    Garanti ! Si jamais au bout de trois minutes, ça n'a pas démarré, il suffit d'appuyer sur la pédale d'embrayage, tout en appuyant sur ce petit bouton sur le volant et en même temps sur le sélecteur de station de radio de ce côté-ci, et vous serez automatiquement débloqué.
–    Du coup, ça démarre quand même ?
–    Tout-à-fait. Vous serez simplement passé en mode démarrage sans panne, panne sans erreur, erreur sans blocage et blocage sans danger.
–    Je pourrais faire ça tout le temps, quand je suis pressé ou quoi...
–    Surtout pas, monsieur Rebulet, la voiture n'aurait qu'une toute petite partie de ses fonctionnalités, accélération, freinage, direction, juste les fonctions de base de la voiture archaïque, ce serait dommage. Et puis la voiture est réglée pour ne permettre que cinq démarrages sans panne, après quoi vous serez obligé de faire une révision chez nous. Remarquez, une petite visite entretient les relations, et puis ça fait toujours plaisir, monsieur Rebulet.
Par Impromptu
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Vendredi 13 février 2009
Je me rappelle ce joli petit dessin animé avec un dauphin (blanc) que l'on appelle au moyen d'une plaque de chocolat (blanc aussi (*)).

Dans un bateau, le petit Eric s'ennuie et se languit de la compagnie de son ami Skippy.

-- Papa, donne-moi s'il te plaît une plaque de chocolat de cette marque que je ne peux pas citer sur un blog sans publicité : j'ai envie d'appeler Skippy !
-- D'accord, mais fais bien attention.
Eric fait réfléchir le soleil sur le chocolat (qui est si blanc) un peu au hasard sur l'eau, et pan ! dans l'oeil de Skippy le dauphin qui en est tout joyeux.
-- Regarde, papa, il arrive ! Par ici Skippy ! Attention, Skippy, pas trop près de l'hélice du bateau ! Att...
Chop tchop tchop tchop...
-- Enfin, Eric ! je t'ai déjà dit de ne pas l'appeler à l'arrière du bateau ! Regarde, maintenant on a des bouts de dauphin partout ! Et l'hélice est toute coincée avec le boyau, c'est malin ! Je te préviens, c'est toi qui va défaire les noeuds, si tu veux qu'on rentre.
-- Je peux pas, j'ai tout plein du chocolat (**) sur les mains ! s'écrie le pauvre petit Eric en pleurnichant.
En effet, en plein soleil le chocolat a fondu sur les mains d'Eric, causant des taches de gras en plus des taches de dauphin (qui est gras aussi).

Ou peut-être le dessin animé ne se déroulait-il pas exactement de cette façon, je ne suis pas certain. Je crains de remplir avec mes rêves d'adulte les trous de ma mémoire d'enfant.

Après réflexion, je suis persuadé que l'histoire se déroulait autrement. Si Skippy s'était fait prendre dans l'hélice dix fois par jour tous les jours pendant des semaines, même enfant je me serais douté que ce n'était pas un vrai dauphin.



(*) Ce n'est donc pas à proprement parler du chocolat, mais c'est pas grave.
(**) Qui n'est pas à proprement parler du chocolat, mais c'est pas grave.
Par Impromptu
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