Vendredi 22 février 2008
Bailler.
Il y a quelques siècles, un divertissement très en vogue participait de la paix publique. Il a rassemblé les foules des années durant. Cela s'appelait France Academie. Un groupe de mots était rassemblé, entraîné, puis jugé par une poignée de vieux (des gens connus pour la plupart). A certaines occasions, il était fait appel au peuple pour prononcer une partie du jugement. Lors de ces "mises en public", le présentateur, dont l'histoire a oublié le nom, prononçait sa phrase rituelle : "Il s'est passé beaucoup de choses au Dico cette semaine". L'une de ces représentations a vu la confrontation fameuse entre bailler et donner.
"Si vous voulez que "donner" reste au Dico, annonça le présentateur, remettez votre obole à l'homme qui dit donne, de ce côté-ci. Si vous voulez que "bailler" reste au Dico, remettez votre obole à l'homme qui dit baille, de ce côté-là. Les résultats seront pesés ce soir et criés pour tous."
Les votes ont éliminé bailler, qui a poursuivi sa carrière dans l'ombre. Il se contente aujourd'hui de quelques expressions comme se la bailler belle, ou d'usages dérivés, en nègre, comme pour bail ou bailli. Une déchéance pour un mot qui fréquentait auparavant les plus belles scènes classiques.
Je ne résiste pas au plaisir de vous en passer un morceau, qui date de ses belles années. Vous n'aurez pas de mal à situer le monument dont il est extrait. Bailler n'a qu'un petit rôle dans ce passage, mais je dois vous rapporter ce dernier dans sa totalité pour des raisons historiques :
"C'est un baume, [...] duquel je sais la recette par coeur, avec lequel on ne peut plus craindre la mort, ni penser mourir d'aucune blessure. Quand j'en ferai et que je te le baillerai, tu n'as autre chose à faire, sinon que, si tu vois qu'en quelque bataille on m'a coupé par la moitié du corps (ce sont des choses qui adviennent souventes fois), tu prendras tout gentiment la partie du corps qui sera tombée par terre, et fort subtilement, devant que le sang se fige, la mettras sur l'autre moitié demeurée en la selle, prenant bien garde de l'appliquer également et au juste, puis incontinent tu me donneras à boire deux seules gorgées du baume que j'ai dit, et tu me verras redevenir plus sain qu'une pomme."
Il y a quelques siècles, un divertissement très en vogue participait de la paix publique. Il a rassemblé les foules des années durant. Cela s'appelait France Academie. Un groupe de mots était rassemblé, entraîné, puis jugé par une poignée de vieux (des gens connus pour la plupart). A certaines occasions, il était fait appel au peuple pour prononcer une partie du jugement. Lors de ces "mises en public", le présentateur, dont l'histoire a oublié le nom, prononçait sa phrase rituelle : "Il s'est passé beaucoup de choses au Dico cette semaine". L'une de ces représentations a vu la confrontation fameuse entre bailler et donner.
"Si vous voulez que "donner" reste au Dico, annonça le présentateur, remettez votre obole à l'homme qui dit donne, de ce côté-ci. Si vous voulez que "bailler" reste au Dico, remettez votre obole à l'homme qui dit baille, de ce côté-là. Les résultats seront pesés ce soir et criés pour tous."
Les votes ont éliminé bailler, qui a poursuivi sa carrière dans l'ombre. Il se contente aujourd'hui de quelques expressions comme se la bailler belle, ou d'usages dérivés, en nègre, comme pour bail ou bailli. Une déchéance pour un mot qui fréquentait auparavant les plus belles scènes classiques.
Je ne résiste pas au plaisir de vous en passer un morceau, qui date de ses belles années. Vous n'aurez pas de mal à situer le monument dont il est extrait. Bailler n'a qu'un petit rôle dans ce passage, mais je dois vous rapporter ce dernier dans sa totalité pour des raisons historiques :
"C'est un baume, [...] duquel je sais la recette par coeur, avec lequel on ne peut plus craindre la mort, ni penser mourir d'aucune blessure. Quand j'en ferai et que je te le baillerai, tu n'as autre chose à faire, sinon que, si tu vois qu'en quelque bataille on m'a coupé par la moitié du corps (ce sont des choses qui adviennent souventes fois), tu prendras tout gentiment la partie du corps qui sera tombée par terre, et fort subtilement, devant que le sang se fige, la mettras sur l'autre moitié demeurée en la selle, prenant bien garde de l'appliquer également et au juste, puis incontinent tu me donneras à boire deux seules gorgées du baume que j'ai dit, et tu me verras redevenir plus sain qu'une pomme."

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