Je lis occasionnellement le Canard Enchaîné. Il m'arrive même de payer pour ça. Il s'agit, pour nos amis peu français, d'un journal satirique hebdomadaire. Ce journal est très enraciné dans la culture française. Il a près de 100 ans. Les journalistes d'origine, morts de vieillesse, ont bien entendu été remplacés par d'autres journalistes satiriques.
Il y a un mois est paru un article relatant les succès en justice d'un magistrat. Accusé d'un forfait que le Canard avait rapporté dans ses colonnes, le personnage attaqua le journal pour "atteinte à la présomption d'innocence". En effet, l'accusé n'avait pas encore été jugé coupable. Le Canard avait bien entendu écrit l'histoire au conditionnel, mais un juge a considéré que ce conditionnel était visiblement ironique, et a donné raison au plaignant. Le Canard doit payer 37.000 euros. Seulement, il reste au journal à invoquer une clause spécifique à la presse qui devrait annuler cette décision.
J'ai vu dans cette affaire une occasion que je ne pouvais laisser passer. J'ai donc envoyé au Canard Enchaîné, vendredi 9 février, le mail suivant :
Cher Canard Enchaîné,
J'ai lu avec attention, dans votre numéro 4500 daté du 24 janvier 2007, l'article intitulé "Un magistrat gavé par ses pairs" écrit par le journaliste Louis-Marie HOREAU.
J'irai droit au but, si vous me l'autorisez. J'ai besoin d'un peu d'argent en ce moment, et me faire violer la présomption d'innocence à coups de conditionnels ironiques est une source de revenus que je ne peux me permettre d'ignorer. Je vous demande par conséquent de publier un article sur moi, chargé de contenu accablant, au conditionnel comme il se doit, pour lequel je vous attaquerai en justice pour atteinte à la présomption d'innocence. Je ne peux espérer atteindre le gain d'une personnalité importante, magistrat ou autre, mais je pense que 4850 euros serait un compromis raisonnable. Je compte sur vous pour formuler les choses de sorte que les "règles de prescription propres aux procès de presse" ne puissent s'appliquer, parce que ce détail de législation risque de me priver de tout l'intérêt que comporte cet arrangement.
Je suis conscient que l'article pourrait être douloureux pour moi, mais depuis que le service contentieux de ma banque a vivement molesté mon pouvoir d'achat, on peut dire que la voie est maintenant ouverte, rodée et bien moins sensible. Je me tiens bien entendu à votre disposition pour vous fournir les éléments nécessaires à la composition d'un bon article satirique sur la question.
J'espère que vous ne prendrez pas une action en justice de ma part comme un signe d'antipathie à votre égard car j'aime bien ce que vous faites.
Bien cordialement.
Je n'ai pas encore reçu de réponse. Qu'à cela ne tienne, je resterai à l'affût de leurs truc et astuces pour devenir (plus) riche.
"pour nos amis peu français" je suis touchee :P
p.s. je file lire le reste :D
En tout cas, tu me rappelles que ce blog est international.
Merci Tati.