Roman de Orson Scott Card, "La stratégie Ender" est édité en 1985. L'auteur a reçu pour ce roman à la fois le prix Hugo (1986) et le prix Nebula (1985). C'est le premier volet de "la trilogie Ender", constituée de quatre volumes. Comme quoi, certains auteurs n'arrivent pas à s'arrêter. A la sortie du quatrième, tout le monde s'est regardé d'un air gêné et il a fallu remplacer partout "trilogie" par "cycle".
Le petit Andrew Wiggin est très intelligent. Il est surnommé Ender par tout le monde y compris lui-même. Il est très surveillé parce qu'il est né sur commande, après deux essais ratés. Son frère est très intelligent aussi mais trop méchant. Sa soeur, trop gentille. On espère très fort que celui-ci sera comme il faut. C'est qu'il doit sauver le monde, alors on fait attention. Quand on lui fait croire qu'il se débrouille seul, à la première accroche il frappe avec comisération, tue sans le faire exprès et reste choqué de ce que toute le monde l'oblige à faire ce qu'il fait. Alors les commanditaires sont contents et ils le font entrer dans l'école de guerre, où il montre qu'il est vachement fort, même à sept ans alors que tous les autres en ont trois ou quatre de plus. L'objectif est d'être suffisamment brillant stratège pour combattre les Doryphores, une race extraterrestre avec laquelle l'Humanité a eu quelques frictions. Alors qu'il se distingue comme le génie qu'il est, son frère et sa soeur manipulent l'opinion sur terre en utilisant les réseaux de discussion.
Le roman n'a pas trop vieilli, il est toujours aussi prenant. Le style n'est pas aussi soigné que dans mon souvenir, mais cela peut tenir en partie à la traduction. J'ai lu avec un oeil nouveau toute la partie concernant les réseaux et l'opinion. L'usage de pseudonymes et le couvert de l'anonymat pour exprimer joliment ses idées est ce qui se pratique aujourd'hui, avec le même espoir que cela rencontre assez de succès pour pouvoir, un jour, dévoiler sa vraie identité et récupérer le fruit de ce labeur. Mais la toile que nous connaissons est si éclatée qu'il n'est pas possible, à mon avis, d'avoir une influence aussi significative que dans le livre. La fin de l'histoire est gentille et triste avec un peu d'espoir.
La force de cette trilogie (je n'ai pas lu le quatrième, juste des critiques assez négatives) est que chaque volet est très différent des autres. "La voix des morts", le deuxième, n'est pas la suite des aventures du stratège de génie avec des batailles encore plus grandioses, des exploits spatiaux plus spectaculaires. C'est un autre cadre, d'autres thèmes, même si le personnage principal reste. Le troisième est "Xénocide", de mémoire il me semble qu'il m'a moins intéressé.
Une petite note spéciale pour un appareil qui devient important dans la troisième partie du roman (et central dans les autres) :
l'ansible. L'ansible est un concept très pratique dans les romans futuristes de courant "space opera", repris par plusieurs auteurs. Notamment James Blish, dans son cycle des Villes Nomades, qui en est peut-être l'inventeur. L'ansible est un appareil permettant les communications instantanées entre deux points quelle que soit la distance qui les sépare (même si elle est de plusieurs milliers d'années lumière). Cet appareil est essentiel au déroulement de ces histoires, autrement impossibles si le moindre "bonjour !" ne pourrait être reçu que par les arrière-petits-enfants de son destinataire, s'il en a. L'ansible (parfois sous un autre nom) est aussi connu et usité dans le "space-opera" que le Necronomicon dans la "dark fantasy" et le "gothic".
Notez que l'auteur a écrit un cycle consacré à un des personnages secondaires de "La stratégie Ender". Un autre point de vue sur tous ces événements. Le personnage en question s'appelant Bean, la saga s'appelle le "Cycle de Bean". Prévisible, mais il faut qu'on puisse s'y retrouver facilement, aussi.