Dimanche 9 mars 2008
Quand nous lisons dans la presse "Une ménagère rendue folle par son aspirateur tue son chat", nous imaginons sans peine le désarroi du fabricant de l'aspirateur (dont la marque appraît clairement sur la photo). Comment éviter toute cette mauvaise publicité ? Il s'interroge, et la réponse lui vient directement à l'esprit lors du troisième brainstorming, tout de suite après "supprimer les photographes" et "interdire les chats" : "fabriquer des aspirateurs qui ne rendent pas les ménagères folles au point qu'elles tuent leur chat".

La motion n'est pas anodine, puisqu'elle implique que le fabricant changeât sa façon de concevoir ses aspirateurs. Comme le fabricant d'aspirateurs sait, tout au fond de lui, que sa façon de faire les aspirateurs est la Bonne façon, cette idée ne passe pas sans de nombreux cris et quelques cachets pour l'humeur. Et puis, après tout, changer quoi pour quoi ?

-- On ne peut pas leur apprendre un peu la logique, à ces ménagères ? se plaint le fabricant.
-- On a déjà fait un manuel utilisateur pour leur expliquer et ça n'a pas marché, répond son assistant. C'est comme si certaines ménagères ne le lisaient carrément pas.
-- Il n'y a qu'à écrire sur le boîter de l'aspirateur.
-- Déjà fait, pas marché. D'ailleurs il n'y a plus de place sur le boîtier.
-- Il n'y a aucune raison que ça ne marche pas !
-- Les faits sont là. Vous avez vu le journal. Et puis on en a parlé en réunion, on est obligé de faire quelque chose.
-- Il suffit qu'on réfléchisse pour se mettre à leur place.
-- .........
-- C'est vrai, on le fait déjà. Mais... attendez... J'ai la solution !

Le fabricant décide de faire participer des ménagères à la création d'aspirateurs. A l'annonce de l'idée, toute l'équipe prend peur et c'est grande confusion dans la salle de réunion. Mais le fabricant énonce tous les avantages que cela représente :

Petit un. Si la ménagère fréquente l'équipe de conception, il sera plus facile de lui expliquer pourquoi les aspirateurs sont faits comme ça, au besoin en lui répétant de plusieurs façons différentes, et elle ne manquera pas de se rendre aux arguments de l'équipe.

Petit deux. Tout le monde sait qu'une ménagère ça se contredit. En notant tout ce qu'elle demande, il sera facile au bout d'un moment de faire remarquer qu'elle demande des choses contradictoires, qui défient toute logique d'aspirateur, et ainsi on aura raison de faire correctement même si elle demande le contraire. Certainement il y aura des fois où elle demandera des bonnes choses. Dans ce cas, on le fera et ce sera la preuve qu'on fait comme elle dit.

Petit trois. On évite d'avoir affaire à un spécialiste en ménagères. Ils disent bien ce qui les arrangent, ces gens-là, et on ne sait jamais trop ce qu'ils font. Là, au moins, on garde nos affaires entre nous.

Petit quatre. Si elles veulent des aspirateurs qui font comme elles veulent, elles n'ont qu'à bosser un peu. Ce n'est pas à nous d'aller les voir et d'essayer de comprendre comment elles pensent.

Petit cinq. Le plus important. Si malgré tout ça, les ménagères continuent d'être rendues folles par les aspirateurs au point de tuer leur chat, nous pourrons dire que ce n'est pas notre faute. Ce sera leur faute à elles puisqu'elles on participé à la créaion de l'aspirateur. Nous ne sommes plus responsables.

-- C'est pas beau, ça ! rayonne le fabricant. Dans un sens comme dans l'autre, nos problèmes sont résolus. Nous allons appeler ça la conception participative.

Aujourd'hui, cette méthode fait recette, et tous les fabricants s'accordent à dire que c'est ce qui se fait de mieux en conception moderne. Même les spécialistes en ménagères recommandent la conception participative. C'est bien la preuve, s'il en est besoin, que c'est une bonne idée.
par Impromptu publié dans : Des avis
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