J'aurais dû le laisser partir, je sais. Je ne pouvais pas, je n'étais pas prêt. J'ai voulu le garder auprès de moi encore quelques mois, peut-être encore quelques années, peut-être pour toujours.
Qui peut dire ? Je devine ce que vous pensez : je me berce d'illusions, je me mens à moi-même, je ne parviens pas à faire le deuil, ce genre de chose. Je m'en fous, voilà ! Je ne veux pas qu'il me
quitte, est-ce que cela fait de moi un monstre ? Ou un déséquilibré ?
Normalement, on ne les laisse pas vivre plus de trois ans. C'est tout à fait normal. J'accepte cette réalité. Tout ce que je demande, c'est une exception. On nous doit tout de même bien ça. Je me
souviens... à travers une image trouble, un air de harpe aux oreilles... Assemblé en série par une grande marque afin d'être vendu à prix modique, il est acheté par deux gentils entrepreneurs
pleins de sève afin de les assister dans leur métier de prestataires de service. Un an et demi plus tard, il fait partie d'un lot de matériel vendu aux enchères suite au dépôt de bilan. L'un de ses
propriétaires d'origine, témoin horrifié du départ de chaque objet, affronte la foule et au terme d'une bataille d'offres enfiévrée, finit par vaincre et le sauve. Des mois durant, il assiste son
maître, sans frémir ou très peu, dans les tâches privées comme il l'avait fait dans les tâches professionnelles. De nouveau l'image se trouble, et le présent m'apparaît... Il est vieux. Je lui ai
fait une transplantation. J'assume.
Je lui ai greffé deux organes et lui ai fait un lifting. Je parviendrai à faire face au sentiment de culpabilité : il semble si jeune et plein d'entrain à présent. Son mauvais caractère n'est plus
qu'un souvenir. Nous pouvons poursuivre notre route ensemble, vers le soleil couchant, main dans la prise.
Mais oui, je sais que l'échéance écherra. Plus tard.
L'épisode qui suit.
par Impromptu
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Des anecdotes
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La réponse bientôt.