Pour la toute première fois ici, je me vois contraint de traiter d'un sujet d'actualité. La raison n'est pas que cela concerne une contrée pour laquelle je nourris les plus tendres sentiments et où
j'espère retourner m'établir bientôt, un peuple que je souffre de voir ainsi déchiré. Laissons ces émotions improductives de côté. Ce qui me coerce aujourd'hui est l'application révolutionnaire
d'un principe social que jusqu'à présent personne n'a osé véritablement mettre en oeuvre.
Voici les faits. La partie flamande de la Belgique souhaite se séparer de la partie wallonne de la Belgique. La principale raison invoquée est que la richesse relative des Flandres la contraint de
contribuer davantage à la répartition solidaire nationale que la Wallonnie. En résumé, les flamands en ont marre que les riches paient pour les pauvres. En d'autres termes, les riches en ont marre
que les flamands paient pour les wallons.
C'est assez difficile à comprendre. Dans une société reposant sur le principe de solidarité, c'est-à-dire où les plus riches aident les plus pauvres, il peut sembler aberrant que les désignés plus
riches aient envie de se soustraire au principe fondateur. C'est quelque chose qui ne pouvait jusque là s'envisager ni à l'échelle d'un quartier, ni à celle d'une ville, ou d'une province, ou d'un
pays, d'un continent, ni bien entendu à l'échelle du monde. C'est difficile de nous représenter cette situation uniquement par résistance psychologique à un concept étranger. Voyez vous-même.
Essayez d'imaginer par exemple qu'en France, les personnes détenant les plus grandes fortunes essaient par tous les moyens de la soustraire à l'Etat répartiteur. Haha. Qui pourrait imaginer une
chose pareille ? Les flamands séparatistes, bravo à eux, y sont parvenus.
Mes amis, nous assistons en direct à l'application à l'échelle d'un pays du principe du dernier wagon dans sa version originale (
évoqué
ici dans sa version soft). Pas moins ! La caractéristique de la version originale est que le dernier wagon est supprimé. Ce principe a été reconnu ici parfaitement valide puisqu'il a déjà été
appliqué avec succès auprès d'une population aussi exotique que celle des scientifiques. Nous découvrons en outre que finalement l'histoire du dernier wagon est bien une histoire belge.
Bien entendu, les flamands séparatistes de Belgique ne se contenteront pas d'entrouvrir cette voie sociale pleine de promesses. Ils la suivront jusqu'au bout tel que le ferait n'importe quel peuple
de conviction. Quand les Flandres seront indépendantes, les séparatistes se sépareront de leurs femmes au foyer, parce qu'il n'y a aucune raison que le mari contribue plus que la femme au ménage,
profitant de l'occasion pour flanquer un bon coup de pied au machisme de notre époque. Puis ils mettront leurs enfants dehors, du moins les plus jeunes, car ils sont improductifs. A la limite, à
partir de 6 ans, ils pourraient contribuer. Mais les bébés : à la rue ! Ensuite, entre les quatre provinces flamandes sera établi un classement de revenus qui aboutira à l'exclusion des deux plus
pauvres, puis entre les deux restantes de la moins productive. Enfin, la province restante, peuplée d'hommes seuls sans enfants, sera éclusée jusqu'à ce que personne ne soit en position de recevoir
davantage du système que son voisin. Quand ce processus parviendra à son terme, le dernier flamand séparatiste pourra se targuer d'être parfaitement indépendant. On pourra d'ailleurs appeler cet
homme "Leterme" (si on veut), puisqu'il représente en quelque sorte le bout de cette aventure (et nous en savons
un morceau au
sujet de "bout").
Vous comprenez que je ne pouvais m'abstenir de joindre mon cri (discret) à cette révolution en marche, et de vous proposer d'être avec moi les témoins attentifs de cette véritable leçon de
civilisation.
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