L'épicerie en face de chez moi est un "petit Casino". On y mise de l'argent pour gagner nourriture, boissons et petits objets de la vie courante. Le lambrequin du store vert indique trois fois :
"Mon épicier est un type formidable".
Bon sang que je n'aimerais pas travailler sous cette étiquette. Devoir tous les jours ouvrés être un type formidable est au dessus de mes forces. Pour commencer, je ne pourrais pas être reçu à
l'entretien d'embauche. A la question : "à quelle fréquence vous dit-on 'vous êtes un type formidable' ?" je ne pourrais pas répondre "plusieurs fois par jour" (ce qui me placerait dans les
premiers choix) ni même "une ou deux fois par semaine" (pour les seconds choix).
Je vivrais dans la crainte permanente du contrôleur qui, incognito, noterait mon comportement de manière impartiale. Comme vous le savez, un sondage est régulièrement proposé à la clientèle des
épiciers soumis à cette évaluation. La question est simple.
Votre épicier est-il un type :
( ) Très con
( ) Con
( ) Quelconque
(X) Sympa
( ) Formidable
Je recevrais copie de rapports accablants.
Durant la semaine du lundi 5 au samedi 10 janvier, l'épicier monsieur Lepage n'a pas été formidable :
-- Mardi 6 janvier de 9h30 à 10h15.
-- Jeudi 8 janvier à 19h25 ("fermant un peu plus tard que d'habitude, lorsqu'un dernier client est arrivé, l'épicier Lepage n'a pas complètement relevé le volet métallique, obligeant le client à
baisser un peu la tête pour passer ; c'était sympa de le laisser entrer mais le geste n'était pas formidable").
-- Samedi 10 janvier de 8h45 à 8h55.
Et ma commission en serait réduite d'autant.
Quand je fais le bilan de ma vie professionnelle, je me rends compte que je ne suis peut-être pas assez formidable. J'irai voir si, en dehors de ses heures conventionnelles, mon épicier ne
pourrait pas me former un peu.
Tu as donc remarqué, toi aussi, qu'il y avait de plus en plus de caméras de surveillance dans les rues. Notamment devant les petits épiciers qui ouvrent 24h/24h...
Or donc, la carrière d'épicier vous tente tant que ça.
Non, non ! restez donc blog-crivain, et moi de toute mon autorité de "coureuse de blog solitaire" je vous autorise* à ajouter au fronton de votre blog le bandeau suivant : "mon auteur est un type formidable". Pire, je m'engage à vérifier à chaque livaison que vous continuez à le mériter !
MF
* car comme disait Coluche "les milieux autorisés sont des milieux où l'on s'autorise à autoriser...."
Malheureusement je ne pourrais pas m'imposer une chose pareille. Qu'en est-il des moments où je ne peux pas être formidable, ceux où je ne veux pas être formidable, et ceux où je veux ne pas être formidable ? Qu'est-ce qui serait plus déchirant : perdre un label consommateur ou ne pas le gagner ?