Samedi 10 mars 2007
Une histoire inspirée par la consigne du moment sur Paroles Plurielles : quelque chose de secret se passe derrière ces murs.

Je n'ai pas participé parce que je n'ai pu satisfaire ni à l'incipit ni à la limite de taille. Ce n'est néanmoins pas une raison de ne pas se faire
plaisir.
Ils se tenaient sur le trottoir, face à la porte, l'un à côté de l'autre, plongés dans leur espace privé respectif. On pouvait le dire, Luc et Sophie étaient contents, sauf Luc.
-- Elle est superbe avec ses volets bleu ciel, finit par dire Sophie pour meubler.
-- Un ciel de cette couleur-là me ferait peur, répondit Luc.
-- Enfin, chéri, nous sommes propriétaires, à présent ! Nous avons notre adresse à nous. Dans le Lubéron ! A Lacoste, en plus, reconnais que ça en impose. Nous ne serons plus mal à l'aise quand tout le monde parle de sa maison.
-- Cette maison n'est qu'une façade, dit Luc en haussant le ton. Tu sais parfaitement ce que j'en pense. Je voulais qu'on attende de trouver quelque chose de vrai. Pas ce... truc.
-- Voyons, chéri, tout est parfait ! La verdure autour de la porte, les rideaux légers qui voilent notre vie privée avec élégance, une jolie corniche artisanale assortie aux volets. Il n'y a plus qu'à faire les photos pour envoyer à tout le monde. Tu ne veux décidément pas voir le bon côté des choses ?
-- Le bon côté des choses ? s'écria Luc en fouillant dans sa poche. Ok, examinons les deux côtés alors.
De plus en plus irrité, Luc ne parvint pas à débloquer la serrure du premier coup. Finalement, la porte d'entrée s'ouvrit et il pénétra dans une petite cour intérieure en friche encerclée de hauts murs de moellons du pays. Il se retourna. Il cria presque.
-- C'est ça ton bon côté, Sophie ?
Luc désignait l'envers du mur qui comportait, recouvrant les fenêtres, des planches d'aggloméré. Le soleil baignait la scène sans discernement.
-- Tu veux peut-être que je fabrique un modèle réduit de cuisine en carton pour que tu puisses la prendre en photo ?
-- S'il te plaît, calme toi Luc, je ne sais pas ce qu'il te prend à être énervé comme ça, tempéra Sophie en le rejoignant après avoir fermé la porte derrière elle. Tu sais bien qu'on n'a pas les moyens d'avoir une maison complète. Mais là, on est de vrais propriétaires, avec notre propre pas de rue ! Regarde comme la boîte aux lettres est jolie. Il faudra qu'on pense à mettre une caisse étanche derrière, pour que le courrier ne s'abîme pas avec la pluie.
-- Mais... mais tu... Mais comment tu fais !? Comment tu fais pour trouver des trucs pareils ? Personne ne trouve des trucs pareils ! Déjà il y a deux ans, quand on avait besoin d'une voiture, tu t'es débrouillée pour dénicher une carrosserie sans moteur pour la laisser au pied du HLM. "Pour que les voisins arrêtent de nous snobber", mima Luc avec une voix de fausset.
-- Moins fort, s'il te plaît, je ne veux pas que les voisins soient au courant de notre vie privée.
-- Ouais, on aura peut-être l'impression qu'ils voient à travers les murs comme s'ils n'existaient pas.
-- Oh, Luc, on en a déjà parlé. Je vais finir par croire que tu as accepté uniquement pour que j'arrête d'insister. Cela arrive très souvent qu'une municipalité doive faire raser un bâtiment pour insalubrité et garde la façade pour des raisons esthétiques. C'est mieux pour le patrimoine. Tiens, vois ça plutôt de cette façon : nous sommes là pour entretenir le patrimoine. C'est une grande responsabilité, tu sais.
-- Si encore on pouvait y mettre le camping-car de papa, mais on ne va pas essayer de le faire passer par la porte, quand même !
-- On pourra le mettre dans les environs, c'est plein d'endroits discrets. Et ici on montera la tente. Rends-toi compte, chéri. C'est un grand début vers le vrai standing. J'en connais qui vont être vertes de jalousie.
-- On n'a même pas le droit de construire ici, se lamenta Luc qui commençait à baisser les bras.
-- Non, mais on peut planter des légumes ! Dès qu'on aura enlevé les gravats. Qui sait, peut-être qu'en creusant on trouvera des fondations avec une sorte de trésor.
-- Oui, ben compte pas sur moi pour émietter le béton au cas où un maçon y aurait fait tomber de la monnaie il y a trente ans. Vraiment Sophie, tout ça c'est pas... c'est trop... Je sais pas.
Luc était à présent complètement abattu. Il creusa un moment dans le gravier mélangé à la terre avec son pied.
-- Luc, voyons, lui dit Sophie d'une voix réconfortante. Ce n'est pas si grave. Viens, on retourne dehors et je te fais un petit plat ce soir.
-- On est déjà dehors, répondit Luc sans grande conviction. Bah, c'est fait, c'est fait. Parfois, ça me fait peur, c'est tout.
-- Peur de quoi ?
-- Je ne sais pas ce que tu vas trouver quand on aura décidé d'avoir un enfant.

Ils se tenaient sur le trottoir, face à la porte, l'un à côté de l'autre, plongés dans leur espace privé respectif. On pouvait le dire, Luc et Sophie étaient contents, sauf Luc.
-- Elle est superbe avec ses volets bleu ciel, finit par dire Sophie pour meubler.
-- Un ciel de cette couleur-là me ferait peur, répondit Luc.
-- Enfin, chéri, nous sommes propriétaires, à présent ! Nous avons notre adresse à nous. Dans le Lubéron ! A Lacoste, en plus, reconnais que ça en impose. Nous ne serons plus mal à l'aise quand tout le monde parle de sa maison.
-- Cette maison n'est qu'une façade, dit Luc en haussant le ton. Tu sais parfaitement ce que j'en pense. Je voulais qu'on attende de trouver quelque chose de vrai. Pas ce... truc.
-- Voyons, chéri, tout est parfait ! La verdure autour de la porte, les rideaux légers qui voilent notre vie privée avec élégance, une jolie corniche artisanale assortie aux volets. Il n'y a plus qu'à faire les photos pour envoyer à tout le monde. Tu ne veux décidément pas voir le bon côté des choses ?
-- Le bon côté des choses ? s'écria Luc en fouillant dans sa poche. Ok, examinons les deux côtés alors.
De plus en plus irrité, Luc ne parvint pas à débloquer la serrure du premier coup. Finalement, la porte d'entrée s'ouvrit et il pénétra dans une petite cour intérieure en friche encerclée de hauts murs de moellons du pays. Il se retourna. Il cria presque.
-- C'est ça ton bon côté, Sophie ?
Luc désignait l'envers du mur qui comportait, recouvrant les fenêtres, des planches d'aggloméré. Le soleil baignait la scène sans discernement.
-- Tu veux peut-être que je fabrique un modèle réduit de cuisine en carton pour que tu puisses la prendre en photo ?
-- S'il te plaît, calme toi Luc, je ne sais pas ce qu'il te prend à être énervé comme ça, tempéra Sophie en le rejoignant après avoir fermé la porte derrière elle. Tu sais bien qu'on n'a pas les moyens d'avoir une maison complète. Mais là, on est de vrais propriétaires, avec notre propre pas de rue ! Regarde comme la boîte aux lettres est jolie. Il faudra qu'on pense à mettre une caisse étanche derrière, pour que le courrier ne s'abîme pas avec la pluie.
-- Mais... mais tu... Mais comment tu fais !? Comment tu fais pour trouver des trucs pareils ? Personne ne trouve des trucs pareils ! Déjà il y a deux ans, quand on avait besoin d'une voiture, tu t'es débrouillée pour dénicher une carrosserie sans moteur pour la laisser au pied du HLM. "Pour que les voisins arrêtent de nous snobber", mima Luc avec une voix de fausset.
-- Moins fort, s'il te plaît, je ne veux pas que les voisins soient au courant de notre vie privée.
-- Ouais, on aura peut-être l'impression qu'ils voient à travers les murs comme s'ils n'existaient pas.
-- Oh, Luc, on en a déjà parlé. Je vais finir par croire que tu as accepté uniquement pour que j'arrête d'insister. Cela arrive très souvent qu'une municipalité doive faire raser un bâtiment pour insalubrité et garde la façade pour des raisons esthétiques. C'est mieux pour le patrimoine. Tiens, vois ça plutôt de cette façon : nous sommes là pour entretenir le patrimoine. C'est une grande responsabilité, tu sais.
-- Si encore on pouvait y mettre le camping-car de papa, mais on ne va pas essayer de le faire passer par la porte, quand même !
-- On pourra le mettre dans les environs, c'est plein d'endroits discrets. Et ici on montera la tente. Rends-toi compte, chéri. C'est un grand début vers le vrai standing. J'en connais qui vont être vertes de jalousie.
-- On n'a même pas le droit de construire ici, se lamenta Luc qui commençait à baisser les bras.
-- Non, mais on peut planter des légumes ! Dès qu'on aura enlevé les gravats. Qui sait, peut-être qu'en creusant on trouvera des fondations avec une sorte de trésor.
-- Oui, ben compte pas sur moi pour émietter le béton au cas où un maçon y aurait fait tomber de la monnaie il y a trente ans. Vraiment Sophie, tout ça c'est pas... c'est trop... Je sais pas.
Luc était à présent complètement abattu. Il creusa un moment dans le gravier mélangé à la terre avec son pied.
-- Luc, voyons, lui dit Sophie d'une voix réconfortante. Ce n'est pas si grave. Viens, on retourne dehors et je te fais un petit plat ce soir.
-- On est déjà dehors, répondit Luc sans grande conviction. Bah, c'est fait, c'est fait. Parfois, ça me fait peur, c'est tout.
-- Peur de quoi ?
-- Je ne sais pas ce que tu vas trouver quand on aura décidé d'avoir un enfant.

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