Mardi 1 mai 2007
Je viens de retrouver des nouvelles importantes dans un ancien numéro d'une revue de vulgarisation scientifique. J'ai déjà fait référence à cette publication ici. Nous l'appellerons, afin de ne point faire de publicité sauvage : "Neuro-Psycho Pour De Rire". Parce qu'elle me fait rire quand je suis de bonne humeur. Quand je suis de mauvaise humeur, j'arrête de lire. Cette revue ne tarit jamais de découvertes originales.

Le NPPDR (*) d'avril 2006 nous apprend qu'une étude du MIT (**) a montré que lorsque l'on apprend aux rats non seulement un parcours de labyrinthe, ce qui est plutôt traditionnel, mais aussi à faire des pauses, ce qui dénote une influence significative des "Associations pour l'Amélioration des Conditions de Travail du Rat en Laboratoire" (***), on constate une remémoration inverse du parcours en labyrinthe. Chez le rat, bien sûr. Le chercheur, lui, se remémore le parcours inverse vers l'hôtel où il rencontre habituellement sa maîtresse.

Comment le sait-on ? Parce que l'on a eu la présence d'esprit de brancher une sonde dans le cerveau du rat, plus précisément dans la région de l'hippocampe qui, on le sait, est très impliqué dans les processus mnésiques. C'est une pratique courante. Un chercheur laisse rarement partir son rat sans le brancher. Sinon on ne peut rien savoir. Donc, lors de la pause (du rat), on continue d'enregistrer ce que lit la sonde, l'air de rien. Et on découvre que les neurones qui ont été activés pendant le parcours sont de nouveau activés pendant la pause, mais en sens inverse. En d'autres termes, le rat rembobine.

On sait par ailleurs que lorsque le rat "réussit" son labyrinthe, il reçoit de la nourriture. Cette nourriture provoque quelque chose que nous autres humains traduisons par "plaisir" et qui, entre autres choses, aboutit à la libération d'un neurotransmetteur que l'on appelle dopamine. Ce neurotransmetteur est supposé renforcer l'activité des neurones qui y sont exposés. Seulement cette dopamine est rapidement épuisée. Par conséquent, l'intérêt de faire une pause juste après la réussite, pendant laquelle le parcours est rejoué en sens inverse, renforce les connexions de neurones qui correspondent au souvenir de l'arrivée gagnante du labyrinthe (et non pas le départ, qui normalement est indiqué sans ambiguïté). Bref, la pause génère le souvenir de la victoire. Il s'agit là, bien entendu, d'une série de simplifications mais c'est nécessaire parce que le cerveau (même de rat) est complexe et sans simplifications on s'y perdrait, on ne trouverait pas la sortie, et on n'aurait pas de bout de fromage.

Qu'en déduit notre NPPDR pour concerner son lecteur ? Car le lecteur a du mal à s'identifier au rat, il lui faut de l'aide. Et bien le NPPDR nous dit que c'est pour ça qu'il nous faut une pause café et, lisant cela, tous nous nous réjouissons. Vivats ! Confettis ! CQFD (****) ! Depuis le temps qu'on vous le dit qu'il la faut, cette pause café.

D'ailleurs le journaliste, dont je ne divulguerai pas le nom parce que je ne sais pas qui c'est, attaque son article en ces termes : "Mais pourquoi a-t-on systématiquement envie de faire une pause-café juste après avoir terminé une étape importante de son travail ?" Notons au passage l'emploi du trait d'union entre pause et café qui marque bien l'interdépendance des deux concepts. Mon expérience me pousse à corriger cette assertion, en lui ajoutant "ou au cours d'un travail, ou au début d'un travail, ou en l'absence de travail". Ce qui reviendrait à la question suivante: "Mais pourquoi a-t-on systématiquement envie de faire une pause-café ?" Nous comprenons aisément que le journaliste ne puisse pas aller jusque là pour des raisons politiques car cela compromettrait la portée des résultats énoncés, et nous ne pouvons qu'admirer son engagement.

Jusqu'à présent, la pause café avait acquis une légitimité relative sur le plan social car, lorsqu'elle est pratiquée en groupe, elle favorise l'émergence d'idées nouvelles et d'échanges hors du cadre. Ce qui génère de l'innovation, et l'innovation c'est Bien. Maintenant, elle a une légitimité biologique. Depuis que j'ai lu cet article, je scrute toutes les publications qui me tombent sous la main en quête de recherches comparatives sur la consommation, chez les rats, de café, de thé, de chocolat et de sirop à l'eau (qui sont couramment pratiqués en pause dans mon environnement de travail ou de non-travail). Dans un deuxième temps, il conviendra d'ajouter au paradigme expérimental des collègues rats avec lesquels le rat puisse déconner ou se disputer, puis un chef rat qui aura pour fonction d'encourager les autres rats à retourner au labyrinthe, et bien sûr de l'argent rat qui servirat, qui servira pardon, au chef rat de juger de l'intérêt de conserver la pause ou non, en fonction de la productivité des autres rats dans les labyrinthes.

Ce corpus serait le point de départ d'une série d'études sur le chômage rat, c'est à dire l'absence de parcours de labyrinthe, qui nous permettrait de savoir ce qu'il advient de l'hippocampe sans victoire, sans fromage et donc sans dopamine. Je ne peux pas croire que chez le chômeur, la pause café ne serve à rien.



(*) Vous ne pensez tout de même pas que je vais écrire "Neuro-Psycho Pour De Rire" en entier tout le temps.
(**) Vous ne croyez tout de même pas que je vais écrire "Massachusetts Institute of Technology" en entier tout le temps.
(***) Que l'on peut désigner par AACTRL.
(****) Plus personne n'écrit "Ce Qu'il Fallait Démontrer" de nos jours.
par Impromptu publié dans : Des connaissances
ajouter un commentaire commentaires (3)   
Dimanche 29 avril 2007

Le début.


Si l'on considère les choses objectivement, il est particulièrement malaisé au début du chapitre 20 de faire la différence entre le début des commandements et simplement Dieu qui parle à Moïse. En effet, et vous jugerez par vous-même, les trois premiers correspondent point pour point à ce qu'Il lui serine depuis au moins le Buisson Ardent, et ce plusieurs fois par conversations, dans une grande diversité de tons, parfois en accompagnant ses propos de grandes démonstrations météorologiques (pour leur donner plus de poids, certainement).

1. "Je suis l'Eternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude. Tu n'auras point d'autres dieux devant ma face".
Rappelons ici que par essence, la face de Dieu est partout. Par conséquent, avoir d'autres dieux, faut jamais le faire. Nulle part.

2. "Tu ne feras point d'image taillée, ni aucune ressemblance de ce qui est dans les cieux en haut, et de ce qui est sur la terre en bas, et de ce qui est dans les eaux au dessous de la terre. Tu ne t'inclineras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi l'Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui visite l'iniquité des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième [génération] de ceux qui me haïssent, et qui use de bonté envers des milliers de ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements."
Notons ici le terme "commandements", qui n'indique pourtant pas clairement si on fait seulement référence à des préceptes posés ailleurs ou si l'on est dedans. Cette partie fait aussi référence aux religions qui consistent à adorer un quelconque objet naturel existant. Cela exclut, semble-t-il, les êtres imaginaires tels que par exemple les dieux de la Grèce Antique ou ceux de la mythologie scandinave.

3. "Tu ne prendras point le nom de l'Eternel, ton Dieu, en vain; car l'Eternel ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris son nom en vain."

Il est bien entendu qu'il faut considérer ces trois premiers commandements dans le contexte religieux de l'époque. L'homme voyageait peu, ou pas loin, ou alors pas vite, ou il sentait pas bon. Il n'avait pas encore conscience de l'immense diversité des croyances, et n'était même pas encore familier avec les gens qui ne croyait en rien. De nos jours, tout le monde est bien conscient du respect et de la tolérance que chacun se doit d'éprouver dès lors qu'il est question d'orientation confessionnelle. C'est pourquoi une interprétation moderne de ce démarrage, un poil insistant, serait que bon, d'accord, mais ça dépend de la religion qu'on a. C'est bien quand on croit en ce Dieu-là, sinon ça dépend.
Il faut tout de même reconnaître que du point de vue religieux, la Bible est un texte plutôt orienté. Je pourrais vous citer plein de passages, mais on a dit qu'on ferait court.

4. "Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier. Six jours tu travailleras, et tu feras toute ton oeuvre ; mais le septième jour est le sabbat [consacré] à l'Eternel, ton Dieu : tu ne feras aucune oeuvre, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, [ni] ton serviteur, ni ta servante, ni ta bête, ni ton étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l'Eternel a fait les cieux, et la terre, la mer, et tout ce qui est en eux, et il s'est reposé le septième jour ; c'est pourquoi l'Eternel a béni le jour du sabbat, et l'a sanctifié."

On a suffisamment insisté sur la présence bénie d'un commandement sur les congés, ce qui est parfaitement en accord avec l'évolution de la société, pour que j'aie besoin d'ajouter quoi que ce soit. De nombreux syndicats joignent leurs voix à la mienne pour appeler de leurs voeux une interprétation qui permettrait d'ajouter à ce septième jour un petit bout du sixième, ou du premier de la semaine suivante, afin de ne pas se retrouver chaque fois dans les embouteillages quand on revient de chez belle-maman. Précisons tout de même qu'aujourd'hui, dans la plupart des applications, ce septième jour peut être placé n'importe où dans la semaine. Je trouve cela plutôt positif. Lorsque je me rends aux urgences avec un doigt en moins le dimanche, j'aime bien quand il y a des gens là-bas qui m'aident. Cela me conforte dans l'idée que je peux me couper un doigt quand je veux.
Je n'ai pas cherché plus loin dans le chapitre l'éventuelle punition infligée à l'étranger dans les portes qui contreviendrait. Il sera probablement soit lapidé comme la bête (mais non mangé), soit ôté d'un oeil comme le serviteur.

5. "Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient prolongés sur la terre que l'Eternel, ton Dieu, te donne."

Je suis plutôt d'accord avec le principe, quoique la relation de cause à effet, signalée par "afin que", n'ait pas toujours fait ses preuves. J'ai le souvenir très précis d'un être qui a en tout point honoré ses parents et pour qui le "afin que" n'a réservé que longues souffrances, agonie et extinction avant d'avoir seulement pu prononcer "papa". Cela n'encourage certes pas l'adhésion aux trois premiers points.

6. "Tu ne tueras point."

Court, efficace, facile à comprendre, et semble-t-il destiné à être d'actualité tant qu'il y aura des hommes.

7. "Tu ne comettras point adultère."

Simple également dans la formulation. Cependant, là où "tuer" a gardé son caractère exhaustif, "adultère" a perdu une grande part de sa couverture puisque ce terme fait strictement référence au mariage, qui est aujourd'hui devenu un type plutôt marginal de relation de couple. Ce commandement est bien trop lié au contexte historique pour que l'on puisse vraiment le prendre au sérieux.

8. "Tu ne déroberas point."

Comme le meurtre, le vol est condamné. Ce qui est bien. C'est grâce à ce genre de principe que je peux laisser ouvert chez moi quand je vais acheter des bières et du Schweppes chez l'épicier plus bas dans la rue (qui malheureusement est fermé le dimanche). J'ai tout de même constaté plusieurs entorses et je ne laisse plus traîner de biquet dans ma voiture.

9. "Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain."

Là aussi, je suis assez d'accord avec le principe. Dans les faits, ce précepte est malheureusement inapplicable comme l'ont démontré de nombreuses études sur la déformation de la mémoire de faits chez les témoins, pourtant de bonne foi (et de confessions diverses).

par Impromptu publié dans : Des avis
ajouter un commentaire commentaires (3)   
Mercredi 25 avril 2007
Ma participation aux impromptus littéraires cette semaine. Cela faisait longtemps. La consigne, c'est le titre. L'adresse du site est à votre gauche. Et à votre droite, vous avez une superbe statue du FIGB offerte par Larcenet à la commune en 1362. Il a pissé dessus pour l'inauguration, tout le monde a bien ri jusqu'en 1365.



-- Bonjour monsieur. Vous savez où je peux trouver les "Textes brefs" de Firmin Charbonnier ?
-- De qui ?
-- Firmin Charbonnier, celui qui a écrit les "Textes brefs".
-- Désolé, je ne peux pas vous aider. Je ne connais même pas cet auteur. C'est dans quel genre ?
-- Je cois que c'est un livre grand comme ça, qui doit faire dans les trois cent huit pages...
-- Oui mais quel genre ? Policier ? Historique ? Science-Fiction ?
-- Il y a un peu de tout, à ce qu'on m'a dit.
-- C'est sorti il y a longtemps ?
-- On est en quelle année ?
-- Vous ne savez pas en quelle année nous sommes ?
-- Si. Non. J'ai oublié. Je veux dire, ça m'échappe à cet instant, ça arrive. On est en quelle année ?
-- En 2007.
-- Bigre. Déjà. Alors ça a du sortir il y a un siècle et demi. Environ.
-- Vous n'avez pas l'année ?
-- Ce doit être aux alentours de 1869. Un peu avant que... Enfin, un peu avant 1871.
-- Regardez dans les classiques alors. Vous avez cherché dans les fiches ?
-- Oh oui. Plein de fois.
-- Alors c'est que votre livre ne se trouve surement pas ici. Vous devriez essayer une plus grande bibliothèque.
-- Je ne peux pas, je suis coincé ici. Vous ne pouvez pas demander à la bibliothécaire d'acheter le livre ?
-- Pourquoi vous ne le faites pas vous-même ?
-- Je ne peux pas non plus.
-- Ah, je vois. Timide, hein ?
-- Heu. Oui.
-- Pourtant vous vous habillez de façon originale.
-- C'est lié. En quelque sorte.
-- Vous savez, maintenant, avec internet, on peut tout trouver. Vous devriez essayer de l'acheter en ligne.
-- On m'en a parlé, mais j'ai pas accès.
-- Vous êtes du genre à pas avoir de chance, vous.
-- On peut dire ça, oui.
-- Et vous ne voulez pas lire autre chose ?
-- Malheureusement, ça compte pas.
-- Je suis sûr qu'il y aurait ici quelque chose qui vous conviendrait. Cette bibliothèque est très ancienne, les livres se sont accumulés. Du coup il y a beaucoup de choix pour une bibliothèque de village.
-- Je sais. Je la connais depuis toute petite.
-- Depuis que vous êtes tout petit, vous voulez dire ?
-- Non, depuis que la bibliothèque est toute petite.
-- Elle date de la moitié du XIXème !
-- Je sais.
-- Bon, heu. Il faut que j'y aille, là. Au revoir monsieur.
-- Attendez ! C'est la première fois que je bavarde depuis si longtemps !
-- Oui mais merci, on m'attend chez moi, lâchez-moi s'il vous plaît.
-- Ecoutez-moi. Je suis maudit ! Je ne peux pas sortir d'ici ! Il me faut ce livre !
-- Heuuu, ce sont des choses qui arrivent je suis en retard lachez ma manche monsieur.
-- Ne partez pas ! Cela fait plus d'un siècle que j'attends ce foutu livre, vous ne pouvez pas me laisser tomber !
-- Mais je suis parti, je ne suis déjà plus là, regardez, ciao... Et faites vous soigner !
-- C'est ça, barrez vous ! T'façon vous serez mort avant que j'aie trouvé, et ce sera bien fait ! Vous êtes COMME TOUS LES AUTRES !

.........

-- Bonjour madame. Vous savez où je peux trouver les "Textes brefs" de Firmin Charbonnier ?
par Impromptu publié dans : Des histoires
ajouter un commentaire commentaires (3)   
Mercredi 25 avril 2007
J'ai senti le besoin de réviser mes commandements. C'est important de dépoussiérer les préceptes de base, sinon tout va à vau-l'eau.

Comme vous le savez, il en existe plusieurs versions, chacune étant déclinée en de nombreuses variantes selon que l'on souhaite rester proche de la formulation d'origine ou que l'on préfère privilégier l'accessibilité et la mémorisation. J'ai choisi la première option. J'ai donc saisi ma Bible et l'ai ouverte au livre de l'Exode, chapitre 20, versets 1 à 17. J'admets que je ne suis pas arrivé pile sur la page du premier coup. Après quelques essais, j'ai feuilleté un peu. Mais parfois j'y arrive avec mon dictionnaire. Si. Je l'ai déjà fait.

Comme pour n'importe quelle loi fondamentale, convention universelle ou conseil de cuisson d'un plat préparé, chaque mot est important. Les termes portent en eux d'énormes implications et une mésinterprétation peut entraîner la condamnation à perpétuité, la damnation éternelle, voire la perte définitive du repas. C'est pourquoi il va me falloir vous rapporter très précisément les propos, ce qui risque d'être un peu long. Mais bon, quoi, il s'agit des Ecritures, tout de même. Cela dit, pour maintenir la taille de cet article dans des limites raisonnables, je passerai rapidement sur les neuf premiers des dix commandements.

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un commandement ? C'est difficile à dire d'après le texte. Quand Dieu a dicté sa loi à Moïse, au sommet de la montagne de Sinaï, il y avait bien plus de dix points. Il y en a eu une première série qui aurait pu être répartie en douze ou en huit, puis du tonnerre et des éclairs, puis il a fallu rassurer le peuple, puis il y a eu une longue deuxième série de recommendations appelées "jugements" (ou "ordonnances"). Je n'ai pas trouvé trace de "dix commandements", d'autant plus que ce qui a été résumé sous ce label est réparti sur dix-sept versets.

La deuxième série de jugements semble en fait une décomposition des commandements selon différents types de situations. On y voit que "tu ne tueras point" est beaucoup plus nuancé dans le détail. Cette longue liste comporte également l'énoncé des punitions. Par exemple, chapitre 21, verset 15: "Et celui qui frappera son père ou sa mère sera certainement mis à mort" (tombé en désuétude aujourd'hui, il me semble). Il est aussi beaucoup question de serviteurs et de bétail. Chapitre 21, verset 28: "Et si un boeuf frappe de ses cornes un homme ou une femme, et qu'ils en meurent, le boeuf sera certainement lapidé, et sa chair ne sera pas mangée; mais le maître du boeuf sera [tenu pour] non coupable." Vous serez probablement scandalisés, comme je l'ai été, par l'extrême clémence de ce jugement. De nos jours, il nous suffit d'une vache qui danse de façon ridicule pour massacrer des troupeaux entiers. Mais d'un autre côté, il faut situer l'édit dans le contexte de son époque : le peuple des enfants d'Israël réservait ses rares troupeaux aux offrandes (appelées "holocaustes"). On trouvait des cailloux partout mais la lapidation de tout un troupeau était un processus bien trop long, certains participants partaient avant la fin. En tout cas, nous retiendrons qu'en ce temps-là, le boeuf méritait de figurer dans les jugements de Dieu. Il a bien décliné depuis.

Nous trouvons dans ces ordonnances quelque chose que nous connaissons bien. Chapitre 21 toujours, versets 23 à 27: "Et s'il arrive malheur, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. Et si un homme frappe l'oeil d'un serviteur, ou l'oeil de sa servante, et le lui fasse perdre, il les laissera aller libres pour l'oeil; et s'il fait tomber la dent de son serviteur ou la dent de sa servante, il les laissera aller libres pour la dent." Je préfère la dent.

Les "dix commandements" sont-ils isolés du reste parce qu'ils sont écrits sur les tables de la loi ? Lorsque Moïse monte une ennième fois sur la montagne, derechef donc, et que Dieu cette fois le fait patienter une semaine additionnée de quarante jours, pour ensuite lui remettre les tables de pierre, il est question de la transmission des jugements de Dieu, c'est-à-dire, semble-t-il, la totale et non juste les premiers points. D'autant plus qu'il est bien spécifié que les tables sont gravées des deux côtés, à la main (la main de Dieu, en l'occurrence). Ce serait dommage de n'y mettre que l'intro.

On imagine parfaitement Moïse, l'air agard, affaibli par ces quarante-sept jours et nuits qui sont à peine mentionnées dans le texte sans qu'il soit précisé ce qu'il a bien pu en faire, tendant ses maigres bras plissés vers les tables enfin prêtes, la barbe en tortillons moites, et Dieu lui dire, en substance : "Attends, d'abord je te décris le beau tabernacle que tu vas construire pour mettre ça dedans". Suit une longue spécification détaillée du réceptacle, l'Arche, sa forme, sa taille, l'extérieur, l'intérieur, les matériaux, la décoration, le dispositif de transport, la mise en valeur et cent autres précisions qui s'étalent sur plusieurs longs chapitres. Plus longs que ceux consacrés aux ordonnances. J'avoue avoir sauté quelques passages, je ne suis pas bricoleur. Toujours est-il que la notion de "dix commandements" reste pour moi assez diffuse.

Cependant, il faut faire des choix. J'ai donc décidé de me conformer au découpage traditionnel, tout en gardant le texte littéral de l'édition que j'ai en ma possession. Elle affiche "traduit des textes originaux par J.N.Darby". C'est un cadeau de longue date, dédicacé, qui me tient très à coeur. Autant dire qu'en ce qui me concerne, cet exemplaire fait foi.


La suite.
par Impromptu publié dans : Des avis
ajouter un commentaire commentaires (0)   
Mercredi 11 avril 2007
-- Alors vous êtes l'équipe de test ? Salut.
-- Salut. Oui, on est les testeurs.
-- Ouais, faut qu'on teste, pour pas qu'on nous déteste ! Haha... C'est de Coluche.
-- Je crois que je connais, oui. Et ça fait longtemps que vous êtes dans l'électroménager ?
-- On est des vieux routiers.
-- Ouais, en années d'expérience à nous deux, on est plus vieux que toi ! Haha.
-- En tout cas, on dirait qu'ils vous ont donné les moyens. Une cellule de sur-pression... une cage électro-magnétique. Et ça, là, c'est pas... ? C'est une centrifugeuse ? Mais on pourrait mettre quelqu'un là-dedans !
-- Vaut mieux pas, c'est pas trop fait pour les gens.
-- Ouais, sinon ils ressortent par les petits trous ! Haha.
-- Vous mettez quoi là-dedans ?
-- Oh, les trucs solides. Machine à laver, fer à repasser, ou des trucs pour les enfants...
-- Ouais, et on a même un mur pour les crash-tests. Au fond, là-bas.
-- Vous jetez des appareils contre le mur !?
-- Qui ça ? Nous ? Oulala, non, certainement pas.
-- Ouais, on n'est pas payés pour jeter des trucs contre un mur.
-- C'est un coup à se faire mal. On embauche des gens de l'extérieur pour ça.
-- Ouais, on leur bande les yeux. Pour la confidentialité.
-- On leur dit où est le mur, et ils jettent. Dans l'ensemble, ça se passe bien.
-- Et vous les trouvez où, les gens ?
-- Les agences d'intérim. Des manutentionnaires, surtout.
-- Ouais, pour jeter une télé, faut assurer un minimum.
-- A un moment, on est tombés sur une bande de sportifs. Ah, là, c'était du test ! Pas vrai ?
-- Ouais, et puis précis, les gars. Jamais ils ont manqué le mur.
-- Parce que des fois, tu sais, avec le bandeau... Le carreau d'observation, là, on a du le remplacer au moins cinq fois.
-- Ouais, j'ai pris des éclats de verre plein la tronche. Deux semaines d'arrêt. Mais là on a mis du blindé.
-- On s'est même demandé s'il faudrait pas directement les faire lancer sur le carreau. Seulement, au prix qu'a coûté le mur, ce serait gâchis de le laisser tomber.
-- Et c'est du béton spécial, je suppose ?
-- Le meilleur ! Et il a très peu de marques. C'est-à-dire que dans nos sportifs... on était tombés sur un lot, tu vois, et dans la série, il y avait un lanceur de poids.
-- Ouais, un vrai fou ! Et balèze comme nous deux ensemble. Haha.
-- Alors le gars, il voulait absolument qu'on le dirige dos au mur, tu vois ? Attends, je te montre. Il se mettait là, et puis il mettait la friteuse dans son cou, comme ça. Et on lui dit go ! Avec le micro, nous on est derrière le carreau, hein. Alors il fait des petits bonds en arrière comme ça. Il fait un demi-tour de folie et vlan !
-- Ouais, testée, la friteuse !
-- Plus de friteuse. Ah, il nous en a niqués, des prototypes, le gars.
-- Ouais ! Le fric qu'on a perdu avec ce mec ! Haha. On a vite compris. On l'a viré.
-- Maintenant on fait une meilleure sélection. Pas de lanceurs, pas de bûcherons... on évite les fous. On est professionnels ou on ne l'est pas. Dis, comme tu vas bosser avec nous, surtout t'hésites pas : si tu as une idée de test, tu nous dis, et nous on met en place.
-- Ouais. Mais c'est rare qu'on nous propose un truc auquel on n'a jamais pensé. Haha.
par Impromptu publié dans : Des histoires
ajouter un commentaire commentaires (1)   
Vendredi 6 avril 2007
Derechef.

J'ai toujours aimé derechef. Un petit air désuet et en même temps sophistiqué, comme un noeud paps. Rien de tel pour donner une petite touche d'éducation raffinée à une phrase de salon. Et mystérieux avec ça. Une légende raconte que derechef signifierait "immédiatement, tout de suite". Alors que non. J'ai vérifié. Je sais de quoi je parle, j'ai moi-même cru très longtemps que derechef voulait dire immédiatement, et je l'ai utilisé comme tel. J'ai découvert la supercherie il y a peu de temps.

Si vous connaissez bien votre Histoire de Moi, vous savez que j'ai rencontré pour la première fois "derechef" dans une aventure de Bob et Bobette, il y a bien longtemps (quoique j'ai jusqu'à présent gardé ce détail secret). Bob et Bobette sont des personnages de bande dessinée, très populaires en Belgique, créés par Willy Vandersteen, un dessinateur flamand (1913-1990). Ils ont leur statue, plus de deux cents aventures, et une place bien ancrée au plus tendre du coeur belge. Derechef était parfois utilisé par le personnage Lambique, et signifiait très clairement "tout de suite". Par conséquent, j'ai repris ce mot à mon compte, non sans une certaine fierté car c'est un mot dont on est généralement fier.

Les "Bob et Bobette", traductions des "Suske en Wiske", avaient la réputation fondée d'être truffés de fautes d'orthographe et d'expressions parfois peu appropriées (mais on ne me fera pas échanger un Bob et Bobette contre deux Proust). Avais-je été victime d'une de ces fautes ? Devait-on blâmer cette bande dessinée d'avoir déformé encore un de ses maléables lecteurs comme le lui ont si souvent reproché à grands cris les professeurs de français (auxquels je fais la nique) ? Non, car j'ai rencontré par la suite bien des cas d'utilisation de derechef comme synonyme d'immédiatement. Et de fait, après avoir passé du temps à examiner un certain nombre d'occurrences, je constate qu'effectivement la plupart des gens considèrent qu'il signifie "tout de suite".

Ce n'est pas le cas. Je vous le dis tout net. Derechef signifie une seconde fois, ou une nouvelle fois (quand il y en a plus de deux). Pourquoi est-il presque systématiquement utilisé autrement ? Peut-être, me dis-je, parce qu'il claque avec une certaine autorité, et qu'il est fortement empreint du charisme du mot "chef". Or qui dit "chef" dit "oui chef" et surtout "tout de suite chef". La hiérarchie, c'est plus fort que nous.

Le mot derechef remonte au XIIè siècle, formé de "de", "re" et "chef" qui dans cette forme correspond à "bout" ou "fin". Une sorte de façon de dire "de nouveau jusqu'à la fin". On insiste souvent sur le danger de prendre ici "chef" dans le sens de "tête", alors que finalement cela revient au même. En effet, la tête est un bout, et tout le monde sait que le "couvre-chef" est très visiblement un couvre-bout. Si la tête peut être assimilée à un noeud, un renflement notoire au bout d'un objet, comme une tête d'épingle, on comprend aisément que l'expression "à la mord-moi-le-noeud" soit aussi prononcée "à la mord-moi-le-bout" et pourrait être traduite par "à la mord-moi-le-chef". Cette similitude trouve également une illustration dans la chanson paillarde des sorcières (telle que nous la rapporte Terry Pratchett) : "Le bâton du magicien a un noeud au bout". On peut aussi appliquer ces associations à de nombreuses expressions courantes telles que "la tête du gouvernement". Le gouvernement étant chef par essence, et chef étant noeud comme nous l'avons démontré, être nommé à la tête du gouvernement revient à se voir attribuer le bout du noeud. Je réserverai à d'autres développement la synonymie occasionnelle entre noeud et gland.

Bref, nous voyons comme les choses peuvent être simples quand on se donne la peine de réfléchir. Le cas de derechef pourrait être exploré plus avant, notamment si l'on prend en compte le fait qu'un bout ne vient jamais seul, comme l'a si bien montré Raymond Devos, ce qui donne à notre mot un supplément de dimension qui pourrait, si l'on n'y prend garde, donner le vertige. Toujours est-il que nous savons maintenant que derechef est un mot qui nous vient directement de Sisyphe. Sans exclure pour autant la promptitude à la tâche, il est surtout signe de ténacité.
par Impromptu publié dans : Des mots
ajouter un commentaire commentaires (2)   
Mardi 27 mars 2007
La semaine dernière, il faisait très froid. Un temps à ne pas mettre un lion dehors.

Je dis lion parce que comme c'est un animal censé vivre dans la savanne, j'imagine qu'il apprécie les climats plutôt chauds. Par conséquent, la froideur dont je parle lui serait très désagréable. Néfaste. Mortelle, pourquoi pas. Il serait par exemple dans une cage grillagée en métal dans laquelle le vent glacé s'engouffrerait.

Comme c'est un animal qui aime, à mon avis, les grands espaces, je le mettrais dans une cage de quatre mètres sur deux. Tiens, non, je mettrais deux lion. Bon, allez, mettons-en quatre dans cette cage, pour être sûr qu'il n'y soit pas indifférent. Disons un lion et trois lionnes, pour respecter la parité (chez les lions). Si les trois lionnes sont couchées tout au bord de la cage, il peut se lever, faire deux pas, se retourner, faire deux pas, se retourner, et recommencer autant de fois qu'il le souhaite.

Comme je suppose que le lion a l'odorat très fin, je mettrais la cage sur un plateau de camion que je mêlerais à la circulation à l'heure de pointe. Des arrêts fréquents, des coups d'accélérateur, les gaz d'échappement tellement épais qu'on peut s'allonger dessus. Bien entendu, la cage ne serait pas recouverte (pour pouvoir laisser passer les gaz, ainsi que le vent dont on parlait tout à l'heure).

Comme je présume que le lion a l'ouie sensible, je klaxonnerais à tout va. Comme un homme fou, ou comme un enfant normal. Mieux, je brancherais un haut-parleur dirigé vers la cage et je hurlerais des annonces régulières à faire trembler les carreaux alentours.

Je me dis qu'avec tout cela, le lion en aurait pour son grade. Probablement il ne s'en sortirait pas. Je ne pense pas pouvoir faire mieux.

Je ne le ferai pas. Ce n'est pas que je n'aie aucune envie de taquiner les lions, au contraire : j'aime bien exercer un pouvoir. Mais quelqu'un d'autre a eu la même idée. Quelqu'un du cirque. Je l'ai entendu et vu passer sous mes fenêtres la semaine dernière.
par Impromptu publié dans : Des anecdotes
ajouter un commentaire commentaires (4)   
Jeudi 22 mars 2007
Elle se tient au bout du rocher, immobile face à l'océan, entourée de hautes gerbes blanches à mesure que les vagues viennent heurter la pierre sauvage. Sa robe, blanche comme une haute gerbe, colle à sa peau, révélant ses formes parfaites avec un certain manque de pudeur. Il s'approche lentement, tremblant d'émotion.

-- Pierre, dit-elle sans se retourner.
-- Marie.
-- Vous êtes venu.
-- Oui, je suis venu.
-- Je savais que vous viendriez.
-- Je savais que vous saviez.
-- Je m'en doutais, Pierre.
-- Que je viendrais ?
-- Non, que vous saviez.

Il n'est qu'à un pas d'elle. Elle se retourne.

-- Pardonnez moi, Pierre, mon maquillage est ruiné.
-- Oh, Marie, vous êtes sublime, répond Pierre qui ne regardait pas si haut. J'ai quelque chose à vous avouer.
-- Cette minute restera dans mon coeur à tout jamais.
-- Attendez, Marie, laissez-moi avouer d'abord.

Il met un genou au sol, prend délicatement la main de Marie, et commence à chanter.

"Been trying to meet you
Must be a Devil
between us
Or whores in my head
whores at the door
whore in my bed
But hey
Where
have you
been ?
If you go I will surely die !" (*)

-- C'est si beau Pierre. Quel dommage que je ne comprenne pas l'anglais.
-- Parfois j'ai l'impression qu'un monde nous sépare.
-- Ne dites pas ça. La mélodie est très jolie, vous la mettez en valeur à votre propre façon.
-- Je chante faux, c'est vrai. Mais cela fait-il de moi un mauvais homme ?

Marie retire sa main pour la mettre sur son front en fermant les yeux.

-- Pierre, ne me torturez pas ainsi.
-- Oh Marie, j'aurais tellement, tellement aimé vous déclarer ma flamme en d'autre lieu. Chaque vague m'envoie de l'eau de mer plein la gueule et le rocher écorche mon genou. Mais il fallait que je vous le dise.

Marie saisit les deux mains de Pierre.

-- Je vous aime, vous le savez, Pierre.
-- Non, je ne le sais pas.
-- Mais si, voyons.
-- Ben...
-- Puisque je viens de vous le dire.
-- Ah oui. C'est vrai. Oh Marie... Tout est si limpide avec vous. Je vois clair à présent.
-- Est-ce si important si je couche avec tous ces autres hommes ?
-- Puisque vous ne les aimez pas...
-- Ben si, un peu quand même.
-- Ah ?
-- Obligé. Sinon je ne mouille pas et ça fait mal.
-- Oui, dans ce cas. Oh Marie...
-- S'il vous plaît Pierre, si vous m'aimez, cessez de dire "Oh Marie" tout le temps.
-- J'irais jusqu'au bout du monde pour vous.
-- Oh Pierre...

Ils se regardent dans les yeux un long moment, les battements de paupières rythmés par le déversement régulier de l'écume.

-- Laissez-moi vous prendre dans mes bras, Marie.
-- Non, Pierre.
-- Pourquoi, Marie, pourquoi ?
-- Pas envie.
-- Je comprends Marie.
-- Vous êtes formidable, Pierre.
-- Oh Marie... Ah, pardon. Marie, je vous aime.
-- Je vous aime aussi, Pierre.
-- .........
-- .........
-- .........
-- Voilà voilà.
-- Oui.
-- Marie, je vais devoir retourner dans ma maison, là bas. Après la butte, sur la droite.
-- Et moi dans la mienne, Pierre, de ce côté. On ne la voit pas d'ici.
-- Ces séparations m'arrachent le coeur, Marie.
-- Soyez fort, Pierre, je sais que vous le pouvez. Soyez fort pour moi qui ne le suis pas. Je ne suis qu'une femme fragile.
-- Laissez-moi vous prendre dans mes bras.
-- Non, j'ai dit.
-- Je ferai selon vos désirs. Adieu alors. Je m'en vais.
-- Adieu Pierre.
-- Je pars.
-- Oui.
-- Je rentre chez moi.
-- Pierre, ne soyez pas cruel.
-- A demain donc. Voulez-vous qu'on aille sur la plage, pour une fois ?
-- Ici, c'est très bien. C'est plus fort. A demain.


(*) Extrait de "Hey", des Pixies (album "Doolittle").
par Impromptu publié dans : Des histoires
ajouter un commentaire commentaires (3)   
Mardi 20 mars 2007

Ma participation à la consigne du moment sur le site Paroles Plurielles (lien à votre gauche). Je vous ai mis la photo, pour une fois, parce que je l'aime bien. C'est copyright Coumarine soi-même (la personne qui modère le site). Il y a un incipit, que je ne retranscrirai pas puisque par définition vous le trouverez en début de texte.



"Il faut que je vous dise... J'ai menti !"
Ouais, pas mal. Ou alors "je dois vous avouer un truc, les gars". Ou bien...

- Bordel, j'aurais jamais cru que c'était si pénible de marcher dans l'eau tout habillé. J'ai le futal qui me colle ! On dirait pas, dans les films.
- Dans les films, il y a toujours une belle nana. Tandis que là, on n'a qu'Olivier.
- Tu sais ce qu'il te dit, Olivier ?

Peut-être c'est pas le bon moment. Peut-être je devrais attendre un peu. Comment j'ai fait pour me retrouver là ? Incroyable ! J'avais raconté ça pour déconner, au lycée. Et nous voilà tous les quatre dans la gadoue jusqu'au ventre.

- T'es sûr qu'il n'y a pas de sangsues ? J'ai l'impression d'avoir des trucs gluants dans mon slip.
- Et ça va, elles sucent bien ?
- Très drôle.
- T'inquiète, ça n'existe plus en France. Ce sont des algues. T'aurais pas dû rentrer dans l'eau la braguette ouverte.
- Ok, j'ai compris. La prochaine fois je ferme ma gueule.
- Et ta braguette.

Comment je vais leur dire que mon vieil oncle ne m'a jamais parlé de bandit qui se serait planqué ici dans l'entre-deux-guerres ? Comment leur faire comprendre qu'ils ont tant insisté que j'ai fini par fabriquer ce plan moi-même sur du papier trempé dans le café ? Pourtant ça se voit que c'est n'importe quoi : de l'argenterie enterrée au pied d'un arbre au milieu d'un marais ! J'avais exprès choisi l'endroit le plus inaccessible pour les décourager.

- Faites attention de pas marcher sur un trou.
- C'est impossible de marcher sur un trou. Un trou, c'est quand y'a rien à marcher dessus.
- Ouais, bon, vous avez compris.

Il vont me dire pourquoi, mais pourquoi, pauv' con, tu dis la vérité maintenant ? Pourquoi t'attends pas qu'on n'ait rien trouvé ? Il vont m'insulter. Je ne peux pas leur en vouloir. Mais j'en peux plus.

- Eh... vous savez quoi ? Vous allez rire. J'ai... heu un peu exagéré l'autre jour. J'ai un peu menti, en fait.
- Ah, t'es pas vraiment sorti avec Béa ?
- Heu... oui, voilà. En fait.

'Tain, j'arrive pas.
par Impromptu publié dans : Des histoires
ajouter un commentaire commentaires (2)   
Vendredi 16 mars 2007
-- Ah, c'est pour ça que tu as une petite bouche !
-- J'ai une petite bouche ?
-- Oui. C'est à cause de l'Orangina. J'aurais du deviner.
-- De quoi tu parles ?
-- Je dis : c'est l'Orangina qui te fait une petite bouche.
-- Aucun rapport.
-- Au contraire. C'est l'acidité, ça rapproche les dents et ça resserre la bouche. Comme cha.
-- N'importe quoi.
-- Pas du tout, ça a été prouvé chez les bébés : quand on leur donne un goût acide, ils font une petite bouche comme ça, avec la figure toute frippée comme ça. Plus tard, on ne fait plus attention, mais le corps détecte quand il y a un goût acide. C'est parfois inconscient. Du coup, les dents se regroupent et la bouche rétrécit.
-- Mais j'ai pas une plus petite bouche qu'avant !
-- Tu vois, tu ne t'en rends même pas compte. C'est la preuve que c'est inconscient.
-- Oui, tiens... Mais tous les gens qui boivent de l'Orangina n'ont pas une petite bouche.
-- C'est parce que certains sont génétiquement immunisés contre le goût acide. Quand c'est génétique, tu peux faire ce que tu veux, ça bouge pas.
-- Ah oui ? Et le Coca, c'est acide aussi, ça rétrécit pas la bouche ?
-- Ah non, le Coca ça déchausse les dents. Pas pareil. Rien à voir.
par Impromptu publié dans : Des histoires
ajouter un commentaire commentaires (3)   
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus