Le NPPDR (*) d'avril 2006 nous apprend qu'une étude du MIT (**) a montré que lorsque l'on apprend aux rats non seulement un parcours de labyrinthe, ce qui est plutôt traditionnel, mais aussi à faire des pauses, ce qui dénote une influence significative des "Associations pour l'Amélioration des Conditions de Travail du Rat en Laboratoire" (***), on constate une remémoration inverse du parcours en labyrinthe. Chez le rat, bien sûr. Le chercheur, lui, se remémore le parcours inverse vers l'hôtel où il rencontre habituellement sa maîtresse.
Comment le sait-on ? Parce que l'on a eu la présence d'esprit de brancher une sonde dans le cerveau du rat, plus précisément dans la région de l'hippocampe qui, on le sait, est très impliqué dans les processus mnésiques. C'est une pratique courante. Un chercheur laisse rarement partir son rat sans le brancher. Sinon on ne peut rien savoir. Donc, lors de la pause (du rat), on continue d'enregistrer ce que lit la sonde, l'air de rien. Et on découvre que les neurones qui ont été activés pendant le parcours sont de nouveau activés pendant la pause, mais en sens inverse. En d'autres termes, le rat rembobine.
On sait par ailleurs que lorsque le rat "réussit" son labyrinthe, il reçoit de la nourriture. Cette nourriture provoque quelque chose que nous autres humains traduisons par "plaisir" et qui, entre autres choses, aboutit à la libération d'un neurotransmetteur que l'on appelle dopamine. Ce neurotransmetteur est supposé renforcer l'activité des neurones qui y sont exposés. Seulement cette dopamine est rapidement épuisée. Par conséquent, l'intérêt de faire une pause juste après la réussite, pendant laquelle le parcours est rejoué en sens inverse, renforce les connexions de neurones qui correspondent au souvenir de l'arrivée gagnante du labyrinthe (et non pas le départ, qui normalement est indiqué sans ambiguïté). Bref, la pause génère le souvenir de la victoire. Il s'agit là, bien entendu, d'une série de simplifications mais c'est nécessaire parce que le cerveau (même de rat) est complexe et sans simplifications on s'y perdrait, on ne trouverait pas la sortie, et on n'aurait pas de bout de fromage.
Qu'en déduit notre NPPDR pour concerner son lecteur ? Car le lecteur a du mal à s'identifier au rat, il lui faut de l'aide. Et bien le NPPDR nous dit que c'est pour ça qu'il nous faut une pause café et, lisant cela, tous nous nous réjouissons. Vivats ! Confettis ! CQFD (****) ! Depuis le temps qu'on vous le dit qu'il la faut, cette pause café.
D'ailleurs le journaliste, dont je ne divulguerai pas le nom parce que je ne sais pas qui c'est, attaque son article en ces termes : "Mais pourquoi a-t-on systématiquement envie de faire une pause-café juste après avoir terminé une étape importante de son travail ?" Notons au passage l'emploi du trait d'union entre pause et café qui marque bien l'interdépendance des deux concepts. Mon expérience me pousse à corriger cette assertion, en lui ajoutant "ou au cours d'un travail, ou au début d'un travail, ou en l'absence de travail". Ce qui reviendrait à la question suivante: "Mais pourquoi a-t-on systématiquement envie de faire une pause-café ?" Nous comprenons aisément que le journaliste ne puisse pas aller jusque là pour des raisons politiques car cela compromettrait la portée des résultats énoncés, et nous ne pouvons qu'admirer son engagement.
Jusqu'à présent, la pause café avait acquis une légitimité relative sur le plan social car, lorsqu'elle est pratiquée en groupe, elle favorise l'émergence d'idées nouvelles et d'échanges hors du cadre. Ce qui génère de l'innovation, et l'innovation c'est Bien. Maintenant, elle a une légitimité biologique. Depuis que j'ai lu cet article, je scrute toutes les publications qui me tombent sous la main en quête de recherches comparatives sur la consommation, chez les rats, de café, de thé, de chocolat et de sirop à l'eau (qui sont couramment pratiqués en pause dans mon environnement de travail ou de non-travail). Dans un deuxième temps, il conviendra d'ajouter au paradigme expérimental des collègues rats avec lesquels le rat puisse déconner ou se disputer, puis un chef rat qui aura pour fonction d'encourager les autres rats à retourner au labyrinthe, et bien sûr de l'argent rat qui servirat, qui servira pardon, au chef rat de juger de l'intérêt de conserver la pause ou non, en fonction de la productivité des autres rats dans les labyrinthes.
Ce corpus serait le point de départ d'une série d'études sur le chômage rat, c'est à dire l'absence de parcours de labyrinthe, qui nous permettrait de savoir ce qu'il advient de l'hippocampe sans victoire, sans fromage et donc sans dopamine. Je ne peux pas croire que chez le chômeur, la pause café ne serve à rien.
(*) Vous ne pensez tout de même pas que je vais écrire "Neuro-Psycho Pour De Rire" en entier tout le temps.
(**) Vous ne croyez tout de même pas que je vais écrire "Massachusetts Institute of Technology" en entier tout le temps.
(***) Que l'on peut désigner par AACTRL.
(****) Plus personne n'écrit "Ce Qu'il Fallait Démontrer" de nos jours.


Commentaires