Samedi 16 juin 2007
Certains d'entre vous se rappellent peut-être "Smart Cooking", la casserole intelligente. Produit de pointe qui prend son temps pour trouver son marché, elle est d'une technicité sans faille si ce n'est une certaine sensibilité à la chaleur. Les clients semblent avoir moins de complaisance que l'équipe technique à l'égard de ce léger défaut. Il faut donc gérer, en gardant la face, la correction de ce que les utilisateurs, dans leur traditionel manque de compréhension de la technologie, pourraient considérer comme un vice rédhibitoire. C'est un exercice auquel tout service de vente est rompu (*).




Cher distributeur agréé Menagex,

Nous tenons tout d'abord à vous remercier de votre fidélité peu conditionnelle. Vous connaissez suffisamment Menagex à présent pour savoir que notre gamme de produits, l'une des plus complètes du marché, est resté un terrain privilégié de découvertes et d'innovations.

Vous avez récemment reçu nos dernières nouveautés, qui ne démentent pas l'esprit Menagex :
- Le rasoir électrique multifonction "Petit Suisse", avec brosse à dent et démaquilleur, indispensable en voyage !
- La casserole intelligente "Smart Cooking" qui "réussit tous vos petits plats malgré vous".

Nous souhaitons attirer votre attention sur "Smart Cooking", si ce n'est déjà fait. Vous avez peut-être noté certaines caractéristiques de l'appareil, notamment en réaction à la chaleur, qui sans pour autant gêner la cuisson, laisse place à optimisation.

Nous avons tenu, par conséquent, à lui apporter des améliorations supplémentaires dans un souci constant de satisfaction du client, souci que vous partagez à n'en pas douter.

Nous pouvons d'ores et déjà annoncer la disponibilité prochaine d'une nouvelle version de Smart Cooking, pour une date que nous préciserons dès que possible. Il vous sera loisible alors, si vous le désirez, de procéder à un échange standard. Dans l'éventualité où certains de vos clients le souhaiteraient, ils pourront faire de même.

Vous le voyez, aujourd'hui comme hier, à chaque instant, Menagex travaille pour le bien-être de ses clients et de ses distributeurs. Nous vous souhaitons d'excellentes ventes.

Le responsable de la division "En avance !"
Menagex.



(*) Ne possédant pas ce talent, je me suis directement inspiré d'un courrier existant concernant exactement le même type de situation.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Lundi 11 juin 2007
Jusqu'à présent vous pouviez, dans la colonne de gauche, cliquer sur un lien qui vous transportait directement sur le blog de René Lapalme. René vivait dans un monde de musique. Là vous ne pouvez plus.

Pour moi, René c'était de la bonne humeur. Pas boute-en-train "tiens on va l'inviter il met de l'ambiance". Juste de la bonne humeur. Enormément d'humanité. De la curiosité, de l'intérêt, de l'enthousiasme. Un humour qui me plaît bien. Et puis une saloperie de maladie exotique mais ça se voyait pas trop.

Il a émaillé ce blog de ses commentaires. On s'est bien marrés sur Skype. Grâce à lui j'ai eu l'opportunité de réaliser, avec son aide bien sûr, de petits sketches - dialogues centrés sur mes "mots", qu'il faisait passer à une émission de radio locale qu'il co-animait.

Le mois dernier on lui a diagnostiqué un cancer à Steve Jobs, mais trop tard. Son foie n'a pas daigné évacuer les toxines de la chimio et les a laissé empoisonner tout le reste. Ce fut relativement rapide, mais pas cool quand même. Il s'est éteint samedi soir. Au Canada. Ici, c'était dimanche matin, mais dans sa réalité c'était samedi soir. On va garder samedi soir. Fait chier.

On devait encore discuter plein de fois. Il avait encore plein de choses à dire. Encore plein de choses à faire. Des textes à écrire et chanter. Des endroits à visiter. Il avait pas fini, normalement. On avait pensé se voir, prochainement, à Paris ou en Belgique. Comme je ne supporte plus Paris, le choix aurait été facile. Mais faut croire que tout ça ça compte pas. Quand le corps lache.

Maintenant son conjoint se trouve dans un endroit que je connais bien. J'y retourne de temps en temps, quand ce genre d'événement m'est imposé. J'espère qu'il trouvera le bon panneau, dans le désert du "Si seulement".

C'est ici que j'ai rencontré René, alors c'est ici que je lui dis au revoir.
-
par Impromptu publié dans : Des avis
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Samedi 9 juin 2007
Ce qu'il s'est passé avant.

Trois mille ans avant Jésus, qui était un homme fort peu nanti dont nous nous sommes approprié la philosophie, trois mille ans avant notre hère, donc, par un mardi ensoleillé du début du mois de mai, l'écriture fut inventée. L'histoire pouvait commencer pour les derniers retardataires. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Auparavant, la vie de groupe était simple. Le chef disait "on va chasser le bison demain". Un guerrier disait "on devrait pas plutôt attendre la semaine prochaine, rapport aux RTT ?" Le chef se frottait le menton en murmurant "maintenant que tu en parles..." et juste derrière il lui déchirait la tronche grave. Puis il expliquait que la division R&D n'avait pas encore découvert le gouvernement participatif. C'était le bon temps.

Seulement, profitant lâchement d'un climat avantageux, une civilisation s'étendait l'air de rien. Le climat n'était pas le seul responsable, il y avait également une céréale fort opportune, l'épeautre, qui poussait naturellement à proximité du Tigre et de l'Euphrate. Sumer, car c'était elle, mit des millénaires à atteindre une taille critique. Les principales villes Sumériennes étaient autant de royaumes chacun gouvernés par, vous le devinez, un roi. C'était un chef guerrier, comme tous les autres, et il gouvernait selon les mêmes pratiques que ses pères.

Un jour, un de ces roi dit : "nous commençons à être nombreux, et je passe de plus en plus de temps à péter la gueule aux imbéciles qui l'ouvrent (*). Je mérite une compensation. J'instaure à partir d'aujourd'hui une Taxe de Solidarité Sociale - puisque je représente la société - à hauteur de 1,52% du revenu de chacun. J'ai dit." (**) Il prononça cette nouvelle réglementation devant de nombreux témoins (***).

Au début, ça allait. Il y avait toujours un témoin d'origine qui rappelait le taux instauré par le roi, et l'information était confirmée par d'autres. Le temps passant, les mémoires s'effilochèrent, et le mot fut transmis avec plus ou moins de bonheur. Malgré la bonne volonté de tous, la "cueillette", comme l'appelaient avec affection les préposés au trésor, devint plus difficile.

-- Salut Roger (****), je viens récupérer la TSS.
-- Rappelle-moi combien c'est, encore ?
-- Heu... 2,14.
-- C'était pas 0,95 ? Y'avait un 5 dedans, j'en suis sûr.
-- 5,55 ?
-- Non mais oh !
-- Je retourne au palais pour demander, je reviens demain.

Le préposé demanda au roi. Mais le roi, qui avait d'autres choses à faire, avait oublié. Il réunit de nouveau tout le monde et fixa la nouvelle taxe à 2,14%, chiffre qu'il avait entendu murmurer au détour d'un couloir. Un habitant laissa échapper "ça a augmenté, non ?" "Qu'on le fouette !" s'écria un préposé. Le roi cassa la gueule au préposé et cria "qu'on le fouette !". On fouetta les deux, pour être sûr. C'était encore un peu le bon temps.

Un peu plus tard, l'histoire, qui pourtant commençait à peine, se répéta. La nouvelle taxe fut de 1,87%. Le roi demanda à l'un de ses savants de trouver un moyen de lui rappeler le bon taux. Le savant disposa quelques cailloux sur une table du palais de façon à représenter un ensemble et une fraction de cet ensemble. Le jour où il fallut recourir à la mémoire artificielle, on découvrit que la table avait été bousculée maintes fois. Le savant proposa un timide "132,07% ?" Le roi frappa le savant qui, de constitution fragile, fut tué sur l'instant. Un autre savant disposa d'autres cailloux, pour 3,02%, et le roi à qui les épices commençaient de monter au nez, abattit sa main sur les cailloux en hurlant "et vous, la caillasse, vous restez LA !".

Bien entendu, les cailloux bougèrent encore. Cependant, le coup du roi avait imprimé la table et on put retrouver le bon chiffre. On ordonna un grand banquet, le roi fit quelques autres exemplaires, et on transporta les tables par tout le royaume en guise de référence. L'écriture était née. Par la suite, on prit l'habitude de graver les édits dans la pierre, plus robuste que le bois.

Mon livre d'histoire de référence présente en illustration une photo d'un beau grand escalier en pierre orange, qui visiblement faisait partie d'une ziggourat. Cette image renvoie aux balbutiements de la civilisation sumérienne concernant les supports de l'écriture. En effet, au début les scribes gravaient de préférence dans les escaliers, parce que c'était pratique pour s'asseoir. Ainsi, sur le plus haut escalier de Sumer fut gravée la première nouvelle de fiction à suspense, chaque étage de la ziggourat marquant un nouveau chapitre. L'histoire était tellement bien écrite qu'à la fin, lorsqu'était révélé le pot au roses, le lecteur de surprise manquait une marche, trébuchait et dévallait l'édifice en se faisant très mal.

Face à une mortalité galopante qui marqua les premiers succès de la littérature, le roi s'inquiéta. Il fit venir un ingénieur de France (*****) et lui ordonna de trouver une solution. L'ingénieur fit jouer la logique imparable. Puisque les gens se font mal en tombant, il suffit de construire dorénavant les escaliers en argile, qui fait moins mal. Le roi dit "bonne idée", mais lui cassa la gueule quand même, pour le principe et pour le bon temps. La recommandation fut suivie mais l'argile se détériorant rapidement, les textes devinrent illisibles. L'idée fut abandonnée sans même que soit entammée la moindre réflexion pour corriger les petits défauts inhérents à toute invention géniale.

Cela dit, les scribes paresseux avaient pris l'habitude de graver l'argile et cette pratique perdura. L'argile, plus facile à transporter, facilita la diffusion des écrits et Sumer prospéra. C'est pourquoi, quoique les historiens le taisent pour je ne sais quelle raison, on peut attribuer aux français, sinon l'invention, au moins le succès de l'écriture.



(*) Les rois étaient rustres à l'époque.
(**) C'est pourquoi on appelle ça un édit, qui se disait "a-dit" avant.
(***) Les dialogues et les chiffres sont traduits en français. Les sumériens suivaient le système sexagésimal (base 60) qui a inspiré nos angles, minutes et secondes. Je sais qu'une partie d'entre vous ne pratiquent pas le sumérien. Ce n'est pas une critique. On peut réussir aujourd'hui sans connaître le sumérien. C'est juste que ça peut être un avantage professionnel. Enfin, moi, ce que j'en dis, hein.
(****) Les fouilles archéologiques n'ont pas encore démontré qu'il n'existât aucun Roger à Sumer.
(*****) La fuite des cerveaux commença il y a 5000 ans.

Ce qu'il s'est passé après.
par Impromptu publié dans : l'Histoire avec une grande Hache
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Mardi 5 juin 2007
Le site Paroles Plurielles proposait une consigne qui ne m'attirait pas tant. Le thème de la pauvreté devait être abordé. Le texte devait commencer par "Le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde.", et il fallait s'inspirer de la photo suivante, fournie par une personne pseudommée Arthur Hidden:


C'est dire...

Et puis, boum. N'est-ce pas une caravanne, sournoisement dissimulée dans le fond ? Si, à gauche, là. C'est une occasion rêvée pour Luc et Sophie, que je vous ai déjà présenté. L'avantage avec les personnages récurrents, c'est que l'on n'a pas besoin de se casser la tête à trouver de nouveaux noms. Or, trouver des noms propres ne me casse pas que la tête. Bref, voici un nouvel épisode de la vie de notre couple branché.





-- Le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde, ironisa l'époux.
-- Ce n'est pas ma faute si les promos n'ont lieu que le week-end, rétorqua l'épouse.

Luc et Sophie se tenaient au milieu d'une foule relativement compacte, au centre d'un grand hall clair flanqué de trois bureaux, essayant d'accrocher un des vendeurs sollicités de toutes parts. L'un d'eux se laissa dériver vers eux. C'était un grand et large brun tout propre. On aurait pu l'imaginer portant des collants rouge et bleu sous son costume. Il y eut quelques instants de discussion au cours desquels Sophie s'institua ambassadeur, juge et interprète, puis le vendeur les accompagna sur le terrain extérieur d'exposition.

-- Pour trois personnes, vous m'avez dit.
-- Je n'ai rien dit, répondit Luc.
-- Chéri, s'il te plaît !
-- Le camping-car de papa est très bien.
-- On en a déjà parlé. Tout le monde au village l'a répéré, il faut qu'on s'en débarrasse.
-- Gna gna gna...

Le trio s'approcha de l'une des caravannes exposées, à côté de laquelle se tenaient une femme et deux jeunes enfants qui les regardèrent à peine. La femme décrochait du linge en retrait tout en parlant aux enfants, plus pour les occuper que pour leur communiquer quoi que ce soit.

-- C'est spécial, quand même, dit Sophie.
-- Les logements témoin sont ce qu'il y a de mieux pour se faire une idée de sa future caravanne, dit le vendeur. Ne faites pas attention à eux.
-- C'est dommage de les mettre là si on ne doit pas faire attention à eux, releva Luc.
-- C'est une façon de parler, répondit le vendeur.
-- Ce sont des acteurs ? demanda Sophie.
-- Non, ce sont des pauvres. C'est un peu notre mission de les aider. Entrez examiner l'intérieur, je vous en prie.
-- C'est surtout moins cher, dit Luc en pénétrant.
-- Chéri, s'il te plait !

A l'intérieur, les ustensiles de cuisine étaient exposés, des jouets cassés se voyaient un peu partout, et on pouvait appercevoir une poubelle près de dégorger. Une odeur épaisse de salade à la mayonnaise les environnait.

-- C'est... occupé, articula Sophie.
-- C'est l'objectif, répondit le vendeur. Vous pourrez leur parler si vous voulez. Par contre, il faut que je vous demande de ne pas donner à manger aux enfants, c'est mauvais pour leur santé. L'année dernière, on a du en remplacer. Et les, heu... libertés avec les occupants adultes sont réprouvées également.
-- Si on leur donne pas à manger, on peut les libertés avec les enfants ?
-- LUC !

Après un rapide examen, le couple sortit, jeta un dernier coup d'oeil à la femme et aux enfants, qui pour le coup les examinèrent en retour, et s'éloigna de quelques pas pour conférer avec le vendeur.

-- Cela m'a l'air bien, dit Sophie, mais il n'y a qu'un seul adulte, c'est un peu de la triche.
-- Oui, mais deux enfants c'est deux fois plus d'objets pour enfants. C'est à vous de voir. C'est l'heure du goûter, ajouta le vendeur en regardant du coin de l'oeil la petite famille réintégrer la caravanne, vous pouvez aller regarder comment ça se passe si vous voulez.
-- Je me demande... dit Luc pensif, si je prends un bout du goûter au gamin et que je le lui redonne, est-ce que ça compte comm...
-- Chéri ! Au lieu de plaisanter, dis plutôt si tu es d'accord pour la caravanne.
-- Ok. Si vous la vendez en promo et sans les gens dedans, c'est d'accord.
-- C'est vrai, Luc ? Oh merci mon chéri !

"Je n'aurai pas trop d'une semaine pour en rediscuter", se dit Luc.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Dimanche 3 juin 2007
Le billet indique que mon train partira à 13h45. Je sais, je ne suis pas là pour parler de ma vie. Je ne fais que décrire la situation d'intérêt.

D'abord ce n'est pas tout à fait "mon" train. J'en ai acheté une tellement petite partie que je ne pourrai en faire qu'un seul usage (je ne sais même pas si après on le jette). Et je ne pourrai occuper qu'une place à la fois.

Je lis sur mon document de "confirmation de commande" les précisions suivantes :
"Pour assurer les départs TGV dans les meilleures conditions, il est désormais demandé à l'ensemble des voyageurs TGV d'accéder au train au plus tard 2 minutes avant l'heure de départ indiquée sur leur titre de transport."

Je ne m'extasierai pas une seconde fois sur l'importance de ce pas vers la nouvelle société de consommation, vous l'avez déjà lu ici. La différence est que cette fois je suis directement concerné. En cela mon partenaire en déplacement respecte son mot d'ordre qui est que le progrès ne vaut que si j'en profite (non pas moi aussi mais moi surtout).

Chers amis, dorénavant il conviendra de calculer nous-mêmes les heures de départ de train à partir de 1) l'heure affichée sur le billet et dans tous les systèmes de référence d'horaires de trains et 2) un certain nombre de modificateurs disposés ici et là au gré des stratégies de communication. Le caractère ludique de ce système vous apparaît autant qu'à moi. Ceux qui n'auront pas trouvé tous les modificateurs, et bien, ma foi, ils auront perdu. Les autres, ceux qui auront tout trouvé ou qui auront eu de la chance, les regarderont par la fenêtre du train qui s'éloigne, adressant des gestes moqueurs aux silhouettes rapetissantes collées au quai.

Je vous vois venir, vous allez me dire que ce n'est pas parce que l'on me demande de venir deux minutes en avance que l'heure de départ du train est avancée de deux minutes. Je vous rétorquerai que bien entendu les deux se confondent. Si le départ du train est noté 13h45, c'est que je dois y être avant, à 13h45 et demie il sera trop tard. Le "trop tard", dans l'acception classique, est associé au départ du train. Mais il peut être autre. Le "trop tard" peut être la fermeture des portes, avec un départ du train à 14h52. Ce qui m'importe est qu'après 13h45 j'aurai raté mon train. Dans le cas qui nous occupe, forcément un voyageur arrivant à 13h44 aura raté son train. Sinon, quel est l'intérêt d'arriver deux minutes avant ? Je ne ferai pas le test, je ne veux pas courir le risque de le rater. C'est un voyage d'agrément, et s'il y a une chose avec laquelle je ne rigole pas, c'est bien les loisirs.

Si la mention n'est pas directement portée sur le titre de transport, ce n'est pas uniquement dans un objectif de divertissement. C'est beaucoup plus fondamental que ça. Cette compagnie de transport n'est pas une pionnière du bout du pied, elle va au bout de son innovation. Il s'agit en premier lieu d'une démarche qui contribue à restituer à l'usager la responsabilité de son voyage. Alors que jusqu'à présent, et de plus en plus, on lui mâchait le travail en mettant à sa disposition, au même endroit, toutes les informations utiles et plus encore, cette fois on exige un geste de sa part. En d'autres termes : il participe. C'est exactement la même logique que pour les chaussures. Le voyageur est RESPONSABLE de son trajet. C'est un grand pas en avant vers la citoyenneté.

A ceux qui me diront "c'est parce que les gens sont trop en retard", je répondrai "Haha ! A d'autres ! (on ne me la fait pas)". Tout le monde sait que seule une éducation militaire peut inculquer le respect de l'heure chez les retardataires récidivistes. Et encore, la méthode a ses limites, certains en meurent parce que décidément "ça ne rentre pas". Faire état d'un pré-délai sur un document de passage ne va rien changer au fait que quand un groupe de personnes doit satisfaire à une écheance ferme, une partie manquera à l'appel. C'est une question de génétique humaine. Si je le sais, les professionnels de l'échéance le savent aussi. Imaginez un instant que l'on adjoigne à chaque heure de train le commentaire suivant : "Ne soyez pas en retard" ? Ce serait un pléonasme.

Je suis heureux. J'entrevois un monde enfin moderne où les trains qui s'en tiendront à l'heure de départ affichée seront les plus vulgaires. Ce seront des trains d'assistés. L'élite des voyageurs sera capable de repérer les modificateurs les plus complexes, révélés sur les supports les plus volatils. Et ils auront à n'en pas douter leur carte de "voyageur d'élite" qui donnera droit à un repas gratuit dans les trains où l'embarquement et le départ seront distants de plusieurs heures.

J'attends la prochaine étape où on me demandera, sur des pages cachées du site internet du transporteur, de prendre à Lyon mon train au départ de Grenoble.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Mercredi 30 mai 2007
Nous voyons de plus en plus, sur les produits alimentaires :

"Sans sucre ajouté"
"Sans conservateur ajouté"
"Sans colorants ajoutés"

Comment se fait-ce ?

Aujourd'hui, les procédures qualité, et leur assortiment de contrôles, sont extrêmement strictes. Le fabricant n'y va plus comme il le juge. On lui fait savoir que jusque là il prenait la liberté d'ajouter des conservateurs dans nos aliments sans aucune discipline et qu'il est temps d'y mettre bon ordre.

C'est vrai. Ajouter du conservateur, c'est trop facile. Par conséquent, les organismes qualité imposent dorénavant au fabricant la contrainte suivante : il faut les mettre au début. Du coup, la méthode de production est mieux cadrée. La qualité peut être certifiée.

Exemple.

Je suis un producteur de yaourt. Je suis mû par un désir irrépressible de fabriquer du yaourt. Je suis ipso facto soumis à qualité.

Je saisis une cuve que nous appellerons "A", d'une contenance de 1.000 (mille) litres. A est totalement vide au démarrage du procédé. Excepté bien sûr une très fine couche de détergeant puisqu'il faut bien nettoyer les cuves vides. Je verse dans A 1 (un) litre de conservateur. Je regarde : rien ne se passe. J'ajoute 998 (neuf cent quatre-vingt-dix-huit) litres de lait pasteurisé ainsi que 9.980.000.000.001 (neuf trillions neuf cent quatre-vingt milliards et une) bactéries de lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus et streptococcus salivarius subsp. thermophilus vivantes (*). Je dépose une goutte de grenadine pour l'arôme et la couleur, pastel donc. Je laisse reposer quatre heures à 45 (quarante-cinq) degrés centigrades. Puis je brasse pour donner à l'ensemble une consistance fluide. Parce que j'aime bien.

Si je veux vendre mon yaourt, je peux lui apposer la certification "Sans conservateur ajouté" puisque comme nous l'avons vu, ce sont les ingrédients qui sont ajoutés au conservateur et non le contraire.

Je goûte mon yaourt. Ciel ! Je n'ai pas mis assez de conservateur ! Rien n'est perdu mes amis. Je saisis une deuxième cuve que nous appellerons "Julie", d'une contenance de 1.000,5 (mille virgule cinq) litres. Julie est aussi totalement vide sauf détergeant. Je verse au fond de Julie 500 (cinq cent) millilitres de conservateur, puis je transvase dans Julie tout le contenu de A. Je mélange. Je respire : je suis sauvé.

Dans le cas où l'usage veut que le produit contienne à la fois des colorants, des conservateurs et beaucoup de sucre, il est important de les déposer dans Julie ou toute autre récipient adapté en suivant l'ordre où ils sont mentionnés sur l'emballage. Cela permet d'avoir une qualité de complexité croissante quand le produit lui-même est plus complexe. C'est dans l'ordre des choses.

En guise de simplification, on a laissé au fabricant la possibilité d'apposer "Sans conservateurs ajoutés" (au pluriel) s'il n'en n'a incorporé qu'un seul, quel que soit l'ordre de préparation. Faut laisser un peu de marge quand même.



(*) Il faut en mettre dix millions, vivantes, par gramme de partie lactée au moins. J'en ai mis une en plus pour être sûr. Un accident est vite arrivé.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Mardi 22 mai 2007
-- Et ça, c'est quoi ?
-- C'est la Grande Ourse.
-- Et ça ?
-- C'est Cassiopée.
-- Et ça ?
-- C'est le réverbère.
-- Et ça ?
-- C'est le Grille-Pain, avec la Petite Tartine et la Grande Tartine.
-- Et ça ?
-- C'est Terminé. On va se coucher.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Dimanche 20 mai 2007
Pour une fois, je vous fais profiter de mes dernières lectures.


Et on tuera tous les affreux. Vernon Sullivan (pseudo de Boris Vian).

J'ai relu ce roman dont je ne me rappelais pas tant que ça finalement.

Vian a écrit, à ma connaissance, quatre romans sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Les deux premiers sont des romans noirs. "J'irai cracher sur vos tombes", "Les morts on tous la même peau". De la violence. Du sesque. Du racisme. Une ambiance lourde et glauque. L'Amérique profonde, quoi. Boris Vian était un grand passionné d'Amérique et de Jazz (entre autres). Je crois que c'est lui qui parle par la bouche de son personnage principal quand Lee Anderson explique que les noirs sont à l'origine de toutes les bonnes musiques de l'époque. On connait (ou pas) son admiration pour Duke Ellington et ses exploits à la trompinette.

"Et on tuera tous les affreux" est le troisième de Sullivan (je n'ai pas lu le quatrième). On y retrouve violence et sexe mais c'est nettement plus léger, et il n'est pas directement question des noirs. Disons que c'est plus subtil. Comme les deux premiers, il est écrit à la première personne. Un bon ton décalé comme je les aime. Du factuel. De l'action. Des jolies filles. Plein. Des muscles et des mâchoires carrées. Vraiment tout plein de jolies filles. Partout. Des morts violentes mais c'est pas grave. De la bonne humeur du début à la fin. Et des jolies filles. Je l'ai déjà dit mais y'en a tout le temps.

Je préfère le dernier tiers, je trouve que Vian se lâche un peu plus. Deux extraits pour l'ambiance :

"Quand je reprends conscience - un quart d'heure plus tard - le décor (que je n'ai pas eu le temps de vous décrire) est toujours le même. Il y a un beau tapis indien par terre, avec quelques taches d'un rouge sombre car nous avons tous saigné un peu partout. Les meubles sont garnis de cuivre, ils doivent être en acajou, mais je ne garantis rien."

"Il prend une grosse jumelle et me la tend. Moi, j'ai laissé la mienne au campement, naturellement.
-- Regardez ça...
Je regarde... C'est flou ; je tourne la molette...
ça, alors ça... C'est marrant."


La nuit des temps
. Barjavel. 380 pages.

Page 1. Ahhh. Enfin un Barjavel ! Depuis le temps qu'on m'en parle. Voyons cela...
Page 10. Un peu gnangnan mais bon, c'est sûrement l'époque qui veut ça.
Page 45. C'est tout le temps comme ça alors ?
Page 52. Houlaaa, je sens venir la bonne grosse morale mièvre et poisseuse à la fin, je ne sais pas si je veux participer à ça.
Page 78. C'est un peu lourd les violons. Normalement j'arrête, mais quand même, c'est Barjavel. Allez, on s'accroche.
Page 91. Ah, je me suis trompé. La leçon elle est pas à la fin, elle est tout le temps. Comme quoi, ça valait le coup de continuer.
Page 97. Finalement ça m'aurait sûrement intéressé quand j'avais 18 ans. Ou moins.
Page 112. Je vais essayer de lire en diagonale, ça passera certainement mieux. Plus vite, en tout cas. C'est Barjavel, faut faire un effort.
Page 125. J'en peux plus. J'arrête.

Barjavel vainqueur par KO au troisième round.


Exercices de style. Raymond Queneau. 99 versions d'un fait.

Encore une relecture. On ne présente plus les exercices de style de Queneau. Si ? Pas envie.

On sent qu'il s'amuse. C'est très plaisant, en particulier les clins d'oeil à sa propre démarche. Certains textes purement formels, comme Synchises, Anagrammes, Aphérèses, Apocopes... ne m'intéressent pas trop. J'ai trouvé d'autres variantes, par contre, succulentes. Ampoulé, ou Comédie, par exemple. D'ailleurs, Comédie me donne des idées. C'est un livre qui vaut le détour, dans tous les (99) cas.


Pour la suite, entre autres choses, je vais attaquer un pavé sans sucre : L'éducation sentimentale de Flaubert (Gustave).

Ce n'est pas ce qu'il y a de plus riant. Seulement, il s'agit d'un autre classique ("incontournable") de la littérature française et j'imagine qu'il faut bien en passer par là après des années de contournement. Plus jeune, je n'avais pas réussi à dépasser le premier tiers de "Madame Bovary". J'aurais peut-être du mensualiser. C'était le début du lycée, aujourd'hui je suis certainement plus patient et plus sage. Moins patient et moins sage ? Je vous en prie, on se connait pas. Je trouverai peut-être ici et là dans les pages de Flaubert le petit quelque chose que j'aimais tant chez Balzac. Quoique je ne suis pas certain de retrouver aujourd'hui chez Balzac ce que j'aimais tant chez Balzac.

Qu'importe, je me lance. Si je n'arrive pas au bout, je ne vous le dirai pas.
par Impromptu publié dans : Des livres
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Mercredi 16 mai 2007
Un participation aux impromptus littéraires. Je n'ai plus besoin de vous indiquer le lien dans la colonne de gauche, vous connaissez la maison.
La contrainte, c'est le titre.



Je lui dis "allez, reprends toi. Ce n'est pas la fin du monde. Tu l'oublieras." Mais ça ne fait que le déprimer davantage.
Je lui dis "c'est vrai qu'elle avait un petit charme exotique, mais elle était bien trop petite pour toi, enfin !"
Je lui dis "arrête de te mettre au soleil comme ça, c'est du suicide. Des marantha, quand t'en perds une..." C'est peut-être un peu maladroit, non ?
Je lui dis "Benji, tu bois trop ! C'est pas bon pour toi, tu le sais bien." Je l'appelle Benji, il n'aime pas "Benjamina", il trouve que c'est trop commun, surtout chez les ficus.
Je lui dis "tu vas attirer les cochenilles à continuer comme ça. Tout vous séparait, admets-le. Vous ne partagiez même pas le même pot !" Là, j'admets que je n'avais pas facilité les choses entre eux.
Il s'en fout de tout ce que je lui dis. D'ailleurs, je suis sûr qu'il m'en veux.
Maintenant il n'a plus qu'une feuille. Il ne me reste plus qu'une chose à faire : lui offrir son dernier verre. Quelque chose de fort.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Dimanche 13 mai 2007

L'épicerie en face de chez moi est un "petit Casino". On y mise de l'argent pour gagner nourriture, boissons et petits objets de la vie courante. Le lambrequin du store vert indique trois fois : "Mon épicier est un type formidable".

Bon sang que je n'aimerais pas travailler sous cette étiquette. Devoir tous les jours ouvrés être un type formidable est au dessus de mes forces. Pour commencer, je ne pourrais pas être reçu à l'entretien d'embauche. A la question : "à quelle fréquence vous dit-on 'vous êtes un type formidable' ?" je ne pourrais pas répondre "plusieurs fois par jour" (ce qui me placerait dans les premiers choix) ni même "une ou deux fois par semaine" (pour les seconds choix).

Je vivrais dans la crainte permanente du contrôleur qui, incognito, noterait mon comportement de manière impartiale. Comme vous le savez, un sondage est régulièrement proposé à la clientèle des épiciers soumis à cette évaluation. La question est simple.

Votre épicier est-il un type :
( ) Très con
( ) Con
( ) Quelconque
(X) Sympa
( ) Formidable

Je recevrais copie de rapports accablants.

Durant la semaine du lundi 5 au samedi 10 janvier, l'épicier monsieur Lepage n'a pas été formidable :
-- Mardi 6 janvier de 9h30 à 10h15.
-- Jeudi 8 janvier à 19h25 ("fermant un peu plus tard que d'habitude, lorsqu'un dernier client est arrivé, l'épicier Lepage n'a pas complètement relevé le volet métallique, obligeant le client à baisser un peu la tête pour passer ; c'était sympa de le laisser entrer mais le geste n'était pas formidable").
-- Samedi 10 janvier de 8h45 à 8h55.

Et ma commission en serait réduite d'autant.

Quand je fais le bilan de ma vie professionnelle, je me rends compte que je ne suis peut-être pas assez formidable. J'irai voir si, en dehors de ses heures conventionnelles, mon épicier ne pourrait pas me former un peu.

par Impromptu publié dans : Des avis
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