Mercredi 26 décembre 2007
J'ai fait une réponse rapide à la consigne numéro 60 du site Paroles Plurielles. L'exercice consiste à composer un texte de 2000 signes au plus, constitué d'un maximum de tics de langage, ces expressions et mots généralement creux dont nous ponctuons nos phrases par habitude (les exemples donnés sont : tout-à-fait, quelque part, effectivement, pas de souci, que du bonheur, c'est trop, j'ai envie de dire, oui mais non, y pas photo). Le texte doit être un monologue intérieur de quelqu'un qui doit prendre une décision sans y parvenir.

J'ai introduit ici vingt-six tics de langage. Certains sont répétés, certains ponctuent régulièrement mes propres phrases (à l'oral). Vous pouvez vous amuser à les trouver. Si vous en découvrez plus de vingt-six, merci de ne pas me le dire : ce serait embarassant.




S'tu veux, je voudrais dire qu'au niveau de... de mon mental, tu vois, vraiment j'le sens pas. En fait.
Trop vague.
Tes trucs, là, c'est très bien en un sens, mais tu n'es pas sans ignorer que ce n'est pas trop mon truc. Ou mes trucs, j'avais commencé avec plusieurs trucs. Ou c'est pas plutôt "sans savoir" ?
Trop dangereux.
Ecoute, mon pauvre, tu trouves pas ça un peu téléphoné quelque part ? Si tu vois ce que je veux dire.
Trop arrogant.
Dis, tu sais, c'est pas ma tasse de café, ça. Vraiment.
C'est pas du thé, normalement ?
Je m'enfonce, c'est clair. Faut que je m'affirme, c'est fondamental. Tout en restant correct, c'est fondamental pareil.
Je vais m'en sortir. Je dois rester à l'écoute, faire face.
Mais bon, si ça se trouve, il ne va même pas me proposer du sel, il va me passer le poivre en fait.
Et je lui dis quoi, alors?
'tain, je vais pas m'en sortir en fait.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Lundi 24 décembre 2007
Ce bref article est destiné aux anglophones. Je présente mes excuses aux autres et j'espère qu'ils reviendront un jour. Mais un blog est internationnal ou il n'est pas.

Je viens d'ajouter un lien dans la colonne de gauche. Il vous conduira à l'une des meilleures sources d'information américaines : le journal "The Onion". Ce journal va bien au-delà du bout ultime des sentiers battus. The Onion creuse encore quand le journaliste commun s'est arrêté de fouiller depuis longtemps, et déterre la vérité toute nue, qu'il recouvre tout de même d'un voile pudique avant de la montrer à la foule. Ou bien il la recouvre d'une petite nuisette rose avec un liseré noir en dentelle parce que c'est plus sexy. Vous y trouverez ce que vous ne verrez nulle part ailleurs.

J'ai appris son existence par un collègue il y a environ deux ans. J'aurais dû le signaler ici depuis longtemps mais je voulais le garder pour moi. Seulement je viens de découvrir qu'il ont à présent un magazine télédiffusé : ONN (Onion News Network). The Onion est un journal moderne, et je ne peux pas le taire plus longtemps.

Bien entendu, compte tenu de son origine, il faut parfois élaguer les articles de The Onion de ce qu'ils ont d'américano-américain. Cependant, même dépourvue de 82% de sa masse, cette information reste inestimable.

Quelques titres présentés par ONN aujourd'hui, parmi de nombreux autres:

"Domestic Abuse No Longer A Problem, Say Bruised Female Researchers"
"Controversial Tell-All Book Reveals Wrestling Fans Are Fake"
"Beyonce Unhurt After Stray Bullet Miraculously Hits Passerby Instead"
"World's Oldest Neurosurgeon Turns 100"
"Human Head Found In Hamburger"

Dans la version texte, c'est la section Science and Technology que je consulte le plus souvent. Quelques articles encore en ligne:

 "Archaeologist Tired Of Unearthing Unspeakable Ancient Evils"
"Absent-Minded Professor Says Cure For Cancer 'Around Here Somewhere'"
"Intensive Five-Year Study Finds Five Years A Long-Ass Time"
"Mean Scientists Dash Hopes Of Life On Mars"

En actionnant le lien, vous vous rendrez compte très vite que l'équipe de The Onion est parfaitement consciente de la valeur de ce qu'elle propose. En effet, ce qui est précieux doit forcément être difficile à trouver. Par conséquent, le site internet est fouillis, surchargé d'annonces en tout genre, vous emmène à des endroits inattendus (généralement non souhaités), présente une structure compliquée et la navigation réserve quelques mauvaises surprises (par exemple lorsque vous cherchez à visionner plus d'une émission ONN à la suite). Nous n'en attendions pas moins.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Mercredi 12 décembre 2007
Quoi de plus divertissant que la lecture d'un numéro de la revue "Neuro-Psycho Pour De Rire" (NPPDR) ? C'est un émerveillement sans fin que je vous fais partager autant que mes mots me le permettent. Il y a tout de même un niveau de félicité intraduisible, et je m'en excuse.

La NPPDR, c'est une profusion jamais tarie de souris et de rats dont la seule préoccupation est de jeter la lumière sur nos mystères psychologiques et sociaux les plus intimes. C'est un jaillissement continu de découvertes merveilleuses qui portent notre bien-être à un degré presque insupportable. Quelques exemples (issus d'un tirage qui date un peu), car un blog est informatif ou il n'est pas.

Nous savons aujourd'hui que nous autres gourmands, si nous voulons ne pas être tentés par de la nourriture (pour des raisons qui m'échappent), il suffit que nous fixions notre "imagerie visuelle (mentale) sur des objets, lieux ou personnes qui n'ont rien à voir avec la nourriture". Cela a été montré avec des appareils de pointe. C'est fantastique. Toutes ces années, je croyais naïvement que pour ne pas être tenté par quelque chose, il fallait penser à autre chose.

Je découvre que les gens sensibles sont "cardio-perceptifs". Ils ont en d'autres termes la conscience que leur coeur s'emballe. Ce qui en retour fait d'eux des gens sensibles. Je dois reconnaître que je suis cardio-perceptif comme une jeune fille.

Un autre cadeau. Lorsque nous sommes impliqués dans une discussion argumentée, un sentiment de colère ou de contrariété peut améliorer nos facultés d'analyse d'un problème : pour réfuter la position de son vis-à-vis. Cette colère nous rend plus efficaces. Par contre elle nous rend plus sensibles à certains biais comme la provenance de notre interlocuteur (s'il est une sorte de concurrent par exemple) qui nous fait adopter un point de vue en conséquence. Bref nous devenons plus efficaces dans une direction plus facilement biaisée. Il y a du bon et du moins bon, en somme, sans compter la tendance à recourir au traditionel argument de la main dans la gueule, qui peut mener à des sommets insoupçonnés dans la dialectique. En conclusion, être en colère c'est bien mais pas souvent. Il faut que je m'en rappelle, au boulot.

Une étude sur le lien entre intelligence et richesse m'a particulièrement intéressé. Déjà, elle est présentée par "une étude réalisée dans l'Ohio auprès de 7406 américains constituant un échantillon représentatif de la société." Remarquez que le point final se situe à l'intérieur des guillemets, et j'apprends ainsi que sur le plan social, je suis représenté dans l'Ohio. C'est un statisticien qui l'a dit. On apprend que l'intelligent n'est pas riche, bien qu'il gagne mieux sa vie. En effet, il dépense plus, et l'auteur en conclut que les femmes recherchent les hommes intelligents car ils présentent la perspective de revenus "récréatifs" (sorties, voyages, cadeaux, etc.). La modestie m'interdit de révéler à ce stade que mon QI se situe entre 213 et 221, et que je suis d'un naturel récréatif. Quoi qu'il en soit, alors que j'attendais une considération sur "est-il intelligent d'accumuler de l'argent ?", le journaliste me surprend agréablement en me prodiguant des conseils de séduction (qui dans ce cas précis rime avec consommation). C'est toujours bon à prendre.

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. Notre journaliste pose une question d'actualité : "vous avez encore essayé d'arrêter de fumer, mais vous avez de nouveau échoué ?" Je ne suis pas concerné, j'ai réussi d'arrêter de fumer à chaque essai, et il y en a eu beaucoup. L'article s'adresse plutôt aux perdants. Il révèle que ces échecs sont peut-être dus à un tempérament colérique, attisé par le manque. On apprend donc au lecteur que s'il n'est pas foutu d'arriver à quelque chose, c'est qu'il a certaiment un caractère de merde. J'aime les revues engagées. Afin d'en avoir le coeur net, on nous propose un petit test, vingt questions, qui permet d'obtenir un score de caractère de merde. On répond de "pas du tout d'accord" (1 point) à "tout à fait d'accord" (5 points). Question 2 : "j'ai vraiment mauvais caractère" (je me suis mis zéro points). Question 7 : "je perds mes nerfs au moins une fois par semaine" (mais je les retrouve chaque matin, 1 point). Question 14 : "je me sens tendu" (il y a aussi des questions intimes, 5 points). Question 20 : "je pense que les gens essaient de profiter de moi" (car en plus d'être colérique, je suis une bonne poire, et peut-être un brin parano, 4 points). Il y a ensuite différents conseils en fonction du score total que l'on a obtenu, comme par exemple de consulter un psychologue, faire un effort, ou lire un livre qui explique comment gérer sa colère. Comme j'avais compris qu'il fallait faire le moins possible, j'ai beaucoup répondu "pas d'accord" et j'ai été félicité par ma revue ("Moins de 40 : Félicitations," etc.). Je déplore la disparition, au moment de la distribution des prix, du thème du départ, à savoir l'arrêt de la cigarette. Je crois qu'ils n'ont pas osé écrire que si on a un caractère de merde ce n'est même pas la peine d'essayer : on a une bonne raison de se planter. Il y a des limites à l'engagement dans le journalisme scientifique.

par Impromptu publié dans : Des connaissances
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Dimanche 9 décembre 2007
Mes amis, comme vous le savez l'aventure d'un blog ne dure qu'un temps. Au bout d'un intervalle plus ou moins long l'auteur(e) en a ras le turban et n'a plus envie d'exposer le fruit chéri de ses entrailles, quelque forme revête ce produit. Ou alors il (elle) n'a plus rien à raconter. Ou encore son blog avait un objectif précis, le plus souvent inconscient, et le but se trouve soudainement atteint. Le slip d'honnêteté qui m'habille lorsque je me présente à vous m'impose de vous avouer que pour moi, le temps d'arrêter d'écrire des bêtises n'est pas encore venu. Mais bien entendu cela peut arriver n'importe quand.
Certes, la fréquence de mes interventions n'est plus celle de mes débuts, où la verte sève abondait dans mes doigts. Qu'importe, il en reste et vous êtes d'autant plus patients qu'en quelque sorte vous n'avez pas le choix. J'ai dernièrement lu un blogueur reculer devant la charge en annonçant sérieusement : "un blog est quotidien ou il n'est pas". Les gens ont parfois le chic pour extraire des règles du fond de l'air. Heureusement, je n'ai pas ce talent. Je suis cependant obligé de faire le point sur mon blog car je suis arrivé au deux centième article, et un blog fait le point à chaque centaine d'article ou il n'est pas.
J'ai décidé de vous dévoiler aujourd'hui une partie des coulisses. Nous allons explorer ensemble les statistiques de ce blog. Vous n'en n'avez peut-être rien à faire mais cette nouvelle version de blog (*) avec module statistique avancé doit bien servir à quelque chose. Pour vous consoler, dites-vous qu'il sera souvent question de vous.

Ce blog est confidentiel. Je reçois chaque jour entre quarante et soixante "visites uniques". "Visite unique" signifie que si un même numéro IP (identification de la connexion, souvent associée à un ordinateur donné s'il se connecte avec un "IP fixe") se connecte mille fois sur le blog dans une journée, une seule visite sera comptabilisée. Je le sais, j'ai essayé. J'estime à environ cent vingt le nombre de mes lecteurs réguliers (<= vous êtes ici). Ce taux de visites ne change pas depuis au moins un an. Elles ont culminé entre soixante et soixante-dix à l'époque où j'écrivais presque quotidiennement. Le record de visites en un jour depuis la naissance de ce blog est quatre-vingt-quatorze.
Pour augmenter le nombre de visites, j'ai pensé faire des dessins quotidiens, ce qui m'aurait attiré cinq cent visites de plus puisque je ne sais pas dessiner. Mais j'ai eu la flemme. J'ai pensé me faire passer pour une fille qui raconte sa vie, ce qui m'aurait octroyé deux mille visites supplémentaires, mais cela aurait pu déteindre sur mon comportement et m'attirer des problèmes au boulot (j'ai remarqué qu'un soutien-gorge se voit sous le T-shirt). J'ai pensé passer mon temps à écrire des commentaires sur des blogs célèbres mais tellement peu d'idées me sont venues face au contenu que j'y trouvais que je me suis dit bah. Je suppose que vous savez qu'écrire des commentaires ici et là est la meilleure façon d'augmenter le nombre de visites (après être une fille et dessiner). Finalement, j'ai opté pour une autre possibilité : ne pas chercher à augmenter le nombre de visites. C'est fou le temps que je gagne.

La suite des données statistiques ne peut être consultée que pour le mois qui précède, au plus loin. J'aurais aimé avoir accès aux données de l'année, mais je suppose qu'il faut payer pour ça.

Qu'êtes-vous allé lire ce dernier mois ? En toute première position "La Grande Pyramide" (67 visites en un mois). C'est l'une des deux seules nouvelles accessibles ici. On pourrait se dire que plus c'est long, plus c'est consulté, mais il faudra nuancer ce jugement face aux statistiques de provenance des visites. Derrière, "L'homo sapiens" (46 visites), "Une viennoiserie ?" (39), "Témoin de famille" (39), "Limoger" (35) et "Un pas vers la qualité" (28). J'anticipe un peu en vous révélant que ce n'est pas la récence ni le thème qui compte, mais le référencement. Peut-être devrais-je continuer de placer des liens d'un article à l'autre.

D'où venez-vous ? C'est la partie la plus intéressante de ce module statistique. Remarquez que c'est aussi la plus indiscrète. 16% des visites de ce dernier mois proviennent de moteurs de recherche, principalement notre ami Google (**). La moitié environ provient de liens placés sur d'autres sites, y compris le liens vers mon blog que je précise lorsque je fais des commentaires chez les gens.

Voyons d'abord les liens. Le lien qui m'apporte le plus de visites (19 dans le mois) se trouve sur la page de liens de Une Case En Moins, UCEM pour les intimes. J'ai d'ailleurs mis cette page de liens en lien sous "Le bouquet", dans la colonne de gauche. Ensuite vient le lien sur la page de liens de l'Oncle Dan (18 visites). Quelle star, cet Oncle Dan ! UCEM et Oncle Dan méritent bien que je fasse un peu de pub pour eux. J'ai tout de même une préférence pour Oncle Dan parce qu'il participe, et par conséquent je le connais un peu mieux. Je vous recommande de leur rendre une petite visite. En troisième position vient mon amie Jacotte, qui m'a apporté 13 visites le mois dernier, par l'intermédiaire de la liste de liens sur son blog.
Ensuite, un site de téléchargement de musique mp3 m'a apporté 9 visites, ce qui m'a intrigué au moins plusieurs minutes, parce qu'il n'y a dans ce site que des liens vers des morceaux de musique (payants). D'après moi, ce site "envoie" des visites sur des blogs afin que les blogueurs soient au courant de leur existence. Ces 9 visites ne sont pas du tout des personnes qui ont lu le contenu des articles. Leur truc a marché pour moi. Maintenant je suis client chez eux (malheureusement, je ne sais pas comment placer des morceaux de musique sur le blog). Enfin, dernier pourvoyeur notable, le célèbre Davy (Mourier) du site BadStrip. Je vous recommande une visite. Si vous êtes rebuté par les dessins du moment, allez explorer les archives, il y a de très bonnes choses.
Il y a encore quelques liens sur des blogs amis. Ces liens apportent des visites régulières. Il y a aussi les apports occasionnels causés par un commentaire ici et là. Lorsque je place un commentaire sur le blog de Maëster, par exemple, je récolte quelques passages. Mes traces statistiques m'apportent quelques découvertes intéressantes. Ainsi, un moteur de recherche Québéquois sollicité par "maison thérapie Lepage" (renvoie sur "Consultations Vonkushe et Lamarthe"), m'apprend qu'il existe une "Maison Jean-Lepage" au Canada. C'est un centre de désintoxication, dont un malfrat est soupçonné s'être servi comme plaque tournante pour un trafic de cocaïne (ce sont les progrès du marketing). Je constate aussi qu'il existe toute une théorie de moteurs de recherche qui ne sont pas considérés comme moteurs de recherche, ainsi ceux de Free ou Orange, ou le moteur interne de mon fournisseur de blog. Et puis j'ai reçu au moins une visite en provenance de mon propre blog. C'est encourageant.

Les mots clef à présent. C'est le plus amusant. Par quels mots clef les visiteurs imprudents ont-ils été introduits dans ce lieu de perdition. En perte de vitesse, mais resté de nombreux mois au top du classement : "pourquoi l'histoire ?" Ces mots sont le titre du tout premier article de la série historique, et quand ils sont soumis à Google, mon blog sort en tête de liste. Je crois que je vais peaufiner prochainement cet article, je tiens à apporter le meilleur à tous ces internautes tiraillés par le doute : doivent-ils s'intéresser à l'histoire ? Ma mission est justement d'apporter une lueur dans la nuit, quelle que soit la nuit.
Je me rend compte que sur les vingt-neuf ensembles de mots clef qui ont été à l'origine de la plupart des visites provenant de Google, quatorze sont des recherches historiques, ou du moins ont abouti à l'un des articles de la série historique. La moitié concerne les pyramides. En vrac (en respectant l'orthographe) : "qui a inventer les pyramide", "la pyramide du pharaon khoufou", "pyramide tombe pharaon", "chantier de pharaon", "quelle taille fais la plus grande pyramide", "contre maitre des pyramides", "images sur le jugement d'Osiris". J'en tire un certain nombre de conclusions. Une lourde responsabilité m'incombe. Ce blog est l'aboutissement d'une quantité importante de quêtes de connaissance historique. L'apprenti assoiffé de savoir qui arrive ici a une chance qu'il mesure probablement mal, puisqu'il est apprenti. C'est à moi de lui rendre la vérité, enfin dévoilée sur l'histoire de l'humanité, plus attrayante, afin qu'il reste parmi nous et chemine vers l'illumination plus prestement que ses congénères. Deuxièmement, je sais que mes articles historiques draineront plus de visite, car ils contiennent des mots clef qui sont relativement caractéristiques d'une recherche sur internet, des noms, des événements, des monuments. Enfin, je suis moins étonné que mes révélations concernant la Grande Pyramide aient suscité autant d'études. Le sujet est chaud. D'ailleurs, je pourrais bien en dire un peu plus prochainement.
Le mois dernier, le mot clef qui a le plus été utilisé est "Romain Lardanchet". J'ai mentionné son nom au détour d'un article il y a plus d'un an. Aujourd'hui, il a une gallerie sur le web, qui a été précisée dans un commentaire de cet article. L'effet de ces répétitions de son nom ont eu pour résultat que lorsqu'on effectue une recherche "Romain Lardanchet" sur Google, on aboutit à ce blog-ci, où l'on peut trouver le lien vers chez ce monsieur (qui aura intérêt à soigner son référencement s'il veut cesser de dépendre de moi). Encore une lourde responsabilité. Heureusement que lorsque je soumets "Monsieur Lepage", c'est également mon blog qui apparaît. D'ailleurs, l'un des mots clef répertoriés dans mes statistiques est "mr lepage", et cela me remplit de joie. A trois occasions, une personne le mois dernier a cherché explicitement le blog de Mr Lepage. C'est entièrement autre chose que d'y aboutir au hasard des indices.
Parmi les autres mots clef, nous trouvons par exemple "catherinette qui aime l'art", "mon boulanger est un type formidable", "photos de photomathon ratées" (j'apparais en page 1, mais si on retire la faute d'orthographe, j'apparais en page 3, ce n'est pas flatteur), "je sui tres desole" et pour faire bonne mesure un zeste de grivois avec "image fesses". Finalement, c'est plutôt strict, ici.

Voilà beaucoup d'informations sur vous. Et peut-être bien plus encore avec de possibles prochaines versions de blog. Et pourtant, à quelques rares exceptions près, je ne sais toujours pas qui vous êtes.




(*) J'ai appris que tout le monde ne profite pas de cette nouvelle version, qui n'a été "proposée" qu'à une partie des blogueurs domiciliés chez mon fournisseur de blog. Par exemple, mon amie Jacotte n'y a pas eu accès, et c'est bien dommage. Je ne vois pas très bien l'intérêt de maintenir deux versions en parallèle. Sauf bien sûr si on le fait pour le plaisir.
(**) "Google est ton ami".
par Impromptu publié dans : Des anecdotes
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Jeudi 6 décembre 2007
Il faut faire quelque chose. Ceux d'entre vous qui prennent occasionnellement le train sur de longues distances savent de quoi il retourne. Vous avez certainement remarqué : la situation s'aggrave, ils sont toujours plus nombreux et toujours plus désemparés. Ces gens sont le plus souvent détestés ou ignorés, alors qu'ils ont tant besoin de notre aide. Il est temps de leur tendre la main (pacifiquement).

J'irai droit dans le pot. Quelle que soit l'assurance que peuvent afficher ces pauvres passagers, ils ne feront pas illusion sur leur condition. L'énergie qu'il faut pour crier sa vie dans un combiné trois heures durant en public ne peut provenir que du désespoir. Reconnaissons-le, le téléphone portable est un prétexte.

On me dira qu'ils s'en foutent des autres mais on ne me la fait pas. Se foutre de quelque chose consiste à ne rien faire pour provoquer cette chose ni pour l'éviter. Or, parler fort en public est un métier. Il y a des cours pour cela, des aptitudes aussi, voire des talents. C'est très utilisé au théâtre, par exemple. Cela se travaille des mois durant (et certaines personnes sont payées pour cela). Ce n'est pas un automatisme : parler fort en public sur une longue durée dénote une volonté de se faire entendre. De qui ? Des autres passagers, y compris les enfants et les animaux domestiques quand il y en a. On ne me fera pas croire que quelqu'un qui s'en fiche parlerait des heures à un chien qu'il ne connaît même pas.

On me dira qu'ils sont trop paresseux pour aller en coursive, mais on ne me la fait pas non plus. Je peux vous assurer, et n'importe quel professionnel du spectacle sera d'accord avec moi, qu'effectuer un one-passager-show durant plus de deux heures, même assis, est un travail exténuant. Faire attention à ce qu'on dit autant qu'à sa voix, ne pas sembler ridicule... tout cela demande une attention soutenue. Alors qu'après un tout petit déplacement ils peuvent se trouver en privé et dire ce qu'ils veulent comme ils veulent ? Ces gens-là travaillent pendant que nous voyageons.

On me dira que pour des raisons diverses, il est nécessaire qu'ils communiquent immédiatement quelque chose à un correspondant distant, mais on ne me la fait toujours pas. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Au bout du fil, une personne. Dans la voiture, une cinquantaine de personnes. De toute évidence, le vrai destinataire n'est pas au bout du fil. Quant à ce qu'ils disent, vous reconnaîtrez avec moi que la désolante vacuité du message est la toute première chose qui nous frappe dès lors qu'on y porte attention.

On me dira qu'il s'agit simplement d'exhibitionnisme, mais n'insistez pas, on ne va pas me la faire aujourd'hui. Cette tentative parfois candide, parfois élaborée, de mettre en avant l'aspect trépidant que pourrait avoir leur vie, ou cette manière forcenée de montrer du contrôle sur les hypothétiques interlocuteurs (on peut parfois douter de leur existence puisqu'ils ne sont pas souvent nécessaires) va beaucoup plus loin que la simple exhibition. Vous aurez tous reconnu ce que l'on appelle en psychologie une compensation (ou surcompensation, concept introduit par Alfred Adler entre les deux guerres), qui consiste à faire contrepoids à un mal-être, généralement un sentiment d'infériorité.

Oui, ces gens ont mal. Oui, ces gens souffrent, leur principale caractéristique étant qu'ils ne le font pas en silence. Je ne refuse pas ma responsabilité humanitaire et propose un plan d'aide.

D'abord, un geste simple. Chaque fois qu'un de ces passagers prononce la phrase clé "Je suis dans le train", nous devrions tous nous écrier "On est tous dans le train !". Ainsi, il se sent moins seul. De même, répondons à ses bonjour et à ses au revoir, un peu d'urbanité ne fait pas de mal.

Ensuite, participons à la conversation, sans agressivité, puisque c'est ce que l'on attend de nous. Corrigeons le passager fortement vocal lorsqu'il fait des erreurs de langue, posons des questions lorsque ce qu'il dit n'est pas clair et exprimons notre opinion en particulier lorsque qu'elle est différente de celle qui est énoncée. Ainsi, le téléphoneur constate que l'on fait attention à ce qu'il dit (*). Cela devrait soulager la douleur de son ego, et le fortifier pour les étapes suivantes.

Afin de satisfaire les éventuelles faims de contrôle, très fréquentes chez ces individus égrotants, je propose que leur soit réservé un demi compartiment où ils puissent se réunir et se donner l'un l'autre des indications, recommandations, voire des ordres, qu'ils exécuteraient à tour de rôle. Pour cette étape, je pense qu'il vaut mieux qu'ils restent entre eux et qu'ils aient l'occasion de subir dans une certaine mesure les envies de leurs semblables, pour éviter qu'ils ne prennent de mauvaises habitudes. Le but est tout de même de les aider à décrocher (pour ainsi dire).

Je suggère alors à l'équipementier de nos trains d'intégrer dans le siège un mécanisme qui dispense soit un léger courant électrique, soit une vibration, réglé sur la hauteur de la voix. L'effet recherché est un sentiment d'inconfort proportionnel aux décibels produits et à la durée de production, afin d'aider la personne à parler moins fort. Cela va l'amener à se concentrer sur les personnes proches qui, en vertu des deux premiers points, seront à leur écoute.

Normalement, l'étape suivante devrait consister en une réduction progressive de la capacité des batteries de téléphone. Seulement, je la laisse de côté pour le moment, jusqu'à ce que j'aie trouvé le moyen de n'en pas être affecté.

Progressivement, les patients devraient abandonner l'intermédiaire du téléphone dans leur conversation avec les autres passagers, et adopter un ton civil. Des unités de soutien psychologique seront présentes dans chaque train de grande ligne pour leur faciliter la transition et leur faire voir que dans un train ils ne sont pas coupés du monde extérieur : le monde extérieur est assis à côté d'eux.

Je n'ai pas ouvert les yeux tout seul. Merci à Kamel, ex-publiciste de Lille abondamment gominé, qui m'a fait voyager trois heures dans son bureau. J'espère de tout coeur que l'achat de cette cartouche d'encre d'imprimante s'est bien passé, et je suis tout à fait d'accord avec lui : "fibre commerciale", ça sonne très bien.




(*) Cela peut se révéler extrêmement bénéfique pour lui et il vous en sera reconnaissant. Pour preuve, ce jeune homme un soir, sur la banquette à côté de moi :
-- Où je suis ? Ben dans le train. Ah, où est le train, là ? Je sais pas, je crois qu'on est dans le Jura.
Rires dans tout le compartiment.
-- Bon, vu la réaction des gens, on doit pas être dans le Jura.
Grâce à notre participation, ce jeune homme sait maintenant que l'on fait attention à lui, et qu'il n'était probablement pas dans le Jura.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Jeudi 22 novembre 2007
Il était mon pilote de ligne préféré. L'un de mes admirateurs les plus fidèles, depuis une vingtaine d'années. L'admiration était réciproque.

Il vient d'embarquer pour un voyage très personnel, qu'il entreprend seul, laissant ses amis derrière lui.

J'espère pouvoir aller agiter mon mouchoir. Au revoir Vivian.
par Impromptu
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Lundi 19 novembre 2007
Pour la toute première fois ici, je me vois contraint de traiter d'un sujet d'actualité. La raison n'est pas que cela concerne une contrée pour laquelle je nourris les plus tendres sentiments et où j'espère retourner m'établir bientôt, un peuple que je souffre de voir ainsi déchiré. Laissons ces émotions improductives de côté. Ce qui me coerce aujourd'hui est l'application révolutionnaire d'un principe social que jusqu'à présent personne n'a osé véritablement mettre en oeuvre.

Voici les faits. La partie flamande de la Belgique souhaite se séparer de la partie wallonne de la Belgique. La principale raison invoquée est que la richesse relative des Flandres la contraint de contribuer davantage à la répartition solidaire nationale que la Wallonnie. En résumé, les flamands en ont marre que les riches paient pour les pauvres. En d'autres termes, les riches en ont marre que les flamands paient pour les wallons.

C'est assez difficile à comprendre. Dans une société reposant sur le principe de solidarité, c'est-à-dire où les plus riches aident les plus pauvres, il peut sembler aberrant que les désignés plus riches aient envie de se soustraire au principe fondateur. C'est quelque chose qui ne pouvait jusque là s'envisager ni à l'échelle d'un quartier, ni à celle d'une ville, ou d'une province, ou d'un pays, d'un continent, ni bien entendu à l'échelle du monde. C'est difficile de nous représenter cette situation uniquement par résistance psychologique à un concept étranger. Voyez vous-même. Essayez d'imaginer par exemple qu'en France, les personnes détenant les plus grandes fortunes essaient par tous les moyens de la soustraire à l'Etat répartiteur. Haha. Qui pourrait imaginer une chose pareille ? Les flamands séparatistes, bravo à eux, y sont parvenus.

Mes amis, nous assistons en direct à l'application à l'échelle d'un pays du principe du dernier wagon dans sa version originale (évoqué ici dans sa version soft). Pas moins ! La caractéristique de la version originale est que le dernier wagon est supprimé. Ce principe a été reconnu ici parfaitement valide puisqu'il a déjà été appliqué avec succès auprès d'une population aussi exotique que celle des scientifiques. Nous découvrons en outre que finalement l'histoire du dernier wagon est bien une histoire belge.

Bien entendu, les flamands séparatistes de Belgique ne se contenteront pas d'entrouvrir cette voie sociale pleine de promesses. Ils la suivront jusqu'au bout tel que le ferait n'importe quel peuple de conviction. Quand les Flandres seront indépendantes, les séparatistes se sépareront de leurs femmes au foyer, parce qu'il n'y a aucune raison que le mari contribue plus que la femme au ménage, profitant de l'occasion pour flanquer un bon coup de pied au machisme de notre époque. Puis ils mettront leurs enfants dehors, du moins les plus jeunes, car ils sont improductifs. A la limite, à partir de 6 ans, ils pourraient contribuer. Mais les bébés : à la rue ! Ensuite, entre les quatre provinces flamandes sera établi un classement de revenus qui aboutira à l'exclusion des deux plus pauvres, puis entre les deux restantes de la moins productive. Enfin, la province restante, peuplée d'hommes seuls sans enfants, sera éclusée jusqu'à ce que personne ne soit en position de recevoir davantage du système que son voisin. Quand ce processus parviendra à son terme, le dernier flamand séparatiste pourra se targuer d'être parfaitement indépendant. On pourra d'ailleurs appeler cet homme "Leterme" (si on veut), puisqu'il représente en quelque sorte le bout de cette aventure (et nous en savons un morceau au sujet de "bout").

Vous comprenez que je ne pouvais m'abstenir de joindre mon cri (discret) à cette révolution en marche, et de vous proposer d'être avec moi les témoins attentifs de cette véritable leçon de civilisation.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Samedi 10 novembre 2007
Le site d'écriture Paroles Plurielles (lien à gauche) a dit: écrivez un texte de 2000 caractères maximum en vous inspirant de la photo ci-dessous, qui commence par "Tante Babette prit une profonde inspiration".

PhotoCoumarine4.jpg
(photo de Coumarine)

J'ai fait un gros effort et me suis conformé aux 2000 signes à peu près. Cela m'a fait tellement mal que je ne peux m'empécher de présenter ici la version longue. Je mettrai le "making-of" dans le DVD.



Tante Babette prit une profonde inspiration, humant le café réchauffé trois fois.
-- ET IL VOUDRAIT PAS DES BISCUITS MON GALOPIOT HEIN ?
Elle revint de la cuisine portant un plateau avec les tasses pour les grands, un verre de sirop pour moi, et une assiette jaunasse où gisaient quelques méchants bouts de biscuits rassis. Elle me pinça la joue vigoureusement et secoua.
-- IL AIME ÇA HEIN, MON GAMIN !
Chez ma tante Babette, le volume n'était pas réglé sur la distance. Il n'était pas réglé. Je la regardai, le sourire figé sur mes lèvres, le visage constellé de petites perles de fond de gosier. J'avais ses postillons en horreur. Je les imaginais empoisonnés, infectés. Je les craignais tellement que si l'on m'avait dit qu'ils étaient radioactifs, cela m'aurait rassuré. Je fus bien forcé de les laisser où ils étaient en les imaginant diffuser leur contenu nocif dans mon sang à travers la peau de mon visage. Tante Babette s'assit et se mit à parler à un rythme soutenu.
-- PAS POSSIBLE QUE LES CHIENS DU QUARTIER ME...
Sur un signe d'encouragement de mes parents, je saisis l'une des choses qui traînaient dans l'assiette et me mis en devoir de la grignoter. Je me concentrai pour ne pas vomir. Je savais que même mes parents faisaient un effort. Ma mère disait souvent que Tante Babette nous avait rendu beaucoup service, et qu'on lui devait bien ça. Cela datait tellement que j'étais inclus dans le "nous" et le "on" uniquement par effet rétroactif. Mon père ajoutait parfois "c'est vrai qu'elle a beaucoup servi".
-- ... LUI AI DIT T'AS QU'A LE JETER SUR...
Je ne demandais pas l'Eldorado du petit gâteau. Tant pis pour les monticules de biscuits artistement disposés, si appétissants que même leur couleur ait un goût de beurre. Tant pis pour la variété ou les boîtes neuves. Je n'attendais qu'un ou deux biscuits au moins propres et pas trop vieux. Ce n'était pas grand chose.
-- ...FONCE LE CORNICHON TROP LOIN ET...
En allant chercher mon verre sur la table, je glissai près de la tasse de ma tante l'instrument de ma vengeance : un morceau de sucre que j'avais roulé dans la terre, laissé trois mois sur une étagère pour qu'il y prenne la poussière, puis baladé au fond d'une poche au moins deux semaines. Ma tante l'utilisa sans y prendre garde. Elle but son café. Elle resta pensive en observant sa tasse, et je regrettai aussitôt mon geste : mes parents ne seraient pas contents. Tante Babette prit une inspiration.
-- HIER SOIR AUX INFOS, LE 'TIT BONHOMME QU'ON VOIT SOUVENT DISAIT...
J'appris ce jour là qu'une revanche n'a aucune saveur quand elle a pour l'adversaire les allures du quotidien.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Lundi 5 novembre 2007
Durant un court instant, mes finances se sont stabilisées. Après des années de privation, j'ai pu enfin respirer. Je me suis laissé aller à une débauche : j'ai acheté un produit de grande marque. Que celui ou celle qui ne l'a jamais fait me lance la première pierre. Cela m'a permis de découvrir un autre univers, un monde de qualité. Je sais que le plaisir de la découverte est incomparable, j'ai donc savouré.

Tout d'abord, ma nouvelle éponge vaisselle de grande marque n'a pas tout à fait la même forme que les éponges vaisselle à bas prix qui me sont coutumières. Fini le pauvre rectangle régulier, où l'on sent le chiche d'une découpe économe, sans gâchis. Ici, nous avons un arondi délicat qui tient bien en main après un moment d'accoutumance. Ensuite je constate que le côté vert qui gratte s'assouplit plus vite, ce qui offre un confort de grattage plus rapide. Les autres sont rustiques en comparaison.

Pourtant l'avantage principal n'apparaît qu'après un délai stable d'utilisation régulière. Au terme de six mois de service, le grattant vert s'effiloche en petits bouts qui disparaissent dans la bonde et la partie spongieuse se rabougrit. Mon éponge de marque a le bon goût de disparaître au delà d'un délai convenable. Parce que, mes amis, que fait mon éponge bon marché à la place ? Après plusieurs années elle est toujours là, le côté doré prenant une teinte grise qui ne fait qu'attirer les quolibets de la part de mes invités, et je suis obligé de la mettre au placard en compagnie de dix autres de ses congénères increvables dont je ne sais que faire. Cela manque cruellement de distinction. A présent que j'ai goûté d'une éponge de marque, hah ! je ne pourrai plus revenir en arrière ! Heureusement, elles sont vendues par paquets de trois. Cela me donne un an et demi avant le prochain investissement, ça devrait passer. Au pire, je reprends une des vieilles quelques semaines pour faire le joint.

Comment ces gens de marque font-ils pour nous fournir ces merveilleux produits auto-finissants ? Ils embauchent des experts de cette profession en plein essor : fiabiliste. Outre le fait qu'il nous épargne de lui chercher un féminin, le fiabiliste à l'immense avantage de prévoir en combien de temps d'utilisation tel ou tel élément va se détruire. L'étape suivante est de déterminer quel serait l'élément idéal si l'on veut qu'il se détruise après un temps d'utilisation déterminé. Cela vous semble peut-être anodin, mais faites-moi confiance quand je vous annonce que cet homme, qui peut éventuellement être une femme, nous ouvre la porte vers la modernité.

En effet, un produit moderne est un produit qui finit quand on a prévu qu'il finisse, afin que l'on ne soit pas obligé d'attendre (parfois en vain) une éternité avant d'acheter son remplaçant. Le sommet du raffinement, c'est la prédictibilité. Je SAIS que dans un an la batterie de mon téléphone portable partira en sucette. Je SAIS que dans six mois le système de sécurité de la fermeture du hublot de ma machine à laver se coincera, bloquera tout le programme et m'obligera à appeler le réparateur. Je SAIS que dans 70.000 kilomètres la moitié des pièces de ma voiture seront à remplacer et qu'après 70.000 de mieux je pourrai m'en séparer. Je suis un homme moderne : je peux PREVOIR. Cela me permet d'anticiper la dépense totale de mon salaire sur les vingt prochaines années. Alors ? Qui c'est le patron, maintenant ? Hein ?

Vous imaginez à présent à quel point la fierté me bombe le torse lorsque je me prépare à retirer ma deuxième éponge vaisselle de grande marque de son emballage.
par Impromptu publié dans : Des avis
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Mardi 23 octobre 2007
Avertissement : l'avis du peuple est nécessairement long.

Il y a bien longtemps, je suis arrivé dans la ville où je réside aujourd'hui. Je prenais de temps en temps le bus. C'était risqué, des bandes organisées de contrôleurs rôdaient déjà sur le réseau. Ils pouvaient surgir à tout moment et me prendre au piège. Ils étaient trop nombreux, trop bien équipés, et le bus offrait bien peu de recoins où se cacher, surtout en hiver où les femmes portaient moins de jupes. Il m'arrivait cependant de relâcher ma vigilance, et de me laisser aller à écouter la radio diffusée dans le véhicule.

Ainsi, un matin, je l'entendis pour la première fois. Il faisait froid dehors, et la buée couvrait les vitres. Oui, mes amis, je me souviens parfaitement bien de notre première rencontre. Je me suis dit : "tiens, ils passent des dessins animés à la radio". Il s'agissait d'une sorte de feuilleton court, avec des dialogues, des onomatopées et des bruitages. Les personnages parlaient de façon accélérée, comme s'ils étaient tout petits (*). Cette émission trop courte fut comme une bouffée d'air frais. Pas frais au sens de froid, parce des bouffées comme ça j'en avais plein dehors. Puisque je me rappelle exactement de quel chapitre il s'agissait et que je les ai retrouvés sur la toile, je peux vous retranscrire une partie du dialogue de cet épisode de la série "La maison Slangster", vous allez pouvoir juger (seulement en partie : la rapidité des échanges y fait beaucoup).

Les personnages, un gentil couple, viennent de faire l'acquisition par héritage d'une maison bien inquiétante. Ils rencontrent un voisin au moment d'entrer.
-- Bonjour !
-- Mais qui est ce monsieur ? demande la femme.
-- Je ne sais pas.
-- C'est vous qui allez habiter cette maison ?
-- Comme vous voyez.
-- Je suis aveugle monsieur.
-- Je suis désolé monsieur.
-- Ah, chacun son handicap. Vous savez que même la banque a abandonné l'hypothèque de cette barraque maudite ?
-- J'ai entendu dire.
-- Et en plus c'était toute une hypothèque !
-- Oui, une grosse hypothèque.
-- Une énorme hypothèque !
-- Une hypothèque de taille, oui.
-- Ah c'était une hypopothèque. [...] Il y a eu plusieurs morts subites dans cette maison.
-- On les ramassera les bouteilles.
-- C'est vrai monsieur, ces histoires de gens pendus à la corniche ? demande la femme.
-- Oh ça c'est des histoires à ma grand-mère, repond l'aveugle.
-- Qu'est-ce que je te disais ?
-- Ma grand-mère a été retrouvée pendue à cette corniche en 1936.
[...]
Ils entrent et une musique inquiétante fait monter la tension.
-- Il y a quelqu'un dans le placard ! dit l'homme.
-- T'as entendu quelqu'un dans le placard ?
-- Ben c'est clair non ? Je vais en avoir le coeur net. (bruits de pas vers le placard).
-- Attention ! (ouverture du placard)
-- Eh bonjour ! fait un bonhomme.
-- Mais qu'est-ce que vous foutez là ?
-- Vous voyez bien, c'est moi qui joue la contrebasse. (en effet la musique a cessé quand le bonhomme s'est mis à parler)
-- Mais pourquoi ?
-- Pour donner de la couleur à l'histoire. Plus vous dites des choses affreuses, plus je joue des notes basses.
-- Ah bon.
-- Dites-moi des choses de plus en plus horrifiantes, vous allez voir.
-- Heu... cadavre véreux.
Contrebasse grave.
-- Sandwich au zombie.
Contrebasse très grave.
-- Heu... chanson de Patrick Bruel.
-- Non, là je peux pas aller si bas, je vais la péter là.

J'ai essayé, essayé de prendre le bus à la même heure régulièrement pour en écouter d'autres mais le sort a joué contre moi. Souvent les bruits et conversations couvraient la radio, qui parfois n'était même pas branchée, et il y avait aussi le fait que je n'avais pas besoin de prendre le bus sauf si je voulais m'éloigner de l'endroit où je devais me rendre tous les matins.

Puis il y a eu cette époque funeste où le réseau de transport choisit Nostalgie comme station officielle à la place de Europe 2. Il fallait imposer la radio la moins "jeune" possible, par mesure de représailles envers les étudiants qui ne paient pas. Ce fut horrible. Cela n'a pas duré très longtemps, il y eut trop de suicides. Tous les soirs il fallait décrocher les corps pendus aux mains courantes, au dépôt. Il y eut des pétitions, mais qui se souciait de ces petites gens à qui l'on infligeait du Mike Brant sans la moindre précaution alors qu'ils se rendaient, déjà courbés, fragilisés, vulnérables, au turbin ? Après qu'un chauffeur, qui avait oublié ses boules quiès sur sa table de nuit, ait lancé son bus sur la mairie, la direction assouplit sa position en sélectionnant Chérie FM. Mais tout cela est une autre histoire.

Ce n'est que bien des années plus tard que je retrouvai mes épisodes, chez moi car on n'entendait plus la radio dans le bus, et que j'appris l'essentiel de ce que je sais aujourd'hui sur leur auteur. Je l'ai redécouvert sur la fréquence aujourd'hui mondialement connue en France comme la vitrine du rire français : Rire et Chansons. C'était après l'achat de cette radio par le groupe NRJ, et elle avait déjà acquis tout le propre de la vitrine : tape à l'oeil et sans consistance. Du marketing dans toute sa parade. J'y suis tout de même resté assez d'années pour connaître tous les sketches par coeur. J'assume. Je consacrerai un autre article aux stations de radio.

L'auteur s'appelle François Pérusse, il est canadien (vous l'aurez deviné à l'expression "c'était toute une hypothèque") et les numéros s'appellent "Les Deux Minutes du Peuple". Ils sont généralement remplis de bruitages, effets, situations et calembours. François Pérusse est le plus grand producteur de calembours que je connaisse. En parcourant l'ensemble des Deux Minutes du Peuple, on trouve matière à remplir un dictionnaire du calembour qui comporterait certainement plusieurs milliers d'entrées. Victor Hugo disait que le calembour est la fiente de l'esprit qui vole (j'aurais dit la même chose : moi non plus je n'y arrive pas), vous trouverez dans les Deux Minutes du Peuple un conteneur rempli de sacs de guano.

Le travail est soigné. Les rôles sont joués, les échanges s'articulent très bien. François Pérusse semble faire tout lui-même, ce qui signifie parfois plus de six ou sept voix, qui peuvent toutes parler ensembles ou non, et je ne détaille pas les cris et autres clameurs que l'on peut trouver dans les Deux Minutes du Peuple. Ce type doit s'éclater grave dans son studio, je frissonne rien que d'y penser. Aujourd'hui, les Deux Minutes du Peuple se sont hissées au rang des grands classiques radiophoniques tels que... d'autres grands classiques radiophoniques. Je sais qu'il y en a. C'est devenu un incontournable. En cette êre du multimédia et de l'image, bâtir un grand classique radiophonique tient de l'exploit.

J'ai laissé choir Rire et Chanson depuis des années, mais je suis tombé à nouveau sur les Deux Minutes par hasard, et par erreur, en écoutant la radio sur laquelle je me suis fixé aujourd'hui, Couleur 3, et je m'en porte très bien merci. J'indique "par erreur" parce que Couleur 3, radio suisse, n'était pas sensée diffuser François Pérusse sur le territoire français alors qu'une autre radio avait les droits. Seulement parfois des mélanges se produisent dans les diffusions différentielles entre plusieurs zones pour une même station. Quoi qu'il en soit, j'ai découvert un site internet où plus de cinq cent épisodes des Deux Minutes du Peuple peuvent être téléchargés et je m'en repais régulièrement. Tous les épisodes disponibles sur ce site sont coupés à la fin. J'ai le sentiment que c'est une condition posée par l'auteur qui ne peut ignorer l'existence de ce site : il apparaît très haut lorsque l'on fait une recherche Google sur François Pérusse et les Deux Minutes du Peuple. Je ne doute donc pas que vous le trouviez si vous vous en donnez la peine.

J'ajouterai simplement que la suite de "Maiiiissss" dans le dialogue de l'article précédent (Rouleter) est un petit hommage à cet humoriste qui compte parmi mes principales influences. J'allais forcément rédiger un article à son sujet un jour ou l'autre.

Un dernier petit extrait, qui me rappelle le boulot.
-- Ecoute Robert, je ne sais pas ce que tu as foutu avec cette agence mais il est possible qu'on nous demande de retirer cette pub...
-- Ah non !
-- Il est possible qu'on nous demande des excuses publiques.
-- Jamais !
-- Robert...
-- Il est hors de question de retirer la pub...
-- Ecoute...
-- ...et il est hors de question de s'excuser. Je bougerai pas d'un poil !
-- Mais si jamais...
-- Je... ne... bougerai pas d'UNP... OIL !
-- Mais ça pourrait vouloir dire une poursuite d'à peu près vingt millions contre la société qui elle pourrait te poursuivre.
-- Bon. A la LIMITE...
-- Tu comprends...
-- A la limite je pourrais PEUT-ÊTRE retirer la pub
-- Ouais, ce sera peut-être pas suffisant...
-- Je pourrais...
-- Il est possible qu'il y aur...
-- A la limite, PEUT-ÊTRE m'excuser devant une caméra de télé en me faisant insérer par d'autres concurrents une canette de notre produit dans le cul mais je n'irai PAS PLUS LOIN !



(*) Comme vous le savez, une loi fondatrice de l'univers veut que ce qui est rapide est petit et ce qui est grand est lent. Donc, l'un découle de l'autre.
par Impromptu publié dans : Des sons
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