Samedi 29 juillet 2006
Lacustre.

En première impression, j'imagine lacustre avec des pinces, un exosquelette, plein de pattes, vivant dans l'eau, chair délicieuse, bouilli vivant, tout ça... Ce mot me fait penser à "crustacé". C'est une question de phonologie, je pense, parce que lacustre n'a rien à voir. Au fait, vous saviez que les cloportes étaient des crustacés ? Méditons là dessus la prochaine fois que nous allons au restaurant.

Lacustre se réfère à tout ce qui concerne les lacs. Pourquoi lacustre et pas laqueux ? N'avait-on pas de mot latin qui veux dire laqueux ? Non, mais on avait un mot pour marécageux : "paluster". Alors on a appelé palustre tout ce qui est relatif au marais (et non pas maraîcher qui est une personne tirant revenu des légumes). Le paludisme a la même racine, autement appelé (entre autres) fièvre des marais. Donc palustre ne devrait pas me faire penser à palourde qui est un coquillage comestible.

Ainsi, sans avoir besoin de mot latin approprié, on a simplement appliqué le même principe. Relatif aux marais : palustre. Relatif aux lacs : lacustre. Par contre, pour la montagne, on a montagneux. Pour la plage, on a plagiaire (parce que toutes les plages se ressemblent un peu). Ou balnéaire, quand l'eau est salée.

Le français est parfois compliqué, mais tout ceci nous a indéniablement un petit air de vacances, non ?
par Impromptu publié dans : Des mots
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Vendredi 16 juin 2006
Equateur.

-- Clémentine, c'est quoi l'équateur ?
-- C'est une règle avec un coin, pour tracer des lignes et des angles bien droits. J'en ai un dans mon cartable, si tu veux voir.
-- Non, ça va, je vois ce que c'est. J'ai un copain qui en a un.
-- Tu fais de la géométrie ?
-- Ah non. C'est pour une rédaction. On doit raconter un voyage à l'équateur.
-- Dis donc, ils sont durs, tes devoirs !
-- Oui, hein ? C'est pas grave, j'y arrive quand même.

"Quand on voyage autour du monde en voiture, ça tourne, ça tourne.
Mais si on a pensé à prendre l'équateur, alors on peut aller bien droit.
Même quand ça tourne."




Cette petite pirouette est dédiée à un grand et gros enfant, belge, qui aimait faire du trampoline. Il s'est retiré dernièrement. Dans mes jeunes années, il m'a expliqué par l'exemple ce qu'était un jeu de mots. Salutations Monsieur Devos.
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par Impromptu publié dans : Des mots
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Dimanche 28 mai 2006
Diptyque.

Ce mot vient du grec. On peut le traduire par "tablette pliée en deux". C'était à l'époque antique une tablette à deux volets sur laquelle on écrivait avec un stylet. Il faudra un jour que je m'attarde sur le mot stylet, il est bien, celui-là. Ensuite il a été à la mode de peindre des oeuvres sur des tableaux à deux volets ou plus. Les diptyques religieux ont fleuri avant et durant la Renaissance (mais les triptyques davantage). Il pouvait en être de même pour les sculptures : en deux parties, qui peuvent être articulées ou placées dans un cadre articulé. Le terme générique est polyptique, il comprend les diptyques, les triptyques, et c'est tout. Officiellement du moins. Le terme "quadriptyque" est utilisé de temps à autres de nos jours. C'est un mot récent, parce qu'il y a un siècle ou deux, on faisait encore attention à l'étymologie. Aujourd'hui on prend des bouts un peu partout, on assemble et on trouve que ça fait joli, on frime parce que ça a l'air savant.

Prenez par exemple le walkman, francisé en balladeur. Walkman pourrait être traduit "marcheur". On a appelé le walkman de cette façon puisqu'il permettait d'écouter de la musique en se déplaçant (en marchant, par exemple). C'était un magnétophone, il lisait des cassettes à bande magnétique. Tout cela était bien clair et cohérent. Puis la technologie évoluant, les walkman lisaient également des cd audio, et les gens du marketing ont cru nécessaire d'inventer "discman"; en remplaçant walk par disc. Ainsi, avec ce nouveau produit, on ne marche plus en écoutant, on disque en écoutant. Je digresse, là, non ?

Ce qui m'interpelle est que diptyque est un mot grec, et quadri une racine latine. En grec, le quatre c'est tétra, comme dans tétralogie. On devrait donc dire tétraptyque.

On a utilisé le terme diptyque pour désigner les oeuvres littéraires ou cinématographiques ou musicales, en deux volets. Par contre, dans ce cas triptyque ne s'applique plus. C'est trilogie qu'il faut. Vous suivez ? Moi j'ai un peu de mal.

Pour des films ou des livres, par exemple, dix volets c'est décalogie. Cinq, c'est pentalogie. Quatre, c'est tétralogie. Trois, c'est trilogie. Deux c'est diptyque. Alors par souci d'harmonie, on a récemment créé dilogie, mais c'est pas très beau. Il exite aussi "bilogie" avec la même caractéristique que quadriptyque : "bi" vient du latin, en grec c'est "di". Notez que tétralogie et trilogie sont anciens, ils désignaient un ensemble de, respectivement, quatre et trois pièces dramatiques constituant une tragédie (et, soit dit en passant, la terminaison dans ce cas fait référence à "logia" et non "logos", mais c'est un détail). Les autres sont des productions récentes. De là on a pu construire les heptalogies, hexalogies et autres, mais pour deux volets, on n'a pas encore trouvé d'équivalent de "diptyque" qui ait suffisamment de classe pour se transmettre efficacement.

Et pour neuf volets, que dit-on ? Ennéalogie, en principe. Le préfixe "nona" étant latin, on ne devrait pas dire nonalogie. Et puis cela risquerait d'entraîner des confusions avec Nonologie*, qui est l'ensemble de sciences et techniques relatives à Nono le petit robot. Vous avez vu comme on y revient ?
par Impromptu publié dans : Des mots
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Mercredi 10 mai 2006
Suisse.

Le nom, je laisse l'adjectif de côté. Suisse est un mot très connu. Il désigne, grosso modo, les gens qui ont la nationalité Suisse, ou en sont originaires ou y habitent. Tout le monde le sait.

Je le savais même à l'époque où j'ai lu mon premier Balzac, il y a très longtemps. J'avais un avantage : en ce temps, deux de mes trois super-potes étaient d'origine suisse, même s'ils n'étaient pas, à proprement parler, Suisses. Dans ce premier Balzac ("illusions perdues"), il fut question d'un suisse, personnage de tellement peu d'importance qu'il était tout juste mentionné, il avait à peu près le même statut que la table, la canne ou l'encrier. Il semblait d'ailleurs que plusieurs autres personnages du roman (qui, eux, avaient un nom) possédaient leur suisse à eux. Je n'étais pas si choqué que ça, vu que moi j'en avais deux, mais il me semblait que ce n'étaient pas les mêmes : moi je leur mettais une majuscule. Plus tard, le "Chuiche" de Boris Vian dans "l'écume des jours" attira mon attention, je me doutai qu'il pouvait exister un lien avec les suisses que je connaissais. Je ne découvris que bien plus tard à quel point le Suisse était riche. Le mot, pas les super-potes (pour eux, j'ai su très vite).

C'est qu'à une certaine époque, les Suisses et les suisses avait bien de l'importance en France. La Suisse était célèbre pour ses mercenaires. Dans les années 1450, la Suisse avait établi un bureau spécial d'émigration pour lutter contre les élans guerriers d'une jeunesse qui supportait mal la surpopulation. Divers accords ont été conclus avec plusieurs pays européens, et la France en recueillit plusieurs milliers, contre argent. D'ailleurs, l'on disait "Point d'argent, point de Suisse", ce qui signifiait que l'on n'a rien pour rien.

Sous l'ancien régime avait été constitué (par Louis XIII) un régiment de Suisses qui faisait partie de la maison du roi, jusqu'à la révolution. Les Cent-Suisses était une compagnie créée antérieurement, par Charles VIII, et à qui il confia la garde du Palais Royal. Cette compagnie fut incorporée aux gardes suisses et se rendit célèbre dans la défense des Tuileries lors de l'arrestation du roi Louis XVI en 1792. La garde suisse disparut de France à cette époque, mais le Vatican possède encore aujourd'hui une garde suisse. Je ne sais si les Suisses du Vatican ont la même qualité qu'au moyen-âge. A l'époque, ils étaient redoutables.

En matière de protocole religieux, le suisse est le garde laïc chargé de veiller au bon ordre des processions. C'est vrai que depuis qu'il n'y a plus de templiers, on ne sait plus où trouver les agents de sécurité.

L'idée que les Suisses défendent les Portes en France fit passer dans l'usage le terme de suisse pour désigner le portier ou le concierge dont il est l'ancètre. Ce gardien était au départ pris parmis les Suisses, c'est vrai. Mais ce devait aussi être une façon de parler pour se rassurer, se laisser bercer par l'idée que son portier puisse être aussi guerrier et suisse qu'un vrai Suisse (voire un vrai Suisse suisse). D'ailleurs on les affubla d'un joli costume qui, espérait-on certainement, devait lui conférer un minimum de vaillance en cas de besoin. Je ne vois pas le concierge d'aujourd'hui prendre armes pour défendre la porte. Ce qui est un peu confus, c'est qu'à l'époque où le suisse était portier, il existait aussi des portiers qui n'étaient pas appelés suisses; cela devait tenir au costume.

Les membres de la garde suisse, en bon mercenaires, aimaient probablement boire puisque l'expression "boire comme un Suisse" signifiait s'imbiber d'abondance. Cela dit, la même expression avait une signification différente. "Comme un suisse" ou "en suisse" voulait dire aussi tout seul dans son coin, en cachette. On pouvait dire "faire suisse". On aurait tendance à dire "en juif" aujourd'hui. Etonnant, non ?

On trouve également l'expression "penser à la Suisse" qui désigne l'action de passer de la première idée simple venue à la suivante, sans s'attacher aux liens qu'elles ont entre elles.

Les suisses et Suisses ne sont plus tant présent parmis nous. Je vais tout de même me créer pour usage personnel "boire avec un Suisse" pour toutes les occasions où je pourrai prendre en verre en compagnie d'un ami que je n'ai pas vu depuis très longtemps.
par Impromptu publié dans : Des mots
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Vendredi 21 avril 2006
Nonobstant.

Nonobstant est un mot tout à fait caractéristique. Pratiquement tout le monde le connaît. Beaucoup moins de monde sait bien ce qu'il veut dire. Encore moins de monde est capable de l'utiliser. Et pratiquement personne ne le fait.

Il vient de "non" (comme dans "non" qui veut dire non) et de obstans en latin, le participe présent de obstare, qui signifie "faire obstacle". En gros, ça ne fait pas obstacle. S'emploie lorsqu'on n'est pas bloqué par quelque chose, comme dans "en dépit de" ou "malgré". Je ne connais d'ailleurs pas de cas où il ne puisse être remplacé par malgré ou en dépit de. Toutefois, on peut s'en sortir avec cependant. Bien qu'on puisse aussi utiliser néanmoins.

C'est le vocable employé par les juristes lorsqu'il est question de dérogation à l'une ou l'autre règle. Règle et dérogation s'impliquant l'une l'autre (à cause du clinamen, surtout), ça nonobste à fond dans les textes de droit. Par exemple:
-- On ne fume pas ici.
-- Permets moi de nonobster, cher confrère, mais (censuré pour cause de vocabulaire spécialisé).

J'ai lu quelque part qu'il était recommandé de l'utiliser de temps à autres pour attirer l'attention sur un bout de la phrase tout en portant un coup bas depuis l'autre bout. On reste plutôt dans le droit, toujours.

J'ai fait connaissance avec nonobstant au début du lycée (qui n'était pas le lycée, comme vous le savez si vous suivez depuis un moment). Je ne l'avais pas compris à l'époque. Je l'ai croisé un peu après la fin de mes études, pendant une période funeste où je ne le comprenais pas davantage. Puis, nous sommes restés à l'écart l'un de l'autre un certain temps, conscients tous deux qu'il vallait mieux s'en tenir là. A ma grande surprise, je l'ai retrouvé hier. Dans la bouche, devinez, d'un juriste. D'ailleurs, il y avait aussi les coups bas. Je me suis dit "euréka ! Je comprends ce que nonobstant veut dire à présent." Puis j'ai vérifié dans le dico pour découvrir qu'en fait non. Mais c'est pas grave.

En dehors du fait que la recherche sur ce mot m'a fait découvrir des blogs* très sympas, nonobstant est un mot particulièrement attachant. D'abord il est joli, rond, allongé et consistant, comme un très beau bout de boudin. Peut-être lui et moi ne nous entendons pas trop parce que je n'aime pas le boudin. Et puis surtout, dans nonobstant il y a "nono", et Nono c'est le nom du mignon petit robot, très gentil, dans Ulysse 31. C'est pourquoi, même s'il est parfois revèche, nonobstant attire la sympathie. Je tenais à lui réserver une place de choix dans mon dictionnaire personnel.
par Impromptu publié dans : Des mots
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Dimanche 16 avril 2006
Vespéral.

Êtes-vous nombreux à bien savoir ce que signifie vespéral ?

Avant de regarder dans le dictionnaire, je me souvenais que l'adjectif vient de "vêpres", qui désigne une certaine heure de la journée. Je ne me souvenais plus laquelle.

Je vous pose la question, parce que je tire ce mot d'une notice de médicament, dans les indications posologiques. La notice nous précise "il peut être souhaitable de privilégier les prises vespérales...". Je me suis dit qu'il peut être souhaitable de privilégier un vocabulaire plus accessible sur les notices de médicaments, étant donné qu'absolument tout le monde peut en avoir besoin, que l'on soit rafiné de la langue ou pas, et qu'un défaut de compréhension de certaines subtilités peut avoir des incidences déplaisantes. Peut-être que les rédacteurs de notices devraient accepter l'idée qu'ils ne s'adressent pas uniquement qu'aux autres rédacteurs de notices.

Vespéral désigne le soir. Vêpres est l'heure à laquelle était donné l'office, le soir. A l'époque où il était donné le soir. Il y a des tas de choses intéressantes à dire sur verspéral et vêpres, mais c'est cette notice qui m'énerve et m'occupe l'esprit (c'est viscéral* et non vespéral), alors ce sera pour une prochaine fois.
par Impromptu publié dans : Des mots
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Samedi 15 avril 2006
Impétrant.

C'est un nom dérivant du verbe impétrer, qui vient du latin "impetrare" : arriver à ses fins, obtenir. Impétrer signifie obtenir un titre, un privilège, de l'autorité compétente suite à une requête. L'impétrant est le bénéficiaire. Ce mot est utilisé typiquement pour désigner une personne qui obtient un diplôme. On sent dans les définitions que ce mot a sa place dans un contexte administratif.

Pourtant j'ai rencontré un impétrant dans un tout autre cadre. Il en était question dans la description d'un vieux rite maçonnique de purification. Au début, j'ai pensé que l'autorité compétente en question était les sept anges majeurs, puisque ce rite faisait appel à eux. C'est ambitieux, il n'existe aucune autorité supérieure, excepté celle de Dieu, lequel ne doit jamais être sollicité. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la hiérarchie est loin d'être un sujet anecdotique au ciel, comme aux enfers.

Je me trompais. Impétrant est le terme utilisé pour désigner l'aspirant à l'une ou l'autre initiation dans les rangs maçonniques. Je crois que dans cette société, presque tout le monde est toujours sur le point d'être initié à quelque chose. Tiens, il faudrait que j'écrive une petite histoire là dessus. Bref, alors que le rite fait appel aux anges supérieurs pour qu'ils aident le praticien à être pur de corps et d'âme, les maçons considèrent qu'il ne fait pas cela pour sa propre pureté, mais uniquement pour monter dans la hiérarchie maçonnique, elle seule justifiant toute chose. D'où l'utilisation d'impétrant. Cela ne manque pas de prétention pour un ordre qui prône l'humilité.

Il est aussi question d'impétrant dans toute la procédure de baptème des étudiants afin d'entrer dans la Faluche (France), chez les Calotins (Luxembourg), pour l'obtention de la Calotte ou de la Penne (Belgique). Notons que cette procédure, stricte, riche et complète, est très similaire aux rites d'admission maçonniques. Grand Maître, degrés d'initiation, mise à la question, parrainage, tout ça. Ce n'est pas un hasard. Comme quoi, il est possible de s'amuser sérieusement, avec rigueur et culture (ceci dit pour les uns comme pour les autres).

J'arriverai bien à le placer quelque part. Impétrant, je veux dire. Impétrer, j'ai l'impression que ça ne se fait pas. Toujours est-il que les recherches sur ce mot m'en ont fait trouver quelques autres.
par Impromptu publié dans : Des mots
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Mardi 11 avril 2006
Clinamen.

Voici un mot très spécialisé. D'abord, clinamen est le nom d'un mois du calendrier pataphysique. Il a cette particularité, dans le calendrier, qu'il est rigoureusement identique aux autres mois du calendrier pataphysique (à part le nom), particularité qu'il partage avec ces autres mois à l'exception d'un. Vous suivez ? Il a 29 jours dont un imaginaire. Standard, quoi.

Le clinamen est surtout un des deux concepts fondateurs de la 'Pataphysique (l'autre étant la théorie des équivalences). Dison pour l'heure que la 'Pataphysique est la science des solutions imaginaires.

Le clinamen est la légère déclinaison des atomes dans leur chute : l’atome, tout en se dirigeant en ligne droite vers le bas en vertu de son poids et de sa pesanteur, dévie légèrement de côté. Cette théorie remonte à Epicure, et place l'indétermination au centre de l'explication du monde. C'est cette caractéristique fondamentale qui établit qu'il ne peut exister de vraie connaissance que celle du particulier. En clair, il n'existe que des exceptions, et la 'Pataphysique en fait son terrain d'étude (et d'applications).

Savoir si le clinamen est avéré par les sciences classiques (la physique en particulier) est bien entendu hors de propos puisque la 'Pataphysique englobe et surtout déborde ces disciplines en définitive très limitées. Ce que nous admettons comme "réel" n'est qu'un sous-ensemble des solutions imaginaires. Les concepts appelés "lois" ou "règles" n'ont pas d'objet car grâce au clinamen, nous savons que tout sans exception est exception, l'absence d'exception étant en soi une excpetion à la règle ici énoncée, qui est elle-même une exception.

J'espère avoir été clair, parce que je vois bien que vous ne faites pas très attention, et c'est grave important, le clinamen.
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Vendredi 7 avril 2006
Ignorantin.

Je ne sais même plus où j'ai trouvé ce mot, récemment. Honte sur moi. Les cahier de 'Pataphysique ? Il m'a tout de suite fait penser à "laborantin".

Le laborantin est un préparateur ou garçon de laboratoire, ou aide, auxiliaire, assistant. Laborantin est un mot fascinant, si je puis me permettre de digresser. Je me permets.

Laborantin est assez jeune (tout début XXè), emprunté de l'allemand, où il tenait lieu de féminin de laborant, lequel vient de "laborare" en latin, qui signifie travailler.
Ainsi, premièrement, si on s'en tient à la racine latine, laborantin n'a pas grand chose de spécifique aux laboratoires. On pourrait dire laborantin de n'importe quelle personne qui travaille, après tout. Mais bon, on ne le fait pas parce que sinon on ne s'en sort plus. Et puis, ce sont les allemands qui ont commencé.

Ensuite, on a été obligé d'aller chercher un féminin pour désigner un garçon. On n'a pas pris "laborant" pour le décliner en "laborante". On a pris laborantin et on a décliné en laborantine. Etonnant, non ?

J'imagine aisément le laborantin comme étant assez jeune (tout début XXè, on a dit), un rien gauche, dévoué et toujours en blouse blanche. Il passe une grande partie de son temps à dire "oui, professeur" et "tout de suite, professeur".

Où en étais-je ? Ignorantin.

Comme le laborantin travaille dans un laboratoire, je me suis dit que l'ignorantin travaille dans l'ignorance. Avec une blouse blanche, un rien gauche, et disant beaucoup "oui, professeur". Et puis j'ai regardé la définition. Ce n'est pas exactement ça.

Dans le courant du XVIIè siècle, certains ordres religieux, à commencer par les "frères de la charité" (maintenant ordre de Saint Jean), prirent par humilité le titre de frères ignorantin, sur le même modèle qu'augustins ou carmélites (sauf carmélites). En raison de leurs activités principales, les frères ignorantins furent alors associés à l'éducation et l'instruction des enfants pauvres. Ensuite, le terme "frères ignorantins" a été attribué par extension, et dérision, à tout ordre chrétien (par opposition aux laïcs, plus tournés vers la connaissance). Avoir fait ses classes chez les frères ignorantins a commencé de signifier que la personne en question n'en n'a pas lourd dans le caillou. Je suis d'ailleurs tombé sur "ignorantisme", corollaire d'obscurantisme, qui n'est pas dans mon (vieux) Robert, et qui serait dérivé d'ignorantin, ou plus directemment d'ignorance (le plus probable).

Donc, l'ignorantin, même s'il peut être un peu gauche, ne dit pas "oui, professeur", étant le plus souvent lui-même un professeur, mais "oui, frère". Il est possible qu'il porte, lui aussi, une blouse blanche.
par Impromptu publié dans : Des mots
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Vendredi 31 mars 2006
Factotum.

J'aime bien ce mot. On pourrait dire intendant. On pourrait dire majordome. On pourrait dire maître d'hôtel ou aide de camp. Mais on dit factotum, et c'est bien.

Factotum.

Factotum factotum.

Marrant, non ?

Factotum.

Je ne m'en lasse pas.
par Impromptu publié dans : Des mots
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