Samedi 10 mai 2008
Discours d'ouverture prononcé lors de la soirée annuelle des anciens élèves du lycée Anatole France à Saint-Etienne, le 17 octobre 2008.


Je fus lycéen à Anatole France de 1984 à 1988. Il y a donc plus de vingt ans. La plupart des professeurs qui m'ont dispensé ici un enseignement salutaire sont aujourd'hui à la retraite, ou au cimetière. En effet, un concours de circonstances exceptionnel fit que mes profs avaient tous la particularité d'être beaucoup plus agés que moi. Cela leur donnait, entre autres, un avantage sur moi en matière d'autorité. Si ce n'est en matière d'expérience. Il se trouve qu'ils ont presque tous profité de cet ascendant sur moi pour tenter de me persuader qu'ils avaient raison concernant toutes sortes de choses, en particulier dans leur matière d'enseignement mais aussi, et c'est le point sur lequel j'aimerais m'étendre, sur tout ce qui touchait mon avenir et ma vie en général. Je choisis ce thème d'abord parce que, mes amis (si vous me permettez cette familiarité), de quoi peuvent bien parler une troupe d'anciens éléves si ce n'est de leurs anciens profs ? Ensuite, je dois reconnaitre qu'il m'était resté un certain nombre de considérations non dites depuis cette époque et l'honneur de ce discours est une occasion de les exprimer que je ne pouvais pas laisser passer. Je sais que vous me comprenez.

Je voudrais d'abord, au nom de nous tous, remercier nos professeurs pour leur application à nous former, pour leur motivation, leur bienveillance, ainsi que pour leur excellence bien que cette dernière propriété ait été au mieux inégalement répartie. Je voudrais les féliciter pour un travail bien fait. Mais aussi, je souhaite rappeler qu'en dépit de toutes ses qualités, dont certaines malheureusement n'apparaissent pas à l'oeil nu, un professeur de lycée n'a parfois pas raison, surtout s'il se risque à l'art délicat du pronostic. Notons que même au stade du diagnostic, j'ai pu relever d'occasionnels excès d'ambition. Je vous rassure, je ne suis pas ici pour assouvir une quelconque vengeance qui ne servirait à rien d'autre que de susciter une vive satisfaction immédiate. Non ! Il ne s'agit pas de mettre de symboliques grands coups de latte dans les côtes d'un ou une prof à terre, ce qui serait pourtant d'autant plus jouissif que j'aurais dû attendre des années pour le faire. Mes amis, je vous le confirme, je ne souhaite rien d'autre que remettre les choses à leur place, s'il se peut, en espérant que mon propos parvienne par magie aux oreilles des intéressés afin qu'à mon tour je leur prodigue un enseignement. Trop tard, je sais, mais c'est le geste qui compte.

Je suis contraint, à ce stade, de vous soumettre une anecdote. Lors d'un examen oral, mon professeur de philosophie d'alors, dont le nom ne m'est pas resté, m'interrogea sur la biographie de Spinoza. Pour ceux que cela intéresse, il s'agit d'un philosophe ayant vécu dans le courant du XVIIème siècle. Je n'avais pas révisé cette partie du programme et, comme en pareil cas, je ne fis aucun effort pour broder. Je suggérai donc de passer à la question suivante. Mon professeur montra des signes de contrariété et me demanda ce que je voulais faire plus tard. Je lui répondis "des études de psychologie". Il me promit, un peu rougi par sa performance vocale, que je n'aurais aucun succés dans ce type d'études si je n'étais pas capable de connaître la vie de Spinoza.

De nombreuses recherches ont montré que l'avis des professeurs avait une influence très significative sur le choix des orientations futures de l'élève en matière de formation. Ceci quelles que soient les dispositions réelles de ces élèves pour les matières choisies. Cela tient d'un fort désir de reconnaissance chez l'enfant et l'adolescent. Il se trouve que le professeur de philosophie n'était pas celui dont je voulais être le plus reconnu. J'ai donc eu le loisir de vérifier, par mon propre parcours et celui de nombreux compères étudiants, que la réussite en psychologie n'est liée en aucune façon à la connaissance de la vie de Spinoza. Ainsi, malgré toute la vigueur de sa position, malgré tous les signes de certitude qui émanaient, avec les postillons, de mon professeur de philosophie, celui-ci s'est misérablement planté, est passé pour un con, et ne m'a démontré que sa vanité. Ceci dit en toute objectivité et avec le détachement que me donnent les années.

Je ne veux pas profiter lâchement du fait que je tiens le crachoir ce soir pour mettre l'accent, par exemple, sur le ridicule, l'essentielle vacuité et le défaut de discernement de ce professeur. Je veux simplement que nous tirions leçon de cet exemple. Je ne vais pas céder à l'envie futile de préciser que j'ai réussi mon parcours universitaire et professionnel précisément dans la direction que ce prof a prétendu m'interdire. En effet, j'exerce aujourd'hui un métier autrement passionnant que de subir le comportement imbécile de bandes de boutonneux prétentieux embarrassés de leurs hormones, qui ignorent jusqu'à leur propre ignorance, et qui se renouvellent année après année sur le même modèle. Sans vouloir offenser personne : c'est la nature qui veut ça. Ce serait également mesquin de ma part de préciser que je gagne bien mieux ma vie que cette personne.

Je tenais simplement ce soir à engager autant les professeurs présents que les lycéens à la prudence en ce qui concerne toute sentence sur l'avenir ou l'orientation de la jeune personne. Souvenons-nous que le lycéen moyen est bien moins consistant que je ne l'étais, et que le professeur pourrait s'aventurer hâtivement sur un terrain qu'il ne maîtrise pas mieux que le premier épicier venu. Je vous fais cadeau de ce que j'ai appris. Comme le disait je ne sais plus quel philosophe oriental, la sagesse ne vaut que si elle est partagée.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Mardi 6 mai 2008
Allo. Bonjour maman, tu vas bien ? Oui, c'est une bonne surprise. Ah, un jour spécial, vraiment ? Comme l'année dernière, et celle d'avant ? Très spécial, en effet, hehe. C'est très gentil à toi d'y avoir pensé, merci maman.
Non, non, rien du tout, j'ai besoin de rien. Avec ta toute petite retraite, tu devrais plutôt éviter les dépenses... Oui, je sais, tu as économisé toute ta vie pour m'offrir des cadeaux d'anniversaire, mais tu peux aussi bien t'offrir des choses à toi. Un nouveau dentier par exemple, je sais pas... Mais si, les nouveaux, là, qui font de la lumière... Bon d'accord, tu as gagné. Il y a effectivement quelque chose que tu peux m'offrir.
C'est un tapis de course, qui vient de sortir. Pour faire de l'exercice, oui. C'est vrai, mais celui-là il est très léger et entièrement repliable, ça me permettrait d'aller courir chez des amis, ou au parc, sous un arbre, ce genre de chose. Pas trop, environ trois cent euros. Il n'a pas beaucoup de fonctions, c'est pour ça. Je veux dire, il n'est pas très perfectionné, alors il est pas cher. Tu as de quoi noter ? Note bien, c'est le Step Ahead 983. Steup Ahhheuad, esse té eu pé espace ah hache eu ah dé. Voilà, avec neuf cent quatre-vingt-trois derrière. Surtout tu fais attention au numéro de modèle, qu'ils ne te refilent pas un vieux 756. Tu as bien noté ? Ne t'en fais pas, si tu dis exactement le bon numéro de modèle, ils peuvent pas t'enfiler. J'ai dit, ils ne peuvent pas te tromper si tu as le bon numéro, maman.
Ils vont sûrement te proposer un module V12. C'est une option pour connecter le tapis de course à internet. Bah, je sais pas, ils aiment bien mettre des chiffres partout, ça fait capitaliste. Note bien : V comme Vincent, et douze. Alors quand ils te le proposent, surtout tu leur dis qu'ils se le mettent dans le cul. Oui, note bien : se le... mettent... dans le cul. Voilà. Tu peux leur dire bien profond si tu veux aller jusqu'au bout. Mais non, t'inquiète pas maman. Le langage technique, ça fait toujours un peu peur, mais ça passe très bien. En fait, ce module V12, il va avec un abonnement, que tu paies en plus du prix de l'appareil, et en plus ils facturent les connexions par derrière, alors ils faut surtout pas que tu en prennes un. Tu y penses, hein ? V12. Dans le cul. Voilà, j'ai pas besoin. S'il ont l'air énervé, tu t'en fais pas, c'est normal, c'est parce qu'ils ont très envie d'en vendre. Tu penses !
Ils vont surement proposer aussi une poignée de rechange. Non, pas dans le cul la poignée de rechange maman, tu acceptes la poignée de rechange, c'est très utile. Oui, ça j'ai besoin. Mais seulement s'ils la proposent avec une réduction. S'il n'y a pas de réduction... oui, c'est l'idée maman, mais là tu n'as pas besoin d'être technique. Tu dis juste non, ça ira bien.
Tu as tout bien noté ? En tout cas, merci beaucoup maman, ça me fait très plaisir. Vas-y avec tes copines, tiens, ça va les distraire. Un peu de shopping technique, ça détend. Ok, à bientôt, maman. Bisous. Oui, moi aussi.
Ah, et n'oublies pas d'enlever le prix, hein, sinon tu vas être encore toute embarrassée comme l'autre fois.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Samedi 26 avril 2008
Ce qu'il s'est passé avant.

Le 12 octobre 1352 avant Jésus (*), en fin de matinée, le pharaon Amenhotep IV (Amenophis pour les grecs) visitait le futur tombeau d'un oncle, moins pour lui faire honneur que pour se dégourdir les jambes. L'artisan en charge des inscriptions funéraires semblait avoir quelqu'affaire d'importance à confier à son souverain. Sa renommée et son talent le lui permettaient.

-- Vénéré Pharaon, que lisez-vous sur ce mur ?
-- Après la soumission à Amon le roi des Dieux, je vois l'hommage de rigueur aux éléments, Shou, Tefnout, Geb, Nout, puis la révérence à Rê le soleil, une longue discussion avec Osiris, en charge de la résurrection, lequel est soutenu par Atoum le créateur avec le concours d'Isis. Ici l'espace vide où n'est pas représenté celui que l'on ne nomme pas, puis Horus pour l'ordre, et bien sûr Anubis, le protecteur des morts.
-- Et ensuite, Pharaon ?
-- Ensuite il y a l'ouverture pour la porte.
-- C'est ce qui me préoccupe Pharaon. Je n'ai pas assez de mur ! Il me reste au moins cinq Dieux majeurs à saluer et je n'ai presque plus de mur ! Cela se produit de plus en plus, Seigneur, et les choses ne se sont pas améliorées depuis la venue de tous ces nouveaux Dieux mineurs. Nous avons besoin de plus de murs.
-- Ce n'est pas grave, on va chercher un ingénieur français et tout rentrera dans l'ordre.
-- Pitié, non, Seigneur ! Sauf votre respect, ces français se sont mis à faire la pyramide toute fine et pointue qu'on dirait un... une...
-- Moi je les trouve plutôt avantageuses.
-- Mais il n'y a même pas l'espace d'une petite chambre mortuaire à l'intérieur ! Ces gens ne comprennent rien à nos besoins. Comment voulez-vous faire faire vos travaux par quelqu'un qui n'a pas idée de vos besoins ?
-- En effet, ce serait absurde. Pour l'heure, tu vas graver le reste en abbrégé, je vais réfléchir à la question et prendre une décision majestueuse très bientôt.

Laissant là l'artisan tout à ses abbréviations hiéroglyphiques, Amenophis IV retourna en son palais méditer sur ce que son père Amenophis III lui disait au sujet des Dieux. "Tu sais, Quatre, disait-il, parmi les Dieux, le plus fort, c'est Rê. Parce qu'il peut te bronzer tout beau ou te brûler tout rouge. Il fait ce qu'il veut, Rê. Et sans lui, t'y verrais que dalle...". Heureusement qu'on le grave en premier, pensa Quatre, ce serait dommage de le tronquer. Le défunt père avait toujours marqué une nette tendance en faveur de ce dieu, et encore plus vers Aton, sa manifestation physique, le disque solaire.

L'idée mit des mois à faire son chemin. D'abord, Amenophis IV instaura la préséance d'Aton sur les autres Dieux aux cas où les murs viendraient à manquer. Puis il en vint à penser qu'Aton avait de nombreux avantages sur les autres dieux. Il était plus fort, plus beau, plus utile, plus facile à graver. Enfin, un beau jour, Amenophis IV se dit qu'il était temps d'accorder à Aton la place qu'il mérite, c'est-à-dire d'en faire bien plus que le Maître : d'en faire l'Unique. Il réalisa tout naturellement que la place gagnée sur les murs des temples et tombeaux permettrait de dessiner un peu mieux les Pharaons, en particulier Amenophis IV. D'ailleurs il ferait en sorte de n'être figuré qu'avec une physionomie céleste. A considérer un Dieu unique, il pouvait aussi bien s'en considérer l'unique interprète. Aton ne parle pas comme les anciens Dieux, et il n'était donc plus besoin de graver d'interminables dialogues un peu partout. Seule la parole du Pharaon serait nécessaire. Amenophis IV se fit dès lors appeler Akhenaton, celui qui est utile à Aton.

Son épouse de l'époque, Nefertiti, jugea que cet élan pouvait aussi bien lui profiter. Très vite, après que son Pharaon ait commandé quelques temples nouvelle vague, elle exprima le désir d'avoir une ville de campagne, où ses filles pourraient respirer le grand sable.
-- La ville de ville, c'est bien pour les boutiques, mais toute cette circulation n'est pas très bonne pour les petites.
-- Tu as raison, concéda Akhenaton. Et puis cela coûtera moins cher que de tout refaire ici.

La nouvelle ville nomée Akhetaton, aujourd'hui connue sous le nom d'Amarna, fut donc érigée au millieu du désert, selon des directives qui tranchaient avec tout ce que le peuple égyptien avait connu jusqu'alors. L'idée d'un Dieu unique n'avait encore jamais été tentée dans le monde connu, les esprits n'y étaient pas préparés.
 
-- Cette face-ci sera consacrée à Dieu, commanda Akhenaton en désignant un côté du couloir d'accès au temple principal.
-- Lequel ? demanda le maître d'oeuvre.
-- Aux crocodiles ! répondit le Pharaon.
On emmena l'indélicat prestement, tandis qu'il criait "pitié Seigneur, j'avais oubliééééé". Le second prit sa place.
-- Et pour les autres Dieux, Seigneur ? demanda celui-ci, un peu incertain.
-- Il n'y a qu'un seul Dieu, bon sang !
-- Pardonnez-moi, Pharaon Eternel, je parlais seulement des secondaires. Nous pourrons les mettre sur un autre mur s'il sied à...
-- Aux crocodiles !
Le second du second s'avança et, après une longue hésitation sous le regard de bronze d'Akhenaton, se décida à demander :
-- On trace la tête de faucon au-dessus du soleil alors, votre céleste magnificence ?
-- Aton c'est le soleil lui-même ! Vous allez donc représenter le soleil. C'est pourtant simple !
-- Oui, Pharaon ! Il en sera fait selon vos désirs !
-- Et dessous, béni par ses rayons, il y aura moi qui reçois l'Ânkh. Ici.
-- Et moi, je sens l'aïl ? glissa Nefertiti dans son dos.
-- Et derrière moi il y aura votre Reine, ajouta Akhenaton sans changer de ton.
-- N'oublies pas tes filles.
-- Et derrière elle, figureront les princesses.
Tout le monde laissa passer quelques instants de silence, puis le Pharaon s'en fut avec sa suite.
-- Finalement, chuchota l'artisan d'ecritures à son voisin quand son Seigneur eut disparu, on le fait avec quelle tête, Aton ?
-- Je sais pas, j'ai rien compris. C'est de plus en plus difficile, vraiment. Tu sais qu'il a demandé que les statues soient placées à l'extérieur ?
-- Tu plaisantes ? Et pour les momies les bandelettes doivent être à l'intérieur tant qu'on y est ? Ca n'a pas de sens. Les prètres vont se rebeller s'il continue.
-- Cela m'étonnerait. Ils l'aiment bien. D'ailleurs il est gentil dans le fond. S'il s'en tient à quelques temples, ça va. Ou même une ou deux villes. Un Pharaon peut quand même bien faire ce qui lui chante. Autant attendre que ça lui passe.
-- On va en prendre pour trente ans.

Le peuple égyptien du Nouvel Empire n'eut pas à attendre tout ce temps. Le règne d'Akhenaton dura une petite vingtaine d'années. Comme prévu, Amarna suffit à ses inspirations artistiques. Il fit bien retoucher d'autres murs à travers la contrée, mais sans aucun remaniement en profondeur. Comme il le souhaitait tant, de nombreuses représentations de sa personne nous sont parvenues, montrant toute sa beauté (améliorée par la mode il est vrai) dans des contextes toujours ensoleillés, ce qui est propice au teint. Malheureusement, ni Nefertiti, ni ses filles ne lui apportèrent d'héritier mâle. Ce fut donc un neveu distant, un jeune homme du nom de Toutankhamon, qui lui succéda. Ce dernier ne souhaita pas s'installer dans la nouvelle ville. Les anciens usages reprirent leur place sans difficulté.

-- Nous venons de bâtir un nouveau mur dans le temple principal, Pharaon, annonça l'intendant. Vous plairait-il de poser avec Dieu ?
-- Lequel ?

Si son nouveau produit ne fut un succès qu'un siècle après sa mort, et parmi un autre peuple, souvenons-nous quand même d'Akhenaton comme l'un des plus grand innovateurs du genre humain, car le monothéisme est l'une des inventions les plus fondamentales que l'humanité ait connues, avec le feu, la roue et la bière.




(*) Octobre n'était pas encore inventé, je traduis pour votre confort.
par Impromptu publié dans : l'Histoire avec une grande Hache
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Samedi 26 avril 2008
Je ne suis pas ici pour raconter ma vie, mais je tiens à dire aux mauvaises langues qui prétendent que je ne m'alimente pas sainement, que j'ai mangé un morceau de pomme l'autre jour. Cela devrait leur fermer le clapet définitivement.
par Impromptu publié dans : Des anecdotes
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Dimanche 20 avril 2008
Mes amis, nous avons un problème. La technologie, sous ses innombrables bienfaits, a dissimulé un effet pervers que nous n'aurions jamais pu soupçonner. Aujourd'hui, nous nous alarmons de ce qui se passe avec tous ces mondes virtuels qui percent un peu partout, et absorbent nos contemporains à tout propos. Nos enfants s'y plongent, nos femmes les suivent, jusqu'à nos employés de bureau dont les lunettes ne reflètent plus que les décors 3D de leur univers refuge.

Il est temps de s'en inquiéter. A nouveau péril de société nouveaux remèdes impitoyables. Il faut rejeter ces nouveaux mondes virtuels qui ne sont qu'illusion, rêverie, tissus de mensonges qui ramollissent le cerveau, qui ne servent que la fuite et, au bout du compte, créent une dépendance bien malsaine. Nous savons aujourd'hui que les gens qui s'y adonnent perdent leur équilibre et n'ont aucun avenir.

Nous sommes bien entendu démunis face à cette situation car nous n'avons encore jamais rencontré chose semblable que ces simulations rendues possible par la haute technologie.

D'aucuns pourraient établir un parallèle avec les jeux de rôle d'il y a trente ans, sous prétexte que nous avions établi qu'il faut rejeter ces jeux de rôle qui ne sont qu'illusion, rêverie, tissus de mensonges qui ramollissent le cerveau, qui ne servent que la fuite et, au bout du compte, créent une dépendance bien malsaine. Nous savions alors que les gens qui s'y adonnaient perdaient leur équilibre et n'avaient aucun avenir. Mais finalement ça s'est bien passé, alors qu'ici, la situation est grave.

D'aucuns pourraient établir un parallèle avec la science-fiction d'il y a soixante ans, sous prétexte que nous avions établi qu'il faut rejeter cette science-fiction qui n'est qu'illusion, rêverie, tissus de mensonges qui ramollissent le cerveau, qui ne sert que la fuite et, au bout du compte, crée une dépendance bien malsaine. Nous savions alors que les gens qui s'y adonnaient perdaient leur équilibre et n'avaient aucun avenir. Mais finalement ça allait, alors qu'ici, la situation est grave.

Heureusement, un auteur courageux vient de publier un ouvrage salutaire, dont les bienfaits s'étendront sur les siècles à venir. En effet, il a selon moi adopté la meilleure approche en la matière : d'une part professer l'interdiction des mondes virtuels et d'autre part traiter leur usage par la dérision.

Peut-être que votre libraire de proximité le présente déjà en son étalage. Le livre s'appelle "L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche", écrit par un courageux Miguel de Cervantes Saavedra. Il prend l'exemple de mondes virtuels centrés sur le Moyen Age, et en particulier traitant de chevalerie, et a été publié tout récemment, en 1605. Vous y trouverez, en sus de paraboles élégamment tournées, des dissertations édifiantes sur le mal que représentent les mondes virtuels ainsi que sur la véritable mission des arts du divertissement. Cet ouvrage est souvent résumé par l'un de ses personnages, Don Quichotte, présenté à tort comme un vieillard alors qu'en le texte il est d'âge mûr, et plutôt vigoureux, tout employé à un combat à la lance contre un moulin, lequel combat ne représente qu'une infime partie de ce que l'on peut trouver en l'oeuvre (et je n'en n'ai lu que la première des deux moitiés).

Je vous recommande tout de même de le parcourir vous-même avant que le baillez à votre descendance, car le passé guerrier de l'auteur transparaît largement dans le propos. Le personnage principal se fait entre autres arracher une moitié d'oreille, déloger les dents du fond par voie de cailloux, rompre toutes les côtes et molester considérablement tout en rendant la pareille, et une échauffourée joviale ne se passe pas sans que le sang ne jaillisse hors la bouche. De plus, il manque à l'oeuvre une conception manichéenne du Bien et du Mal qui est pourtant si salutaire à nos jeunes esprits.

N'empèche, ce livre est à consulter, et à re-consulter si vous n'avez compris en première lecture ce qu'il en faut de cette nouvelle menace. Pour un monde plus réel.
par Impromptu publié dans : Des livres
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Vendredi 4 avril 2008
-- Tu en est où du dossier Berthier ?
-- Julien, j'ai du retard.
-- Je ne crois pas que ce soit très grave, c'est pas urgent. Combien, en gros ?
-- Deux semaines.
-- Ah, quand même ! Bon, je vais l'appeler, pour le...
-- Je ne parle pas du dossier.
-- Ah. Mais... heu... Mais on est tout à fait hors planning, là.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Lundi 31 mars 2008
-- Tout le monde est là ? Parfait. Vous savez que sur le plateau nous essayons de privilégier la cohésion, la qualité de travail, l'harmonie et le bonheur pour tous. C'est très important sur un plateau : ce que chacun fait a un impact réel sur l'efficacité des autres. Et donc sur leur bonheur. Suite à certaines plaintes qui ont remonté jusqu'à la direction...
-- Et un arrêt maladie.
-- Tout à fait. Et comme vous le savez, un arrêt maladie c'est un arrêt du bonheur. Nous avons donc décidé de réunir tout le monde pour trouver des solutions. Vous l'avez tous remarqué, le problème des sonneries de téléphone portable gagne chaque jour en férocité. Nous avons tenté d'y remédier en installant ces distributeurs d'anxiolytiques près des ascenseurs mais il va falloir les fermer, il y a eu des abus et en plus nous avons été sermonnés par l'inspection du travail. Il faut se concerter et réfléchir ensemble. Nous avons fait une première analyse, alors je peux déjà vous donner quelques chiffres. Il y a sur le plateau, en moyenne sur toute la journée, une sonnerie de téléphone portable toutes les deux secondes. Chaque personne sur le plateau possède en moyenne deux téléphones portables et demi, et les décibels générés...
-- Trois et demi pour les chefs, chef. Vous avez tous reçu le nouveau DebilPhone320 pour avoir la météo en temps réel.
-- C'est gentil de préciser, Roger, mais le nouveau DebilPhone320 ne peux pas être compté comme un téléphone portable : il ne prend pas de photos.
-- Je voudrais pas avoir l'air de pinailler, chef, mais le nouveau DebilPhone320, il sonne aussi. En plus il y a un bip chaque fois qu'il y a un message sur les changements de pression atmosphérique. Sept chefs, sept bips.
-- Oui, d'accord, on va corriger ça, mais restons-en à l'essentiel si vous voulez bien. Comme indiqué sur l'ordre du jour, nous allons aborder les quatre facteurs sur lesquels nous pouvons, tous ensemble, nous harmoniser avec un peu de bonne volonté. Premièrement : la fréquence. Alors, je sais que c'est difficile, que ça demandera un certain effort, mais il faut absolument que nous essayions tous de diminuer le nombre d'appel que nous reçevons.
-- On va quand même pas demander à tout le monde de nous appeler moins souvent !
-- Mais si, on va. C'est même un point essentiel.
-- A quoi ça sert d'avoir un téléphone si c'est pour demander aux gens de ne pas nous joindre ?
-- Ne soyons pas si radical. Quelques règles simples suffisent. Par exemple, quand quelqu'un essaie de vous joindre, ce serait bien que cette personne n'appelle pas tous vos portables et ne laisse pas un message sur chacun d'eux.
-- Si on n'en n'a qu'un seul sur nous, c'est quand même mieux...
-- En attendant, la plupart du temps, tous les portables sont au même endroit et ils sonnent tous. Ce sont des faits, ça, tout de même. Vous pouvez demander à vos contacts de vous appeler uniquement sur le portable professionnel pendant les heures de bureau, et sur le personnel en dehors...
-- J'ai des horaires très flexibles.
-- Et moi je mélange souvent les deux.
-- Ok, alors voici une autre règle intéressante : si vous voulez savoir si un collègue est sur le plateau, vous vous levez, vous marchez cinq mètres jusqu'à son bureau et vous regardez. Au lieu de passer un coup de fil. On devrait pouvoir gagner vingt pourcents comme ça.
-- Mais s'il est lui-même en train d'aller voir chez quelqu'un d'autre ?
-- Vous jetez un coup d'oeil alentours, vous repassez plus tard.
-- Se lever puis s'asseoir sans arrêt, c'est pas très bonheur, je trouve.
-- Oui mais enfin, bon ! Faites un effort, c'est tout ce que je veux dire !
-- Oooahhh, vous énervez pas, chef...
-- Je vais faire afficher les recommendations, et on va tous aller vers le mieux, voilà, je vous fais confiance. Deuxième point : le volume. Je vous propose trois choses : réduire le volume de la sonnerie, mettre sur silencieux le plus souvent possible, et supprimer le bip quand vous recevez un sms.
-- Comme quand on est notifié d'un changement de pression atmosphérique par exemple ?
-- Heu.. oui, bien sûr... Oui Benoît ?
-- Comment je fais pour mettre sur silencieux ?
-- Je vois. Sylvain, tu pourras expliquer à Benoît comment on fait ?
-- Ok.
-- Et pour les sms aussi ?
-- Sylvain, tu expliqueras les sms aussi ?
-- Ok.
-- Moi non plus je ne sais pas comment on fait.
-- Sylvain, tu pourras expliquer à André aussi ?
-- Ok.
-- Et à moi aussi !
-- Bon, que ceux à qui on doit expliquer des réglages de volume lèvent la main. Tous ?! On avait diffusé une notice, pourtant.
-- Vous savez, chef, les notices, on les voit une fois et puis...
-- Et puis vous ne les lisez même pas je parie. C'est bien la peine de les écrire, tiens. D'accord, on va mettre en place un stage de trois jours pour que tout le monde puisse y assister. Sylvain, tu viendras me voir pour organiser ça.
-- Ok.
-- Parfait. Troisième point : le style de sonnerie. C'est assez complexe... Il y a eu beaucoup de remarques et... Je ne veux pas obliger tout le plateau à se conformer à un moule uniforme ou quoi que ce soit mais pour le bonheur de tous, nous devrions choisir nos sonneries avec soin. Avec les morceaux de musique et les bruitages, en particulier, il faut faire attention. Par exemple, on m'a dit qu'il y avait un... Alors qui c'est qui a une sonnerie Mike Brant ?
-- C'est moi. Et alors ?
-- Et alors Mike Brant c'est pas bonheur, Georges. Tu as pensé à tes collègues ? Pourquoi crois-tu que Stephanie est en arrêt maladie ? Allez, c'est pas grave, mais il va falloir changer cette sonnerie rapidement, hein ?
-- Dis, Lucien, pendant qu'on en parle, toi qui as plein de sonneries différentes, là. Tu sais, celle qui fait tatatiratataaa tatatirata tchiiiihaaaa tchiiiihaaaa ?
-- Oui ?
-- Tu peux pas la changer ? C'est crispant.
-- Ben la sonnerie c'est justement, c'est parce que c'est un ami qui aime bien le...
-- Sans vouloir t'agresser, Lucien, moi et les vingt personnes qui se la prennent dans les oreilles, on en n'a un tout petit peu rien à foutre que c'est un type qui aime bien le. Il faut qu'il appelle moins souvent.
-- Oui mais en ce moment justement il est en...
-- C'est pareil, Lucien, tout le monde s'en fout si en ce moment il est en. Mais si tu me crois pas, on peut faire un sondage, hein.
-- Je vous en prie, tout le monde, on ne va pas rentrer dans le détail maintenant ! Comme je disais, c'est un point délicat. On va seulement décider... Qu'est-ce qu'il y a Jean ?
-- Je voudrais juste savoir qui est le malade qui a installé le bruit d'un accident de voiture sur son portable. Faut vraiment être taré...
-- C'est moi et je t'emmerde.
-- S'il vous plaît ! Nous ne sommes pas ici pour régler des conflits personnels mais pour améliorer les conditions de travail de chacun, pour le bonheur de...
-- Ouais ben s'il change pas cette sonnerie, je vais venir lui coller un stop-bonheur au travers de la tronche, à ce maboul.
-- Ah oui, et avec quelle armée, ducon ?
-- Ca suffit ! Si vous n'arrêtez pas tout de suite, je retire tous les lecteurs DVD des ordinateurs portables ! Bon, j'aime mieux ça. Et ça vaut pour tout le monde ! La question du style est très sensible, je pense que nous l'avons tous compris. On ne va pas aborder toutes les situations individuelles maintenant. C'est une question générale. Nous sommes en train de préparer un petit guide de choix pour les sonneries de portable, il sera affiché bientôt. Nous aurons besoin de la coopération de tous. On n'est pas ici pour pointer les gens du doigt. A ce sujet, j'aimerais que celui ou celle dont le téléphone fait "Mouahahaha !" vienne me voir après la réunion parce que faut quand même pas déconner. Dernier point ! Les usages !
-- Oooahhh, vous énervez pas, chef. C'est pas bonheur.
-- Alors cessez de vous chamailler ! Dernier point : il va falloir que nous fassions évoluer nos habitudes. Le téléphone portable est fait pour être emporté, alors nous allons devoir apprendre à le garder sur nous. Les portables qui sonnent dans le vide sur les bureaux désertés, cela épuise tout le monde.
-- On ne va quand même pas l'emporter aux toilettes.
-- Ca dépend. Vous allez combien de fois aux toilettes ?
-- Oooahhh, c'est un peu tiré par les poils. Je vais quand même pas décrocher pendant que je me la tiens...
-- Et puis ça va transformer les toilettes en boîte de nuit !
-- Vous n'aurez qu'à mieux gérer vos appels. Vous êtes en train de vous rendre compte du désagrément généré par votre propre téléphone. Idem quand vous allez d'un poste à l'autre et quand vous sortez fumer : vous gardez votre portable sur vous.
-- Mais si on en a quatre ?
-- Alors on achète un sac à dos ou on s'en fait un collier ! Bon, c'est entendu, nous allons pouvoir boucler cette réunion très productive. Je compte sur vous pour travailler à une amélioration des conditions sonores sur le plateau. Je suis désolé de vous le dire mais si nous n'obtenons pas d'effets positifs d'ici deux semaines, la haute direction a décidé de nous affecter une équipe d'Assistants au Bonheur.
-- Oh non ! Pas les Assistants au Bonheur ! Ils font rien qu'à nous faire la morale tout le temps...
-- Il ne tient qu'à vous de l'éviter. Par contre je vous promets qu'en cas de succès nous pourrons supprimer les fouilles à l'entrée des réunions. Retournons tous au travail dans le bonheur, maintenant. Vous pouvez allez récupérer vos téléphones à l'entrée.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Vendredi 28 mars 2008
-- T'es tout seul ?
-- Oui. Alain n'a pas répondu, Cédric se prépare à partir quelques jours avec sa famille, Lucien... Il est encore fâché après l'histoire de la voiture alors on s'est un peu disputé. Il m'a raccroché au nez. Nico, ça lui disait pas trop, mais je m'en doutais.
-- T'as pas pensé à demander à Pierre ?
-- Bien sûr que si, mais j'avais plus de batterie.
-- M'enfin, il fallait l'appeler en premier ! Il est toujours partant pour ce genre de truc.
-- Ouais, mais mon répertoire, il commence à "A" !
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Dimanche 23 mars 2008
-- Ne me dis pas que tu as couché avec le producteur pour animer l'émission !
-- Avec cette concurrence, il faut savoir donner le petit plus.
-- C'était bien, au moins ?
-- Tu sais, tous les animateurs doivent être un peu comédiens. Alors ça me donnait l'occasion de faire mes preuves. Dans l'action. Il avait l'air très content.
par Impromptu publié dans : Des histoires
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Dimanche 9 mars 2008
Quand nous lisons dans la presse "Une ménagère rendue folle par son aspirateur tue son chat", nous imaginons sans peine le désarroi du fabricant de l'aspirateur (dont la marque appraît clairement sur la photo). Comment éviter toute cette mauvaise publicité ? Il s'interroge, et la réponse lui vient directement à l'esprit lors du troisième brainstorming, tout de suite après "supprimer les photographes" et "interdire les chats" : "fabriquer des aspirateurs qui ne rendent pas les ménagères folles au point qu'elles tuent leur chat".

La motion n'est pas anodine, puisqu'elle implique que le fabricant changeât sa façon de concevoir ses aspirateurs. Comme le fabricant d'aspirateurs sait, tout au fond de lui, que sa façon de faire les aspirateurs est la Bonne façon, cette idée ne passe pas sans de nombreux cris et quelques cachets pour l'humeur. Et puis, après tout, changer quoi pour quoi ?

-- On ne peut pas leur apprendre un peu la logique, à ces ménagères ? se plaint le fabricant.
-- On a déjà fait un manuel utilisateur pour leur expliquer et ça n'a pas marché, répond son assistant. C'est comme si certaines ménagères ne le lisaient carrément pas.
-- Il n'y a qu'à écrire sur le boîter de l'aspirateur.
-- Déjà fait, pas marché. D'ailleurs il n'y a plus de place sur le boîtier.
-- Il n'y a aucune raison que ça ne marche pas !
-- Les faits sont là. Vous avez vu le journal. Et puis on en a parlé en réunion, on est obligé de faire quelque chose.
-- Il suffit qu'on réfléchisse pour se mettre à leur place.
-- .........
-- C'est vrai, on le fait déjà. Mais... attendez... J'ai la solution !

Le fabricant décide de faire participer des ménagères à la création d'aspirateurs. A l'annonce de l'idée, toute l'équipe prend peur et c'est grande confusion dans la salle de réunion. Mais le fabricant énonce tous les avantages que cela représente :

Petit un. Si la ménagère fréquente l'équipe de conception, il sera plus facile de lui expliquer pourquoi les aspirateurs sont faits comme ça, au besoin en lui répétant de plusieurs façons différentes, et elle ne manquera pas de se rendre aux arguments de l'équipe.

Petit deux. Tout le monde sait qu'une ménagère ça se contredit. En notant tout ce qu'elle demande, il sera facile au bout d'un moment de faire remarquer qu'elle demande des choses contradictoires, qui défient toute logique d'aspirateur, et ainsi on aura raison de faire correctement même si elle demande le contraire. Certainement il y aura des fois où elle demandera des bonnes choses. Dans ce cas, on le fera et ce sera la preuve qu'on fait comme elle dit.

Petit trois. On évite d'avoir affaire à un spécialiste en ménagères. Ils disent bien ce qui les arrangent, ces gens-là, et on ne sait jamais trop ce qu'ils font. Là, au moins, on garde nos affaires entre nous.

Petit quatre. Si elles veulent des aspirateurs qui font comme elles veulent, elles n'ont qu'à bosser un peu. Ce n'est pas à nous d'aller les voir et d'essayer de comprendre comment elles pensent.

Petit cinq. Le plus important. Si malgré tout ça, les ménagères continuent d'être rendues folles par les aspirateurs au point de tuer leur chat, nous pourrons dire que ce n'est pas notre faute. Ce sera leur faute à elles puisqu'elles on participé à la créaion de l'aspirateur. Nous ne sommes plus responsables.

-- C'est pas beau, ça ! rayonne le fabricant. Dans un sens comme dans l'autre, nos problèmes sont résolus. Nous allons appeler ça la conception participative.

Aujourd'hui, cette méthode fait recette, et tous les fabricants s'accordent à dire que c'est ce qui se fait de mieux en conception moderne. Même les spécialistes en ménagères recommandent la conception participative. C'est bien la preuve, s'il en est besoin, que c'est une bonne idée.
par Impromptu publié dans : Des avis
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