Samedi 10 mai 2008
Discours d'ouverture prononcé lors de la soirée annuelle des anciens élèves du lycée Anatole France à Saint-Etienne, le 17 octobre 2008.
Je fus lycéen à Anatole France de 1984 à 1988. Il y a donc plus de vingt ans. La plupart des professeurs qui m'ont dispensé ici un enseignement salutaire sont aujourd'hui à la retraite, ou au cimetière. En effet, un concours de circonstances exceptionnel fit que mes profs avaient tous la particularité d'être beaucoup plus agés que moi. Cela leur donnait, entre autres, un avantage sur moi en matière d'autorité. Si ce n'est en matière d'expérience. Il se trouve qu'ils ont presque tous profité de cet ascendant sur moi pour tenter de me persuader qu'ils avaient raison concernant toutes sortes de choses, en particulier dans leur matière d'enseignement mais aussi, et c'est le point sur lequel j'aimerais m'étendre, sur tout ce qui touchait mon avenir et ma vie en général. Je choisis ce thème d'abord parce que, mes amis (si vous me permettez cette familiarité), de quoi peuvent bien parler une troupe d'anciens éléves si ce n'est de leurs anciens profs ? Ensuite, je dois reconnaitre qu'il m'était resté un certain nombre de considérations non dites depuis cette époque et l'honneur de ce discours est une occasion de les exprimer que je ne pouvais pas laisser passer. Je sais que vous me comprenez.
Je voudrais d'abord, au nom de nous tous, remercier nos professeurs pour leur application à nous former, pour leur motivation, leur bienveillance, ainsi que pour leur excellence bien que cette dernière propriété ait été au mieux inégalement répartie. Je voudrais les féliciter pour un travail bien fait. Mais aussi, je souhaite rappeler qu'en dépit de toutes ses qualités, dont certaines malheureusement n'apparaissent pas à l'oeil nu, un professeur de lycée n'a parfois pas raison, surtout s'il se risque à l'art délicat du pronostic. Notons que même au stade du diagnostic, j'ai pu relever d'occasionnels excès d'ambition. Je vous rassure, je ne suis pas ici pour assouvir une quelconque vengeance qui ne servirait à rien d'autre que de susciter une vive satisfaction immédiate. Non ! Il ne s'agit pas de mettre de symboliques grands coups de latte dans les côtes d'un ou une prof à terre, ce qui serait pourtant d'autant plus jouissif que j'aurais dû attendre des années pour le faire. Mes amis, je vous le confirme, je ne souhaite rien d'autre que remettre les choses à leur place, s'il se peut, en espérant que mon propos parvienne par magie aux oreilles des intéressés afin qu'à mon tour je leur prodigue un enseignement. Trop tard, je sais, mais c'est le geste qui compte.
Je suis contraint, à ce stade, de vous soumettre une anecdote. Lors d'un examen oral, mon professeur de philosophie d'alors, dont le nom ne m'est pas resté, m'interrogea sur la biographie de Spinoza. Pour ceux que cela intéresse, il s'agit d'un philosophe ayant vécu dans le courant du XVIIème siècle. Je n'avais pas révisé cette partie du programme et, comme en pareil cas, je ne fis aucun effort pour broder. Je suggérai donc de passer à la question suivante. Mon professeur montra des signes de contrariété et me demanda ce que je voulais faire plus tard. Je lui répondis "des études de psychologie". Il me promit, un peu rougi par sa performance vocale, que je n'aurais aucun succés dans ce type d'études si je n'étais pas capable de connaître la vie de Spinoza.
De nombreuses recherches ont montré que l'avis des professeurs avait une influence très significative sur le choix des orientations futures de l'élève en matière de formation. Ceci quelles que soient les dispositions réelles de ces élèves pour les matières choisies. Cela tient d'un fort désir de reconnaissance chez l'enfant et l'adolescent. Il se trouve que le professeur de philosophie n'était pas celui dont je voulais être le plus reconnu. J'ai donc eu le loisir de vérifier, par mon propre parcours et celui de nombreux compères étudiants, que la réussite en psychologie n'est liée en aucune façon à la connaissance de la vie de Spinoza. Ainsi, malgré toute la vigueur de sa position, malgré tous les signes de certitude qui émanaient, avec les postillons, de mon professeur de philosophie, celui-ci s'est misérablement planté, est passé pour un con, et ne m'a démontré que sa vanité. Ceci dit en toute objectivité et avec le détachement que me donnent les années.
Je ne veux pas profiter lâchement du fait que je tiens le crachoir ce soir pour mettre l'accent, par exemple, sur le ridicule, l'essentielle vacuité et le défaut de discernement de ce professeur. Je veux simplement que nous tirions leçon de cet exemple. Je ne vais pas céder à l'envie futile de préciser que j'ai réussi mon parcours universitaire et professionnel précisément dans la direction que ce prof a prétendu m'interdire. En effet, j'exerce aujourd'hui un métier autrement passionnant que de subir le comportement imbécile de bandes de boutonneux prétentieux embarrassés de leurs hormones, qui ignorent jusqu'à leur propre ignorance, et qui se renouvellent année après année sur le même modèle. Sans vouloir offenser personne : c'est la nature qui veut ça. Ce serait également mesquin de ma part de préciser que je gagne bien mieux ma vie que cette personne.
Je tenais simplement ce soir à engager autant les professeurs présents que les lycéens à la prudence en ce qui concerne toute sentence sur l'avenir ou l'orientation de la jeune personne. Souvenons-nous que le lycéen moyen est bien moins consistant que je ne l'étais, et que le professeur pourrait s'aventurer hâtivement sur un terrain qu'il ne maîtrise pas mieux que le premier épicier venu. Je vous fais cadeau de ce que j'ai appris. Comme le disait je ne sais plus quel philosophe oriental, la sagesse ne vaut que si elle est partagée.
Je fus lycéen à Anatole France de 1984 à 1988. Il y a donc plus de vingt ans. La plupart des professeurs qui m'ont dispensé ici un enseignement salutaire sont aujourd'hui à la retraite, ou au cimetière. En effet, un concours de circonstances exceptionnel fit que mes profs avaient tous la particularité d'être beaucoup plus agés que moi. Cela leur donnait, entre autres, un avantage sur moi en matière d'autorité. Si ce n'est en matière d'expérience. Il se trouve qu'ils ont presque tous profité de cet ascendant sur moi pour tenter de me persuader qu'ils avaient raison concernant toutes sortes de choses, en particulier dans leur matière d'enseignement mais aussi, et c'est le point sur lequel j'aimerais m'étendre, sur tout ce qui touchait mon avenir et ma vie en général. Je choisis ce thème d'abord parce que, mes amis (si vous me permettez cette familiarité), de quoi peuvent bien parler une troupe d'anciens éléves si ce n'est de leurs anciens profs ? Ensuite, je dois reconnaitre qu'il m'était resté un certain nombre de considérations non dites depuis cette époque et l'honneur de ce discours est une occasion de les exprimer que je ne pouvais pas laisser passer. Je sais que vous me comprenez.
Je voudrais d'abord, au nom de nous tous, remercier nos professeurs pour leur application à nous former, pour leur motivation, leur bienveillance, ainsi que pour leur excellence bien que cette dernière propriété ait été au mieux inégalement répartie. Je voudrais les féliciter pour un travail bien fait. Mais aussi, je souhaite rappeler qu'en dépit de toutes ses qualités, dont certaines malheureusement n'apparaissent pas à l'oeil nu, un professeur de lycée n'a parfois pas raison, surtout s'il se risque à l'art délicat du pronostic. Notons que même au stade du diagnostic, j'ai pu relever d'occasionnels excès d'ambition. Je vous rassure, je ne suis pas ici pour assouvir une quelconque vengeance qui ne servirait à rien d'autre que de susciter une vive satisfaction immédiate. Non ! Il ne s'agit pas de mettre de symboliques grands coups de latte dans les côtes d'un ou une prof à terre, ce qui serait pourtant d'autant plus jouissif que j'aurais dû attendre des années pour le faire. Mes amis, je vous le confirme, je ne souhaite rien d'autre que remettre les choses à leur place, s'il se peut, en espérant que mon propos parvienne par magie aux oreilles des intéressés afin qu'à mon tour je leur prodigue un enseignement. Trop tard, je sais, mais c'est le geste qui compte.
Je suis contraint, à ce stade, de vous soumettre une anecdote. Lors d'un examen oral, mon professeur de philosophie d'alors, dont le nom ne m'est pas resté, m'interrogea sur la biographie de Spinoza. Pour ceux que cela intéresse, il s'agit d'un philosophe ayant vécu dans le courant du XVIIème siècle. Je n'avais pas révisé cette partie du programme et, comme en pareil cas, je ne fis aucun effort pour broder. Je suggérai donc de passer à la question suivante. Mon professeur montra des signes de contrariété et me demanda ce que je voulais faire plus tard. Je lui répondis "des études de psychologie". Il me promit, un peu rougi par sa performance vocale, que je n'aurais aucun succés dans ce type d'études si je n'étais pas capable de connaître la vie de Spinoza.
De nombreuses recherches ont montré que l'avis des professeurs avait une influence très significative sur le choix des orientations futures de l'élève en matière de formation. Ceci quelles que soient les dispositions réelles de ces élèves pour les matières choisies. Cela tient d'un fort désir de reconnaissance chez l'enfant et l'adolescent. Il se trouve que le professeur de philosophie n'était pas celui dont je voulais être le plus reconnu. J'ai donc eu le loisir de vérifier, par mon propre parcours et celui de nombreux compères étudiants, que la réussite en psychologie n'est liée en aucune façon à la connaissance de la vie de Spinoza. Ainsi, malgré toute la vigueur de sa position, malgré tous les signes de certitude qui émanaient, avec les postillons, de mon professeur de philosophie, celui-ci s'est misérablement planté, est passé pour un con, et ne m'a démontré que sa vanité. Ceci dit en toute objectivité et avec le détachement que me donnent les années.
Je ne veux pas profiter lâchement du fait que je tiens le crachoir ce soir pour mettre l'accent, par exemple, sur le ridicule, l'essentielle vacuité et le défaut de discernement de ce professeur. Je veux simplement que nous tirions leçon de cet exemple. Je ne vais pas céder à l'envie futile de préciser que j'ai réussi mon parcours universitaire et professionnel précisément dans la direction que ce prof a prétendu m'interdire. En effet, j'exerce aujourd'hui un métier autrement passionnant que de subir le comportement imbécile de bandes de boutonneux prétentieux embarrassés de leurs hormones, qui ignorent jusqu'à leur propre ignorance, et qui se renouvellent année après année sur le même modèle. Sans vouloir offenser personne : c'est la nature qui veut ça. Ce serait également mesquin de ma part de préciser que je gagne bien mieux ma vie que cette personne.
Je tenais simplement ce soir à engager autant les professeurs présents que les lycéens à la prudence en ce qui concerne toute sentence sur l'avenir ou l'orientation de la jeune personne. Souvenons-nous que le lycéen moyen est bien moins consistant que je ne l'étais, et que le professeur pourrait s'aventurer hâtivement sur un terrain qu'il ne maîtrise pas mieux que le premier épicier venu. Je vous fais cadeau de ce que j'ai appris. Comme le disait je ne sais plus quel philosophe oriental, la sagesse ne vaut que si elle est partagée.

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